REAix 2019 : la démocratie participative pour un choc de confiance ?

Les citoyens n’ont plus confiance dans leurs institutions et l’État semble se méfier des citoyens. Un danger pour la démocratie. Si certaines conditions sont respectées, la démocratie participative pourrait être une solution.

Les citoyens n’ont plus confiance dans leurs institutions et l’État semble se méfier des citoyens. Un danger pour la démocratie. Si certaines conditions sont respectées, la démocratie participative pourrait être une solution.

Restaurer la confiance. Un défi de taille dans un monde où les citoyens ne se sentent plus représentés par leurs élus et où le pessimisme ne s’est jamais aussi bien porté. La preuve, selon une étude menée par McKinsey dans 29 pays, 49% des personnes interrogées estiment que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. Et l’Hexagone fait partie des nations les plus pessimistes. « Un sacré paradoxe. Plus un pays se porte bien, plus le niveau de confiance est faible », explique Karim Tadjeddine, ancien haut fonctionnaire qui a participé à la conception de l’étude. Il souligne « une perte de confiance dans l’efficacité de l’action publique. Les citoyens demandent en premier lieu la sécurité de l’emploi et des services publics fonctionnels. » Nombreux décideurs ou institutions sont touchés par cette défiance : députés, ministres, syndicats... Pour créer un choc de confiance, la mise en place d’une vraie stratégie de démocratie participative pourrait être une solution.

Vive le référendum ?

Toutefois, les participants sont unanimes sur un point : la démocratie participative ne doit pas se substituer à la démocratie représentative. Selon eux, le référendum doit être utilisé avec parcimonie. Pierre Ferracci, expert en politique sociale et dirigeant du groupe Alpha, estime ainsi que « Le référendum doit être réservé aux grandes questions. Ce n’est pas le cas de la privatisation d’ADP. C’est un schéma dangereux de donner trop d’importance aux référendums. C’est la meilleure chose à faire pour accélérer la vague populiste. » Un avis partagé par le politologue Dominique Reynié. D’après lui, « il n’est pas raisonnable de mettre à la discussion des sujets techniques et scientifiques. Pour prouver l’efficacité de l’aspirine, pas besoin d’un sondage ou d’un vote ! ».

Modèle scandinave, l’utopie

Heureusement, le référendum n’est pas le seul outil susceptible de mettre en avant la démocratie représentative. Selon les participants au débat, la meilleure solution serait le « fameux modèle scandinave » qui repose sur l’implication des salariés dans les décisions. Hélas, dans l’Hexagone, de nombreuses entraves empêchent l’émergence de ce type de fonctionnement qui repose sur des syndicats forts. « Ce n’est pas le cas dans notre pays », explique Pierre Ferracci qui cite un sondage mené par l’association Dialogue révélant que : « 85% des salariés souhaitent que les élections syndicales soient libres dès le premier tour (c’est-à-dire que des représentants syndicaux ne seraient pas forcément rattaché à un syndicat, ndlr). 69% des syndicalistes sont du même avis ». Une configuration qui, d’après l’expert, pourrait conduire « à une éruption de type gilets jaunes dans les entreprises. Cela aurait des avantages, des inconvénients mais ne serait pas de la démocratie représentative ».

"En France prédomine le sentiment que l'État n'a pas confiance dans les citoyens" (Dominique Reynié)

La mise en place d’une véritable démocratie participative nécessite également un changement de mentalité de la part des représentants politiques. Pour le moment, ces derniers estiment qu’ils peuvent décider sans consultation, grâce à la « sacralité du suffrage universel ». Résultat des courses, selon Dominique Reynié : « En France prédomine le sentiment que l’État n’a pas confiance dans les citoyens ». Les décideurs publics, seraient bien trop souvent enfermés dans une logique technocratique. Et, lorsqu’ils mettent en place des procédés de consultation, « les personnes en situation précaire ne sont pas en capacité de participer », estime Claire Hédon, d’ATD Quart Monde pour qui, « les personnes qui ont le plus de choses à dire, de solutions à apporter sont parfois en situation de grande précarité. Elles ânonnent, ont du mal à lire à écrire et ne peuvent s’exprimer dans des modes de consultation mis en place par des personnes bien plus diplômées qui ne se mettent pas à la place de tous ».

S’inspirer du secteur privé

L’administration pourrait peut-être s’inspirer des entreprises. C’est la théorie de Stéphane Pallez PDG de la Française des jeux pour qui, « l’État est moins dans le dialogue que les entreprises ». Or selon elle, « il a imposé au secteur privé des normes de concertation qu’il ne va pas appliquer à lui-même. Nous pouvons donc aider le secteur public à déployer de bonnes pratiques en matière de dialogue social, de formation, d’études de satisfaction interne ». Pour le moment, l’administration semble réticente à s’inspirer des PME, des ETI ou des grands groupes. Mais, la dirigeante estime que les choses changeront : « la frontière entre Etat et entreprises s’estompe». Les Gafa empiètent sur les compétences de l’État tandis que les acteurs en pointe dans la démocratie participative sont parfois… des entreprises.

Lucas Jakubowicz

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