Richard Ferrand : Monsieur Loyal

Gilets jaunes, mauvais sondages... La majorité tangue. Mais Emmanuel Macron peut compter sur Richard Ferrand. Le président de l'Assemblée nationale est expérimenté et fidèle.

Gilets jaunes, mauvais sondages... La majorité tangue. Mais Emmanuel Macron peut compter sur Richard Ferrand. Le président de l'Assemblée nationale est expérimenté et fidèle.

Richard Ferrand est-il suffisamment crédible pour présider l’Assemblée nationale ? Evincé du gouvernement deux mois seulement après sa nomination en tant que ministre de la Cohésion des territoires pour une affaire de tractations immobilières dont il sera en partie blanchi par le parquet de Brest , ce Macroniste de la première heure peine à convaincre. Y compris dans les rangs de la majorité. La preuve : sur les 312 députés que compte La République en marche, 254 ont voté en faveur du président de groupe pour succéder à François de Rugy le 12 septembre dernier. Mais d'autres ont opté pour le Modem Marc Fesneau. Alors que certains suspectent l’ancien socialiste d’être soumis aux ordres de l’exécutif, d’autres regrettent de voir un professionnel de la politique, figure de « l’ancien monde », accéder au Perchoir. Sur le papier pourtant, l’élu de Bretagne, fin connaisseur des institutions, semble avoir à la fois les compétences et l’expérience requises pour occuper la fonction.

Un parlementaire soucieux des institutions

« C’est un parlementaire soucieux des institutions qui aime la représentation nationale », assure Yaël Braun-Pivet, députée LREM et présidente de la commission des lois. Dans les rangs de la majorité, l’ancien président de groupe serait ainsi reconnu pour sa faculté à écouter les différentes opinions et respecté pour sa capacité à défendre le Parlement.

"Nous travaillons main dans la main avec le gouvernement, mais cela n'empêche pas Richard Ferrand de revendiquer ses positions" (Yaël Braun-Pivet, députée LREM)

Comme à l’occasion des débats autour de la révision constitutionnelle, lors desquels il n’hésite pas à faire entendre ses convictions (un pouvoir législatif fort et indépendant) face à l’exécutif. « Nous travaillons main dans la main avec le gouvernement, mais cela n’empêche pas Richard Ferrand de revendiquer fermement ses positions », poursuit l’élue, qui lui reconnaît des qualités humaines et professionnelles. Il faut dire que l’homme n’est pas novice en politique.

Bras droit du candidat

Depuis vingt ans, cet ancien journaliste multiplie les responsabilités : conseiller général du Finistère, conseiller régional de Bretagne, puis député en 2012, toujours sous les couleurs du PS dont il incarne alors l’aile gauche. Nommé rapporteur de la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques (dite « loi Macron ») en 2015, l’élu côtoie régulièrement le ministre de l’Économie. Si bien que, en 2016, lorsque ce dernier quitte le gouvernement pour lancer en Marche !, Richard Ferrand est le premier parlementaire à le suivre. Nommé secrétaire général du mouvement, le député s’impose en véritable bras droit du candidat à la présidence de la République. Il attendra pourtant l’élection de son champion pour quitter officiellement le parti socialiste. Chargé quelques semaines plus tard de piloter la campagne législative de la République en marche, sa nouvelle famille politique, il gagne à nouveau la confiance des électeurs qui le choisissent comme député du Finistère. Mais Emmanuel Macron a d’autres ambitions pour lui.

Ministre de la Cohésion des territoirres

Sollicité pour intégrer le gouvernement d’Édouard Philippe, il est nommé ministre de la Cohésion des territoires en mai 2017. Une fonction qu’il n’occupera que quelques semaines. Mis en cause dans plusieurs révélations politico-judiciaires concernant l’affaire des Mutuelles de Bretagne (dont il était directeur général au début des années 2000), Richard Ferrand est encouragé par le Président pour briguer la présidence du groupe LREM à l’Assemblée nationale, poste qui le contraindrait à démissionner du gouvernement. « Je n’ai jamais manqué de soutien », affirme-t-il néanmoins lorsqu’il est interrogé sur cet épisode. N’ayant aucun adversaire, le député est élu sans encombre à la tête du groupe majoritaire en juin 2017 et quitte ainsi son ministère.

Péché mortel

S’il est reconnu pour sa capacité d’écoute, Richard Ferrand l’est aussi pour sa rigueur. « Le débat est libre, la parole est libre mais il existe une unité dans l’action et dans le vote », lance-t-il quelques mois après avoir affirmé avec autorité qu’au sein de la majorité, « si l’abstention est un péché véniel, le vote contre est un péché mortel ! » Les voix dissidentes (comme d’Aina Kuric, qui a ouvertement voté contre le projet de loi asile et immigration, frôlant ainsi avec l’exclusion), seront donc sanctionnées. Est-il possible de débattre au sein de la majorité ? Pas selon la députée Frédérique Dumas, qui a récemment quitté les rangs du groupe majoritaire pour celui de l’UDI. « On confond vitesse et précipitation, témoigne-t-elle dans une interview accordée au ParisienTravailler dans l’espoir d’être écouté, voire entendu, faire bouger les lignes… est tout simplement impossible avec l’exécutif. »

Une marionnette ?

Désormais président de l’Assemblée nationale (quatrième personnage de l’État) Richard Ferrand sera-t-il indépendant vis-à-vis du Président, comme l’exige la sacro-sainte séparation des pouvoirs ? « Il sera une marionnette », estime Virginie Martin, politologue et professeur à Kedge Business School qui voit dans cette élection une manoeuvre d’Emmanuel Macron.

"L'exécutif s'essoufle, il est à sec. Il se resserre sur quelques personnes, quelques obligés" (Virginie Martin, politologue)

Un « choix de facilité » qui, selon l’experte, démontre un affaiblissement de ses troupes. « On a le sentiment que l’exécutif s’essouffle, qu’il est à sec, et qu’il se resserre sur quelques personnes, quelques obligés, qu’on peut aujourd’hui compter sur les doigts d’une main, observe-t-elle. On nous avait promis du renouveau, on le cherche encore. »  Yaël Braun-Pivet, de son côté, l’assure : Richard Ferrand sera un président de l’Assemblée nationale « solide », qui ne se laissera pas « instrumentaliser par l’exécutif ». L’homme aura également la charge, comme il l’a promis dans son programme, de dépoussiérer le fonctionnement et les usages de l’Assemblée en modifiant son règlement intérieur. « C’est le grand chantier de demain pour notre assemblée », assure l’élue. Une rénovation plus qu’attendue.

Capucine Coquand (@CapucineCoquand)

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