Rallye-Casino : les jeux sont-ils faits ?

Détenteur de plus de la moitié du capital de Casino, Rallye a pris l’habitude de nantir ses emprunts sur ses titres du géant de la distribution. Une mécanique devenue intenable avec la baisse de la valeur des actions Casino. Étranglé par les dettes, Rallye a obtenu l’ouverture d’une procédure de sauvegarde.

Détenteur de plus de la moitié du capital de Casino, Rallye a pris l’habitude de nantir ses emprunts sur ses titres du géant de la distribution. Une mécanique devenue intenable avec la baisse de la valeur des actions Casino. Étranglé par les dettes, Rallye a obtenu l’ouverture d’une procédure de sauvegarde.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Le 23 mai dernier, le tribunal de commerce de Paris ouvrait une procédure de sauvegarde à l’encontre du groupe Rallye, il en confiait le pilotage à deux administrateurs judiciaires : Hélène Bourbouloux et Frédéric Abitbol. Une première pour ces deux ténors habitués aux dossiers hautement sensibles. Il faut reconnaître que le dossier a de quoi impressionner. Par son montant et sa complexité tout d’abord : la sauvegarde vise non seulement le groupe Rallye mais également la kyrielle de holdings – Euris, Finatis et Foncière Euris – grâce auxquelles Jean-Charles Noury contrôle Casino, le géant de la distribution. Il s’agit donc d’orchestrer le redressement de quatre holdings dont trois cotées qui ne totalisent pas moins de 3,3 milliards d’euros de dette. Par sa médiatisation et son volet social ensuite puisque, même s’il n’est pas concerné par la procédure, Casino emploie 220 000 salariés dont le sort pourrait dépendre, à terme, de la santé de leur actionnaire majoritaire Rallye.

La sauvegarde de Rallye, bouffée d’oxygène pour Casino

Une situation inquiétante qui a poussé Jean-Charles Noury à placer le groupe Rallye sous protection légale, et ainsi suspendre ses obligations financières et renégocier ses dettes avec ses créanciers. L’annonce de l’ouverture de la sauvegarde n’a pas manqué de surprendre même si les difficultés du groupe, intimement liées à celles de Casino, ne datent pas d’hier. Depuis 2015, Casino subit les assauts répétés de vendeurs à découvert – les fameux « shorts » – qui parient sur la baisse de l’entreprise en empruntant des actions pour les revendre et espérer les acheter moins cher plus tard. Une entreprise de déstabilisation agressive régulièrement dénoncée par le PDG.
 


Le dossier est exceptionnel par son montant, sa complexité, sa médiatisation et son enjeu social


En réponse, les shorts reprochent à Rallye et Casino un manque de transparence dans leur communication financière et une structure de contrôle complexe destinés à masquer la santé du groupe et son trop fort endettement. Une chose est certaine, la sauvegarde de son actionnaire majoritaire offre une bouffée d’oxygène bienvenue à Casino qui a vu son cours de Bourse immédiatement grimper. Surtout, le distributeur se trouve libéré de son obligation de verser des dividendes élevés à Rallye pour que ce dernier puisse à son tour rembourser ses intérêts d’emprunt.

Accélérer sa mue

Casino dispose ainsi de davantage de cash-flow pour investir, accélérer sa mue et booster son plan de cession entamé en 2018. Initialement prévu à hauteur de 1,5 milliard d’euros en juin 2018, ce plan était revu à la hausse quelques mois plus tard. Cette année, une nouvelle salve de cessions de 2 milliards d’euros d’actifs est engagée et, couplée à un nouveau plan de refinancement total de 3,5 milliards d’euros dans l’objectif de repousser ses échéances de dettes à l’horizon 2023-2024, le distributeur peut légitimement espérer sortir la tête de l’eau.

En effet, cette recette devrait permettre au groupe de ramener sa dette nette à 1,5 milliard d’euros à la fin 2020, contre 7,7 milliards d’euros fin 2014. S’il y parvient, non seulement il aura assaini ses comptes mais il sera en mesure de reprendre une politique de distribution de dividendes à ses différents actionnaires, Rallye en tête. Ce dernier pourra alors rembourser, au moins en partie, ses créanciers.

Sybille Vié

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