S. Andries (Vestiaire Collective) & le cabinet Dechert : "La connaissance de la société par le conseil est prioritaire"

En 2021, Vestiaire Collective, spécialiste de la vente de vêtements et d’accessoires d’occasion de luxe, est devenu l’une des licornes françaises de la french tech grâce à une levée de fonds de 178 millions d’euros. L’année précédente, la start-up enregistrait une croissance du volume d’affaires de 100 % grâce aux ventes en ligne. Sylvain Andries, CFO du groupe et le cabinet Dechert reviennent sur cette opération.

En 2021, Vestiaire Collective, spécialiste de la vente de vêtements et d’accessoires d’occasion de luxe, est devenu l’une des licornes françaises de la french tech grâce à une levée de fonds de 178 millions d’euros. L’année précédente, la start-up enregistrait une croissance du volume d’affaires de 100 % grâce aux ventes en ligne. Sylvain Andries, CFO du groupe et le cabinet Dechert reviennent sur cette opération.

Pouvez-vous nous présenter la stratégie et la mission de Vestiaire Collective ?

Sylvain Andries. Vestiaire Collective est la première place de marché au monde de mode d’occasion, présente dans près de 80 pays. Créée en 2009 en France puis en Europe, en Asie et aux États-Unis. Aujourd’hui, c’est une communauté de près de 11 millions de membres sur les trois continents qui déposent près de 500 000 articles à la vente sur le site tous les mois.

Notre société s’est donnée comme mission de transformer l’industrie de la mode pour la rendre plus durable, de promouvoir un modèle circulaire en revendant ce que l’on n’utilise plus ou pour acheter d’autres articles de première ou seconde main. L’objectif est donc de proposer une alternative au modèle historique de consommation.

Pour atteindre cet objectif, trois grands axes ont été retenus sur lesquels nous investissons beaucoup et qui nous différencient. En premier lieu, la technologie, surtout depuis l’arrivée de notre actuel CEO, Maximilien Bittner. Vestiaire Collective est devenu une vraie boîte de technologie qui fait notamment appel à l’intelligence artificielle pour améliorer l’expérience utilisateurs. Ensuite, viennent l’efficacité de la chaîne logistique et sa capacité à gérer la place de marché entre les 80 pays, ce à quoi nous attachons une grande importance et qui contribue à notre succès. Enfin, nous sommes une communauté de membres, les "fashion activists". S’ils viennent chez nous, c’est aussi parce qu’ils cherchent à se tourner vers un mode de consommation plus durable.

La tendance et l’intérêt porté à notre modèle se sont accélérés avec la pandémie. Cette nouvelle levée de fonds s’inscrit dans une logique qui offre de nombreuses possibilités d’investissement ainsi qu’un marché marqué par une forte croissance. Elle nous donnera les moyens d’aller chercher ces opportunités le plus vite et le plus efficacement possible.

Comment Dechert se positionne-t-il sur le marché ?

Dechert. Dechert accompagne Vestiaire Collective depuis 2019, notamment sur la levée de 2020 ainsi que sur la dernière. Notre cœur de métier réside dans le développement des entreprises, en réalisant des levées successives et en les accompagnant dans la durée. Cela nous permet de gagner du temps car nous nous connaissons mieux, et avons une meilleure compréhension de leur business et des enjeux qui peuvent ressortir lors des levées de fonds, notamment sur les sujets, importants pour eux, de gouvernance. Notre équipe accompagne bon nombre de start-up, beaucoup en deep tech, mais également des fonds d’investissements au cours d’opérations souvent internationales.

Quels ont été les facteurs déterminants pour ces nouveaux actionnaires de rejoindre l’aventure Vestiaire Collective ?

Nos deux dernières levées de fonds ont été réalisées en période de pandémie. Cette période a démontré la résilience de notre modèle tout en mettant en lumière l’économie circulaire qui a aujourd’hui le vent en poupe. Les investisseurs regardent les potentiels de marché à long terme. Un marché qui explose chez nous, soutenu notamment par les enjeux de sustainability qui touchent beaucoup les plus jeunes générations, représentant eux-mêmes une part importante de notre clientèle. Cet élément peut apporter un début d’explication à l’intérêt des investisseurs pour notre secteur.

L’ESG est un paramètre qui a joué un rôle, sans être le seul des éléments différenciants. Notre utilisation poussée de la tech ou encore des conditions de marché ont évidemment influer. Notre activité, par essence, entre dans les critères ESG mais cette dimension se trouve renforcée par l’authenticité et l’engagement concret de Vestiaire Collective d’aller dans cette direction. Nous souhaitons par exemple être exemplaire et devenir une entreprise B Corp, le processus est en cours, et "carbone neutral".  Autant de facteurs qui jouent un rôle important aujourd’hui dans le choix des investisseurs.

"Cette période a démontré la résilience de notre modèle tout en mettant en lumière l’économie circulaire qui a aujourd’hui le vent en poupe."

