Réchauffement climatique : froid dans le dos

Dans son dernier rapport spécial, le Groupe d'experts intergouvernemental pour le climat se veut plus alarmiste que jamais sur la nécessité de redoubler les efforts à l'échelle mondiale.

Dans son dernier rapport spécial, le Groupe d'experts intergouvernemental pour le climat se veut plus alarmiste que jamais sur la nécessité de redoubler les efforts à l'échelle mondiale.

Après le fameux objectif deux degrés fixé à Paris en 2015, à l'issue de la COP21, c'est à présent à 1,5 degré que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) souhaite maintenir le réchauffement planétaire d'ici 2100, par rapport à la période préindustrielle. Présenté le 8 octobre, rédigé par un collège de quatre-vingt-six auteurs issus de trente-neuf pays, ce premier rapport spécial jamais produit par le Giec expose « les impacts d’un réchauffement global de 1,5 °C et les trajectoires d’émissions mondiales de gaz à effet de serre associées ». Au rythme actuel, la hausse ce niveau serait atteint entre 2030 et 2052. Le rapport presse donc les Gouvernements mondiaux à engager des transformations « rapides » et « sans précédent », la trajectoire actuelle, basée sur les engagements pris à l'issue de l'Accord de Paris, conduisant à une hausse de trois degrés à la fin du siècle.

 

Chaque demi degré compte

Afin de sensibiliser à la nécessité absolue d'aller au-delà de l'objectif deux degrés, déjà considéré comme utopique, les auteurs ont mis en relief le fossé qui séparerait une augmentation de deux degrés par rapport à un demi degré de moins. Ainsi, à + 1,5°C, l'Arctique connaîtra un été sans banquise par siècle, contre un été par décennie pour un demi degré de plus. De même, la montée des océans serait contenue entre 26 et 77 centimètres d'ici 2100 à + 1,5°C, contre 10 centimètres et 10 millions d'habitants supplémentaires affectés avec avec deux degrés de plus. À long terme, l'instabilité de la calotte Antarctique et/ou la perte de celle du Groenland pourraient être déclenchées. Dans ce cas, les mers grimperont de plusieurs mètres sur les siècles ou millénaires à venir. L'impact sur les espèces serait également bien moindre à + 1,5°C : moins de feux de forêts, de perte de territoires, d'espèces invasives... Le rapport souligne, en outre, les risques accrus pour la ressource en eau, la sécurité alimentaire et la santé.

 

Des effort à accélérer d'urgence

Pour endiguer ce mouvement, point d'autre choix selon le Giec : les émissions de CO2 devront chuter drastiquement de 45 % d'ici 2030 et atteindre le point de neutralité carbone vingt ans plus tard. Selon les rédacteurs du rapport, ce recul massif d'émissions exigera « une transition rapide et de grande portée en matière d'énergies, d'usage des sols, de transports, bâtiment et systèmes industriels ». La part des énergies renouvelables devraient passer de 20 % aujourd’hui à 70 % en 2050, tandis que l'industrie devrait, quant à elle, réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 75-90 % d'ici 2050 par rapport à 2010. Les experts adressent, de fait, une partie de leur message au monde de la finance alors que près 2 400 milliards de dollars (2,5 % du PIB mondial) d'investissements annuels seront nécessaires, d'ici 2035, pour la transformation des systèmes énergétiques. Pour la climatologue Valérie Masson-Delmotte, c'est « un constat lucide et difficile » que le rapport met en avant, pointant l'inefficacité de « la politique des petits pas ». La ville polonaise de Katowice, théâtre de la COP24 au mois de décembre, semble plus qu'appropriée pour allonger la foulée.

 

Boris Beltran

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