R. de Pressigny (QBE France) : "La crise que nous traversons est un test de résilience pour tout le monde"

Présent en France depuis plus de vingt ans, QBE est l’un des leaders mondiaux de l’assurance et de la réassurance. Renaud de Pressigny, son directeur général, revient sur le positionnement de l’assureur australien dans l’Hexagone et sur ses ambitions. Il nous livre également les leçons à tirer de la profonde crise à laquelle le monde entier est confronté.

Présent en France depuis plus de vingt ans, QBE est l’un des leaders mondiaux de l’assurance et de la réassurance. Renaud de Pressigny, son directeur général, revient sur le positionnement de l’assureur australien dans l’Hexagone et sur ses ambitions. Il nous livre également les leçons à tirer de la profonde crise à laquelle le monde entier est confronté.

Décideurs. Quel est votre positionnement sur le marché français ?

Renaud de Pressigny. Cela fait plus de vingt ans que nous sommes implantés en France. QBE, dont le siège est basé à Sydney en Australie, fait partie des leaders mondiaux de l’assurance et de la réassurance. Dans l’hexagone, notre positionnement est essentiellement tourné vers les PME et les ETI. Nous combinons l’assurance et les services à valeur ajoutée, pour apporter à nos clients des conseils pour les aider à gérer au mieux leurs risques.

Contrairement à d’autres grands assureurs, vous vous adressez spécifiquement aux PME et ETI. Pourquoi ce choix ?

Il est historique. Lorsque QBE s’est installée en France, beaucoup de grands assureurs se spécialisaient sur les grands comptes et créaient même des entités dédiées, se livrant une concurrence accrue. Nos prédécesseurs ont préféré se positionner sur les segments des TPE, des PME et des ETI, créant ainsi un portefeuille plus stable, moins volatil.

Quelles sont vos ambitions sur le marché français ?

Tout d’abord, celui de poursuivre notre croissance. QBE n’a pas encore atteint en Europe continentale et en France la taille que notre groupe ambitionne. Nous souhaitons doubler la taille de nos opérations en Europe d’ici à 2025. Mais nous avons surtout comme volonté première de continuer à apporter de la valeur ajoutée à nos clients et à nos partenaires courtiers, en continuant à développer des offres qui associent l’assurance, la gestion des risques et le conseil. Nos clients sont exposés aux mêmes risques que les grands comptes. Des sinistres majeurs peuvent signifier la fin de l’activité pour une PME, alors que les grandes entreprises sont beaucoup plus résilientes. Nos clients du « middle market » ont besoin d’être accompagnés dans l’identification de leurs risques, leur gestion et leur prévention.

Quelles sont les grandes préoccupations des petites et moyennes entreprises ?

Nous publions depuis trois ans une enquête réalisée par Opinion Way auprès de plusieurs centaines de PME et ETI françaises. Les résultats de cette enquête diffèrent sensiblement de celles réalisées auprès des grandes entreprises ; celles-ci mettent généralement en tête les risques cyber, la supply chain ou les risques politiques. D’après notre étude, le premier risque identifié par les petites et moyennes entreprises est le risque humain, qui englobe les risques psychosociaux, les difficultés de recrutement et de conservation les talents.

Comment appréhendez-vous le risque cyber ?

Il est bien identifié par les PME et ETI mais il reste compliqué à garantir pour un assureur car il s’agit d’un risque systémique. Les attaques cyber que nous avons connues ces dernières années, telles que WannaCry et NotPetya, montrent qu’il est très difficile de mesurer l’ampleur de tels phénomènes. Chez QBE, nous avons associé des services à notre contrat d’assurance cyber. Nous offrons à nos clients PME et ETI des tests d’intrusion réalisés par des consultants spécialisés, qui vont attaquer leur système d’information puis leur remettre un rapport complet des failles identifiées. Cela permet ensuite aux entreprises de mettre en œuvre un plan de prévention et d’investir pour améliorer la sécurité de leur système d’information.

« Le risque humain est le premier risque identifié par les PME »

Quel est ou sera l’impact du Brexit sur votre activité en Europe ?

Nous n’avons pour le moment pas perçu d’effet sensible, mis à part quelques déplacements d’affaires de Londres vers le continent. Ce qu’on ne connaît pas à ce stade est l’impact que le Brexit aura sur les économies européenne, et notamment française et britannique. Depuis le 1er janvier 2019, nous sommes prêts à un retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. Nous avons créé une compagnie belge, avec une succursale dans chacun des pays dans lesquels nous opérons, dont la France.

On parle en ce moment beaucoup de la résilience. Comment abordez-vous ce sujet ?

Nous abordons la question de la résilience par le biais de notre offre de conseil. Nous proposons aux PME et aux ETI avec lesquelles nous sommes en contact, de réaliser leur première cartographie des risques. Pour ce faire, nous finançons un consultant qui travaille avec l’entreprise pour identifier ses risques majeurs, les quantifier et l’aider à structurer son plan de traitement. Cette démarche de cartographie des risques contribue à accroître la résilience des entreprises qui bénéficient de notre offre. Elles n’ont en général pas de risk manager, du fait de leur taille. Grâce à QBE, elles ont accès à des experts qui les aident à préparer leur plan de crise et de traitement des risques majeurs.

Quels enseignements tirés de la crise que nous vivons ?

La situation que nous traversons est tout à fait emblématique des sujets abordés précédemment. Les assureurs continuent toutefois à assurer leurs services. Il s’agit d’un test de résilience pour tout le monde et cela ne fait que renforcer la nécessité de travailler sur l’identification des risques et la préparation des plans de crise. Toute la dimension conseil que nous développons pour aider les PME et les ETI est renforcée par ce que nous sommes en train de vivre. Il faut que nous aidions davantage nos clients, en partenariat avec les courtiers, à mieux identifier et prévenir les risques.

Propos recueillis par Margaux Savarit-Cornali

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