Romain Moulin (Exotec) : "Pour l’instant, nous avons à peine égratigné le marché des entrepôts robotisés"

En bouclant une levée de fonds de 335 millions d’euros, Exotec, concepteur de robots préparateurs de commandes depuis 2015, devient la 25e licorne française et la première à représenter le secteur industriel dans le club très fermé de la French Tech. Retour sur un succès industriel qui fait la fierté de son CEO, Romain Moulin.

En bouclant une levée de fonds de 335 millions d’euros, Exotec, concepteur de robots préparateurs de commandes depuis 2015, devient la 25e licorne française et la première à représenter le secteur industriel dans le club très fermé de la French Tech. Retour sur un succès industriel qui fait la fierté de son CEO, Romain Moulin.

Décideurs. Exotec est une licorne atypique dans le paysage français à plus d’un titre. Vous n’êtes pas basé à Paris et vous avez investi le secteur industriel, pourquoi ces choix ?

Romain Moulin. Avec Renaud Heitz, CTO et cofondateur d’Exotec, nous avons choisi l’industrie par amour. Après nos débuts d’ingénieurs dans la logistique robotisée et un passage par General Electrics, nous voulions revenir au métier qui nous tenait à cœur : la logistique. Amazon venait de racheter une solution pour automatiser la préparation de ses commandes et l’avait gardée en interne. C’est ce qui nous a mis la puce à l’oreille : il y avait des leviers et un marché pour l’automatisation d’entrepôts. Nous nous sommes lancés en 2015 en proposant des robots modulaires, à forte valeur ajoutée grâce à des algorithmes embarqués. Le robot est la partie émergée de l’iceberg, derrière laquelle il y a 70 % de logiciels. À mon sens, le secret d’une start-up industrielle en France est de réunir un mélange de hardware réplicable et un software embarqué difficile à copier. Grâce à cette solution nous avons signé notre premier contrat avec Cdiscount et d’autres clients du e-commerce et du retail à l’international : Uniqlo au Japon, Gap aux États-Unis, entre autres. Pour ce qui est de l’installation en dehors de Paris, ce fut naturel : il nous fallait de la place, un emplacement stratégique de 6 000 m2 et un accès à des profils diversifiés. La ville de Croix, du fait de sa proximité avec Lille, y répondait parfaitement. Depuis, Exotec développe des business units à proximité de ses marchés : Atlanta, Munich, Tokyo, et aspire à conquérir de nouveaux territoires. 

Entre le contexte sanitaire et les difficultés liées aux ruptures de chaînes d’approvisionnement, la levée de fonds a-t-elle été compliquée ?

Certes, ces perturbations nous ont demandé beaucoup d’énergie et c’était un défi mais nous faisons partie des entreprises qui ont été aidées par le Covid. La crise sanitaire a changé l’état d’esprit de nos clients car la robotisation leur est apparue comme nécessaire. Résultat, notre chiffre d’affaires double tous les ans ces dernières années pour atteindre les 105 millions d’euros en 2021. Enfin, le contexte favorable sur le marché des capitaux et la confiance que nous avaient déjà manifestée des investisseurs depuis longtemps nous ont permis de mener seuls la levée de fonds et Matthieu Grollemund (Hogan Lovells) nous a accompagnés sur la partie juridique.

Un message posté sur le compte Twitter d’Emmanuel Macron vous félicitait d’être la 25e licorne française, un objectif prévu en 2025, quel regard portez-vous sur ces politiques de soutien aux entrepreneurs et aux investisseurs ? 

Tout d’abord, j’ai beaucoup de considération pour le travail de Bpifrance qui nous a soutenus pour la levée de fonds en centralisant les leviers d’aides. Enfin, l’augmentation des capitaux disponibles sur les marchés associés à la publicité faite par le gouvernement ont changé l’image de la France à l’étranger. Cette visibilité a permis d’attirer le regard d’investisseurs comme Goldman Sachs qui s’est intéressé à nous et a contribué à notre augmentation de capital.

 

 Qu’est-ce que le succès  de votre levée de fonds et votre statut de licorne valorisée à 2 milliards de dollars vont changer pour vous ?

La levée servira à renforcer notre empreinte et nos moyens notamment humains. D’une part, nous devons être plus agressifs commercialement. Pour l’instant, nous avons à peine égratigné le marché. À présent, nous visons un développement aux États-Unis, en Suisse, au Danemark, au Benelux et en Asie. Ensuite, la levée de fonds doit aussi nous permettre de financer des projets de recherche et développement. Or, le statut permet surtout d’avoir une visibilité décisive pour embaucher les meilleurs profils : aujourd’hui nous sommes 350 personnes et nous voulons doubler notre effectif en renforçant les équipes commerciales et de R&D. À terme, l’idée est de pouvoir fournir des entrepôts plus performants équipés à 100 % de robotique.

Propos recueillis par Céline Toni

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