Rencontres Économiques d’Aix 2018: la France, leader de l’Europe de demain

Alors que ressurgissent vieux démons nationalistes et tentations protectionnistes, que l’Europe est de plus en plus souvent accusée de ne pas tenir ses promesses, d’avoir renoncé à sa capacité d’accueil et cessé d’inspirer, le rôle de la France est également questionné. Présent aux Rencontres Économiques d’Aix, Bruno Lemaire a réaffirmé sa capacité à se poser en leader d’une Europe plus juste, plus forte et plus unie.

© Glasshouse

Alors que ressurgissent vieux démons nationalistes et tentations protectionnistes, que l’Europe est de plus en plus souvent accusée de ne pas tenir ses promesses, d’avoir renoncé à sa capacité d’accueil et cessé d’inspirer, le rôle de la France est également questionné. Présent aux Rencontres Économiques d’Aix, Bruno Lemaire a réaffirmé sa capacité à se poser en leader d’une Europe plus juste, plus forte et plus unie.

Membre du Cercle des Économistes, Claire Waisand l’a rappelé : « Face à l’extrême complexité des problèmes que nous traversons actuellement, notre monde a plus que jamais besoin d’une capacité d’agir au niveau international ». Cette capacité étant menacée par le comportement de certains grands acteurs mondiaux les États-Unis en tête… – les tentations protectionnistes et populistes multipliant les interférences et freinant le déploiement d’une solution commune, « il devient urgent de faire émerger de nouvelles formes de dialogues ». Pour Bruno Lemaire, la France a cette capacité et bien plus encore. À condition que chacun accepte en premier lieu de porter un regard « lucide » sur la situation actuelle, les difficultés qu’elle génère et les changements qu’elle impose.

Mondialisation nationaliste et innovation confiscatoire

En tête des « métamorphoses mondiales » dont l’impact doit donner lieu à des actions adaptées selon le ministre de l’Économie et des finances : le fait que nous soyons passés « d’une mondialisation ouverte à une mondialisation nationaliste, portée par des États qui défendent leurs intérêts avec une fermeté totale », a-t-il déclaré avant d’ajouter: « La question n’est pas de savoir s’il y aura une guerre commerciale. La guerre commerciale a déjà commencé ». Seule réponse possible face à cette mutation : l’unité. « Les États européens doivent faire bloc car ce que veulent la Chine et les États-Unis, c’est nous diviser. Dans cette mondialisation nationaliste l’Europe doit se présenter comme un continent cohérent, uni et fort », a asséné le ministre.

Autre rupture constatée, notre passage, au cours des dernières années, « d’une innovation ouverte à une innovation confiscatoire, avec des géants du numérique qui ont aujourd’hui la puissance financière d’un État » et qui, a-t-il insisté, exige que l’Europe « s’organise pour défendre sa propre innovation ».

Face à ces métamorphoses et aux défis qu’elles représentent, Bruno Lemaire en est convaincu : la France a le devoir et la capacité de s’imposer en leader d’une nouvelle Europe ; plus unie, plus forte et plus juste.

Plus d’égalité, plus d’innovation…

« La France doit retrouver sa place, laquelle consiste à être devant les autres États et pas derrière, pour redonner un cap », a-t-il déclaré en soulignant que le gouvernement y travaillait, même si cela « demandait d’assumer parfois des décisions difficiles ».  Pour Bruno Lemaire l’ambition est claire : « Faire de la France une grande nation d’innovation, capable de réduire les inégalités, de donner sa chance à chacun. Non pas en se reposant sur une politique de distribution mais en traitant les questions à la racine ». Car sans cette politique de redistribution des richesses qui est la nôtre, a-t-il rappelé : « nous restons le pays le plus inégalitaire de l’OCDE ». D’où l’urgence à repenser certaines priorités. « Nous devons redistribuer les chances dès le début, en nous attaquant en priorité à la question de l’éducation et de la formation. C’est ça traiter les problèmes à la racine. L’égalité ne doit pas dépendre de politiques de redistribution mais d’un système égalitaire ». À nous, a insisté le ministre de l’Économie et des finances, de créer les conditions de cette égalité mais aussi d’une capacité d’innover accrue.

Pour cela, « Nous devons devenir la grande nation d’innovation en Europe, a déclaré Bruno Lemaire. Or pour innover, il faut du capital, C’est pourquoi nous avons réduit l’ISF l’impôt sur les sociétés, pour rattraper notre retard dans ce domaine et donner à nos entreprises les moyens d’innover. Pour donner à nos PME les moyens de grandir et de s’exporter… C’est comme ça qu’on pensera la France de demain ».

La France, leader de l’Europe

Dernière objectif affiché : faire de la France le leader d’une Europe nouvelle. Le moteur de sa relance et de son redéploiement. « Nous devons retrouver notre place en Europe, a insisté le ministre. Une Europe menacée comme jamais par la montée des populismes : face à cela, la responsabilité de la France est d’être force de proposition ». Première visée : l’administration de Donald Trump et ses mesures protectionnistes. Un domaine sur lequel, Bruno Lemaire l’a affirmé, la France n’entend pas se laisser intimider. « On ne peut comprendre qu’une guerre commerciale ait lieu entre alliés, personne n’a à y gagner ; a-t-il déclaré. Mais si nous sommes attaquées, nous réagirons de façon collective, unie et forte, pour faire comprendre que l’Europe est aussi une puissance économique souveraine. C’est à la France de montrer l’exemple là-dessus ».

Fierté

Tout comme c’est à la France, a-t-il poursuivi, de mettre un terme à l’injustice fiscale qui permet à des empires du numérique tels qu’Amazon et Google « de payer 14 points d’impôts de moins que nos entreprises ». Une époque bientôt révolue a promis le ministre de l’Économie qui a appelé chacun à « être fier » ; « fiers de cette France qui se transforme et qui va retrouver sa crédibilité sur la scène européenne. Fiers de cette France qui réussira à taxer ces géants ». Une détermination politique portée par des enjeux d’avenir déterminants, a conclu Bruno Lemaire, pour qui il s’agit là « d’une question de justice fiscale mais aussi de souveraineté et de savoir dans quel monde nous voulons vivre demain ». Une façon de rompre avec les déterminismes du passé pour, en somme, reprendre notre avenir en main.

Caroline Castets

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