Rémi Babinet (BETC) : « La construction du récit du Grand Paris est engagée »

Comment donner du sens au projet métropolitain ? Depuis quelques années déjà, la Société du Grand Paris a identifié que la culture et l’art seraient des leviers imparables pour construire durablement une identité métropolitaine « grand parisienne » encore émergente. Cette approche ne peut avoir du poids qu’avec l’implication des acteurs privés. Rémi Babinet, cofondateur de l'agence BETC, est particulièrement engagé sur ce terrain.

Comment donner du sens au projet métropolitain ? Depuis quelques années déjà, la Société du Grand Paris a identifié que la culture et l’art seraient des leviers imparables pour construire durablement une identité métropolitaine « grand parisienne » encore émergente. Cette approche ne peut avoir du poids qu’avec l’implication des acteurs privés. Rémi Babinet, cofondateur de l'agence BETC, est particulièrement engagé sur ce terrain.

Décideurs. Quel regard rétrospectif portez-vous sur l’installation de BETC à Pantin ? Comment envisagez- vous votre rôle « de l’autre côté du périphérique » ?
Rémi Babinet. C’était un projet inattendu pour l’agence et de mon côté une intuition un peu folle dans laquelle les investisseurs m’ont suivi. Cela alors que le bâtiment était encore le temple du graffiti et que Pantin commençait à peine à se transformer. Par ailleurs, nous avions nos marques dans le 10e arrondissement de Paris où nous étions alors. Nous nous y étions installés en 2000, là aussi en pionniers, alors que toutes les agences de publicité étaient dans les banlieues de l’ouest de Paris. L’idée du déménagement à Pantin est devenue celle d’un projet total de transformation et d’innovation. Au-delà encore de la nouvelle géographie et de la reconfiguration architecturale des Magasins généraux, on pressentait, même lorsque nous n’en étions qu’aux prémisses, qu’il y avait dans cette installation à Pantin une opportunité d’expérimentation à toutes les échelles, sur la réorganisation de l’agence, le design des espaces et même notre identité plus profonde. Et plus vite que nous l’imaginions, le bâtiment est devenu emblématique du Grand Paris, de son image et sa réalité futures, un endroit qui attire les énergies, où les cultures se mélangent et où des centres sont recréés. Depuis le départ, nous essayons de raconter une histoire avec la mairie de la ville et les associations.

Comment cette histoire s’écrit-elle concrètement ?
Cela passe par des rencontres et discussions régulières, et par l’espace ouvert du rez-de-chaussée qui accueillera sa propre programmation événementielle et culturelle. L’art vient relier et concrétiser l’ancrage de BETC à Pantin. L’idée est également d’attirer les Pantinois, de mettre en œuvre des rencontres, des projets modestes, expérimentaux qui permettent d’imaginer progressivement les relations dans la ville de demain.

Vous êtes aussi président du fonds de dotation culture de la SGP. Quelles sont les raisons de votre engagement ?
Le Grand Paris est le projet français le plus formidable des quinze prochaines années. Il va à l’évidence révéler ce territoire mais aussi raconter la France différemment. Si à l’étranger on pouvait encore douter de la capacité créative et d’expérimentation de la France, il en sera bientôt autrement ! « France is in the air », pour reprendre le slogan de notre campagne pour Air France. Avec le Grand Paris, le danger de laisser la capitale figée dans cette image passéiste de ville musée est esquivé. Architecture, culture, art, design, musique… La convergence de talents et le bouillonnement d’événements culturels sont assez inouïs sur l’ensemble du territoire francilien. Avec les nouvelles gares qui vont sortir de terre, nous allons assister à la plus grande exposition d’architecture à ciel ouvert ! D’ailleurs, je pense que peu à peu, on oubliera de dire Grand Paris, qu’au fur et à mesure Paris va désigner toute la métropole. Avec l’expression artistique fédératrice de toutes les initiatives, la construction du récit du Grand Paris est engagée. Ce projet de fonds de dotation qui appelle toutes les entreprises – constructeurs, promoteurs mais aussi toutes celles qui partagent cette conviction – à s’engager comme mécènes va accélérer la transformation. J’ajouterai que pour faire « mentir » le destin de certains territoires, l’alliance entre le privé et le public est vraiment nécessaire.

Propos recueillis par Laetitia Sellam et Pascal Gally

 

Un fonds de dotation pour quoi faire ?

Afin de faire du projet des nouvelles infrastructures de transport une «  aventure culturelle sans pareille  » mais également pour que les Franciliens s’approprient le projet global du Grand Paris, la Société du Grand Paris présente une programmation culturelle comprenant des œuvres originales dans les gares, des créations mobiles et du spectacle vivant, à l’échelle de l’ensemble du territoire métropolitain, tout au long des 200 kilomètres de nouvelles lignes de métro du Grand Paris. Un fonds de dotation, cofondé par Xavier Lépine (La Française) et présidé par Rémi Babinet, a été mis en place pour recueillir des financements privés visant à accélérer la mise en œuvre de ces projets artistiques et culturels. Neuf premiers mécènes se sont engagés : Bouygues Construction, Eiffage Génie Civil, Vinci Construction, Nexity, Demathieu Bard, Engie, Herrenknecht, HP BTP et Segat. Quatre millions d’euros sont d’ores et déjà collectés pour les trois prochaines années.

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