Roselyne Bachelot, une culture politique

Elle est l’une des attractions de ce nouveau gouvernement. Personnage atypique de la vie publique, populaire mais cultivée, on en oublie parfois qu’elle est avant tout dotée d’un grand sens politique. Un atout pour un ministère sensible, oû la crise économique post-covid frappe les milieux artistiques.

Elle est l’une des attractions de ce nouveau gouvernement. Personnage atypique de la vie publique, populaire mais cultivée, on en oublie parfois qu’elle est avant tout dotée d’un grand sens politique. Un atout pour un ministère sensible, oû la crise économique post-covid frappe les milieux artistiques.

Et elle remet le son. Quand Roselyne Bachelot, grande amatrice d’opéra, dit de Verdi "C’est un musicien populaire qui n’est pas populiste", on pourrait presque y voir une légère coquetterie nous invitant à voir prestement qu’elle est derrière ce portrait dessinée d’une phrase.

Et c’est vrai qu’elle est populaire, la nouvelle ministre de la Culture. Elle a eu sa marionnette aux guignols, va devoir le temps de sa mission, renoncer à sa place de sociétaire des Grosses Têtes, abandonner aussi ses velléités d’animation à la télévision. Dommage, tant elle avait eu le pif pour se faire une place dans le paf. 

Des tréteaux aux plateaux, du château, surnom de l’Élysée, au chapiteau, elle sait l'option qu elle chérit en disant : "La politique ne se fait pas en étant seulement parlementaire, bien heureusement !". On se trompait, tout le monde se trompait : bien que personnage médiatique, Roselyne Bachelot est toujours avant tout demeurée un redoutable animal politique.

"Le dégoût des saintes-nitouches"

Fille d’un député gaulliste dont elle reprendra le siège en 1988, RPR et donc chiraquienne jusqu’au bout des ongles pendant les années Mitterrand, elle fait la connaissance d’un jeune rénovateur, François Fillon, qui deviendra, à la vie à la mort, son meilleur ami dans la vie politique.

Le grand public la découvre tardivement, en 1998, pendant les débats houleux sur le Pacs de l’Assemblée nationale. Seule élue de droite à être favorable à cette première législation permettant l’union des couples homosexuels, son discours du 7 novembre 1998 touche l’opinion, dont cette formule restée dans les mémoires : "ils et elles [les homosexuels, ndlr] ne veulent ni le dégoût des saintes nitouches, ni la commisération des dames patronnesses."

Proche de François Fillon, elle est également la seule élue de droite favorable au Pacs en 1998

Bien que populaire dans l’opinion, ses prises de position passée la marginalisent au sein de son parti, mais Jacques Chirac réélu (elle était sa porte-parole pendant la campagne), lui renouvelle sa confiance en 2002 en lui confiant le ministère de l’Environnement. Roselyne Bachelot ne quittera plus les hautes sphères. Ministre de la Santé de la Jeunesse et des Sports, puis ministre des Solidarités et de la cohésion sociale pendant la mandature de Nicolas Sarkozy, elle est celle que les médias s’arrachent, amateurs de ses bons mots et de son incontestable sens politique.

Réhabilitée 10 ans plus tard

Mais de ces années de pouvoir, est longtemps resté dans sa mémoire, l’épisode de la grippe H1N1 et de la violente contestation qu’elle subit alors. Accusée de dilapider les deniers publics avec ses achats de vaccins et de jouer les alarmistes face à une pandémie qui décidemment n’arrive pas, son action, on le sait désormais, ne fut réhabilitée que dix ans après : elle en demeura meurtrie.

Sa décision de quitter la vie politique en 2012 n’y est pas étrangère. Elle suit, en retrait, la campagne de Nicolas Sarkozy qui finira battu par François Hollande et en retire un livre parfois assassin où condamnant l’"extrême droitisation" de son parti, elle s’interroge : "pourquoi diable Sarkozy a-t-il renié Sarkozy ?". Roselyne Bachelot, retirée des affaires publiques, veut désormais se déterminer comme elle l’a toujours prônée : libre et inclassable.

C’est l’heure pense-t-on de sa retraite, et la possibilité de vivre enfin pleinement sa passion pour les arts, l’opéra en particulier. Voilà bien des années qu’elle a tissé des liens particuliers avec la sphère artistique. Outre son amour de la scène lyrique, ses engagements passés, son réseau aussi, lui permettent de gagner l’estime d’une corporation qui n’a jamais trop frayée avec des personnalités classées à droite de l’échiquier.

Devenir "la ministre des artistes"

Lors de la passation avec Franck Riester, hier soir, c’est sa bienveillance qui a parlé : "tu me confies un ministère consolidé et renforcé ». Le compliment est exagéré. Certes, la Rue de Valois a obtenu un prolongement exceptionnel des droits pour les intermittents, mais le monde artistique en veut plus, frappé de plein fouet par la fermeture des salles, des musées et des festivals suite à la crise du Covid.

La défiance politique du monde artistique ne date pas de l’accession à l’Élysée d’Emmanuel Macron. Mais outre la crise sanitaire, les révolutions en cours, notamment numériques, déstabilisent un secteur souvent perfusé aux subventions : émergence des nouveaux acteurs audiovisuels, tel Netflix, chronologie des médias, dépôt de bilan de Presstalis, l’arlésienne de la réforme de l’audiovisuel public, consolidation du "pass culture" … Les dossiers ne manquent pas. 

De retour aux affaires publiques, Roselyne Bachelot promet qu’elle sera "la ministre des artistes". Mais plus que de ses accointances artistiques, c’est de son sens politique dont la Rue de Valois a besoin, là où ses prédécesseurs, de gauche comme de droite, ont trop longtemps, face aux réformes, battu en retraite…

Sébastien Petitot

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