R. Bullock (BNY Mellon) : « Le plus grand risque que nous voyons aujourd'hui est géopolitique, y compris une guerre commerciale.

Les mesures protectionnistes envisagées par le président américain Donald Trump ont ravivé les inquiétudes des observateurs ces dernières semaines. Toutefois, la Chine se dresse comme un concurrent sérieux, à même de renverser les équilibres établis depuis un demi-siècle. Richard Bullock, analyste senior chez BNY Mellon North America, revient sur les derniers épisodes du prélude à une potentielle guerre commerciale.

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Les mesures protectionnistes envisagées par le président américain Donald Trump ont ravivé les inquiétudes des observateurs ces dernières semaines. Toutefois, la Chine se dresse comme un concurrent sérieux, à même de renverser les équilibres établis depuis un demi-siècle. Richard Bullock, analyste senior chez BNY Mellon North America, revient sur les derniers épisodes du prélude à une potentielle guerre commerciale.

Décideurs. Le contexte a changé dans la sphère géopolitique mondiale. L'arrivée de Donald Trump au pouvoir a rebattu les cartes de l'ordre mondial vers une tendance isolationniste de l'Amérique. Quelle est votre lecture du phénomène ?

Richard Bullock. Il est important de reconnaître que le jeu géopolitique a été remanié. L'Amérique a dominé la sphère géopolitique mondiale depuis la fin de la guerre froide. Aujourd'hui, nous voyons un plus grand nombre d'hégémonies régionales, comme la Chine et la Russie, mais le poids des États-Unis reste considérable. Les politiques étrangères du président Trump continuent de défier la classification conventionnelle, et ses politiques actuelles ne sont pas traditionnellement isolationnistes, si elles sont définies comme se repliant sur elles-mêmes. Donald Trump comprend l'importance du commerce mondial. Il semble viser des accords commerciaux bilatéraux afin de créer des conditions plus équitables et d'améliorer l'accès pour les entreprises américaines.

Une Amérique concentrée sur la réduction des accords bilatéraux et la mise en avant de « l'Amérique d'abord », plutôt que de soutenir un système multilatéral de valeurs libérales, conduira inévitablement à une plus grande instabilité politique sur la scène internationale.

Le curseur géopolitique semble s'orienter vers une influence accrue du continent asiatique. Allons-nous vers une correction boursière qui se ferait au détriment des pays occidentaux ?

La part de l'Asie dans le PIB mondial a considérablement augmenté et, comme d'autres investisseurs, nous prévoyons que la tendance se poursuivra. La richesse accrue de la Chine et d’importantes dépenses militaires lui donnent plus de pouvoir dans sa sphère. La Chine est maintenant un hégémon régional. Cependant, les économies mondiales sont extrêmement interconnectées aujourd'hui en termes de flux commerciaux et de capitaux. Les économies occidentales contribuent également de manière significative au PIB mondial, et comme une grande partie de la propriété intellectuelle mondiale réside en Occident, nous pensons que ces économies resteront des leaders.

Il est important de noter que les fondamentaux de l'économie et des entreprises restent globalement sains, ce qui indique un marché boursier robuste. Néanmoins, le plus grand risque que nous voyons aujourd'hui est la géopolitique, y compris une guerre commerciale ou d'autres formes de conflit. Les investisseurs ont commencé à y prêter attention lorsque Trump a quantifié la guerre commerciale. Il a explicitement mentionné les droits de douane de 25% sur les exportations de la Chine vers l'Amérique à hauteur de 150 milliards de dollars, soit 30% des exportations totales de la Chine aux États-Unis. La Chine a répondu par un quid pro quo. Essentiellement, la géopolitique est soudainement devenue moins un macro-moteur et un facteur beaucoup plus concret de risque spécifique aux marchés d’actions.

Nous croyons que les changements tectoniques qui se produisent dans l'environnement politique international sont lents mais extrêmement profonds. Les hypothèses politiques libérales d'institutions comme le libre-échange, la liberté de navigation et la primauté du droit sont actualisées dans le coût du capital aujourd'hui mais, comme le montrent notre analyse et notre expérience des marchés émergents, ces hypothèses peuvent changer radicalement avec le temps. Nous prévoyons une prime de risque politique pour les actions mondiales potentiellement plus élevée à l'avenir.

Compte tenu de cette observation, quel type de stratégie de gestion devrait être privilégié pour investir à l'échelle mondiale ? Comment cela se traduit-il en allocation d'actifs ?

Nous croyons que l'analyse géopolitique est un élément essentiel de la gestion des placements que de nombreuses entreprises négligent actuellement. Nous avons développé un processus de recherche qui analyse consciemment et, si possible, quantifie les événements géopolitiques et leurs effets de second ordre pour optimiser les décisions d'allocation d'actifs. Pour ce qui est des placements en actions, nous croyons qu'un portefeuille d'infrastructures neutre en facteurs de conviction et fortement axé sur la génération d'un rendement en dividendes attrayant pourrait être intéressant dans ce contexte.

Propos recueillis par Yacine Kadri

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