Cette opération qui vient récompenser une nouvelle excellente année chez Vestiaire Collective n’est pas la première dans laquelle Dechert accompagne le groupe. Ce partenariat facilite-t-il ces opérations ?

D. Accompagner nos clients sur le long terme correspond tout à fait à notre ADN. Notre relation avec Vestiaire Collective nous permet de mieux connaître les équipes et d’apprendre à travailler ensemble, de mieux anticiper des sujets pouvant ressortir de la relation avec leurs investisseurs. Nous sommes plus à même de les aider à gérer la partie relationnelle. Comme nous nous occupons des aspects juridiques, nous sommes aussi les "gardiens du temps" et faisons respecter la date de closing fixée. Mieux connaître l’entreprise et comprendre comment se font les interactions en son sein simplifie donc beaucoup le travail de part et d’autre. Cela permet d’éviter des écueils et de gagner en temps et en efficacité.

S.A. L’ambition qui nous réunit avec nos investisseurs est une aspiration sur le long terme. Lors d’une levée de fonds, tout le monde souhaite clôturer le plus rapidement possible afin de passer à la phase excitante, celle de la mise en œuvre de notre vision commune. Il s’agit d’avancer au plus vite sur des transactions qui peuvent se révéler complexes. La connaissance, par le conseil, de la société, ses partenaires et sa gouvernance est prioritaire et il faut y parvenir dans un temps court. La stabilité de notre relation avec Dechert lui permet d’affiner sa connaissance de nos méthodes et de gagner en célérité et efficacité sur l’ensemble des problématiques corporate.

"Mieux connaître l’entreprise et comprendre comment se font les interactions en son sein simplifie beaucoup le travail de part et d’autre."

Quel a été l’enjeu majeur de cette opération ?

D. Le principal enjeu de cette levée, mais cela était déjà vrai pour la première, c’est qu’avec Vestiaire Collective, tout se fait très vite et tout le monde est pressé d’aller à l’étape suivante. Notre rôle est donc de les accompagner le plus rapidement possible. Avec onze investisseurs existants, et de nouveaux entrants, il fallait réussir à tout coordonner.

L’un des succès de la levée tient d’ailleurs à leur bonne entente. À l’annonce du délai de quatre semaines – contre 6 à 8 semaines en temps normal –, tous les investisseurs, historiques comme nouveaux, ont poussé dans le même sens. Cela a permis de respecter les dates de closing. Ce travail passe également par une bonne concertation entre les différents conseils prenant part à l’opération. Il est de notre devoir de ne pas créer de point de crispation.

Quel est l’apport attendu de Keiring et Tiger Global Management en tant que nouveaux partenaires pour Vestiaire Collective ?

S. A. Il s’agit d’une rencontre autour de l’intention stratégique du groupe, qui n’a pas changé, de bâtir un leader mondial de la mode d’occasion. Kering, qui est une référence dans le monde du luxe et qui souhaite soutenir des modèles économiques innovants, a trouvé un intérêt à rejoindre l’aventure. Tout comme Tiger, un investisseur de premier rang dans des modèles de forte croissance, qui possède une forte expérience dans l’accompagnement d’entreprises dans leur déploiement à l’international.

Les avoir au capital aux cotés de nos investisseurs historiques, nous apporte un regard à la fois sur l’industrie du luxe, le monde de la technologie et de l’expansion d’un modèle à l’international ; ce qui correspondait parfaitement à nos besoins et ambitions.

Sur quels leviers comptez-vous désormais vous appuyer pour poursuivre cette croissance ?

S. A. Cette levée de fonds nous donne les moyens de nos ambitions. Désormais, la phase critique au cours de laquelle il faut déployer les fonds levés avec beaucoup de rigueur commence. La priorité est donnée à l’expansion internationale du groupe, ainsi qu’à la croissance de notre présence sur les marchés où nous sommes déjà implantés. Ensuite nous souhaitons également beaucoup investir dans la technologie, afin de continuer à faire grandir les équipes en développement technologique et data science pour rendre la plateforme Vestiaire Collective la plus engageante et innovante possible. Enfin, le dernier axe sur lequel travailler est celui de la collaboration avec le monde de la mode pour étendre les pratiques circulaires. Ce tour de table nous permet de réaliser tout cela, même si le secteur dans lequel nous évoluons change rapidement et que nous devons rester attentifs à ce qu’il s’y passe afin d’être réactifs en cas de nouvelle opportunité.

Les équipes de Dechert accompagnent ainsi une nouvelle licorne, quelle vision avez-vous des tendances actuelles du marché français du private equity ?

D. Il s’agit évidemment d’une opération excitante et importante pour Vestiaire Collective qui obtient le statut de licorne avec cette levée de fonds. Elle nous permet de constater que ce qui se profilait avant la pandémie s’amplifie avec des tours de table de plus en plus importants et un nombre de licornes françaises en croissance. Cela traduit un marché français regorgeant de belles entreprises pour se déployer à l’international. C’est une fierté de former les futurs acteurs mondiaux depuis la France.

Propos recueillis par David Glaser

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