Présidentielle : travail, des propositions qui valent cher

Présidentielle : travail, des propositions qui valent cher

Impossible pour les candidats de faire l’impasse sur la manière dont la France doit s’y prendre pour parvenir à un taux d’emploi considéré comme satisfaisant. Salaire minimum, aides aux jeunes et aux chômeurs, les prétendants à la plus haute fonction étatique déroulent leurs propositions.

Février 2022 : l’Insee annonce un taux de chômage pour la France de 7,4 %, au plus bas depuis 2008. Une très bonne nouvelle pour Emmanuel Macron qui, comme ses prédécesseurs à l’Élysée, s’est engagé à délivrer des résultats sur l’emploi, gage de sérénité sociale et de prospérité économique. Sur fond de crise, le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait enregistré une hausse du chômage de 8 % à 9,7 %. Une courbe que François Hollande avait eu beaucoup de mal à inverser, lui qui finit son quinquennat en 2017 avec un taux de 9,6 %. L’embellie connue depuis va-t-elle perdurer ? C’est en tout cas ce qu’espèrent les candidats à la présidentielle qui proposent tous des mesures pour faciliter le retour sur le marché du travail. De là à aller jusqu’au plein-emploi ? Difficile à dire, surtout dans un contexte de guerre en Ukraine qui pourrait rebattre les cartes.

Pas d'unanimité sur l'assurance chômage

À défaut de disposer d’une boule de cristal pour deviner l’issue du conflit ou anticiper une prochaine crise, les prétendants à la succession d’Emmanuel Macron ont leur idée sur ce qui pourrait aider la France à bénéficier d’un taux d’emploi acceptable. Les candidats s’attaquent à la réforme de l’assurance chômage d’Emmanuel Macron. Nouveau calcul pour l’indemnisation, création d’un bonus-malus pour certaines entreprises, accompagnement renforcé des chômeurs… Les premières dispositions de cette réforme ont été mises en place fin 2019, avant d’être suspendues en raison de la Covid-19 puis d’entrer pleinement en vigueur au 1er octobre 2021.

Les candidats s'attaquent à la réforme de l'assurance chômage

Valérie Pécresse entend "faire" la réforme de l’assurance chômage, c’est-à-dire aller encore plus loin qu’Emmanuel Macron. Sous sa mandature, les indemnités seraient réduites de 30 % en cas de refus d’une formation dans un secteur en tension. Par ailleurs, serait instaurée une obligation de 15 heures d’activité par semaine pour tout bénéficiaire du RSA. L’objectif ? Encourager la reprise d’activité. Un programme aux antipodes de ce que propose Jean-Luc Mélenchon. Le leader de la France insoumise souhaite "rétablir une assurance chômage protectrice". Il veut indemniser les chômeurs en fonction de leur dernier salaire grâce à une assurance calculée à partir du premier jour de travail. Ou encore supprimer l’obligation d’accepter une "soi-disant" offre raisonnable d’emploi. Yannick Jadot ne goûte pas non plus les changements actés sous Emmanuel Macron : "Nous abrogerons la réforme de l’assurance chômage mise en place par le gouvernement, injuste et culpabilisante pour les chômeurs et nous redonnerons des moyens à Pôle emploi pour accompagner enfin vraiment les personnes les plus éloignées de l’emploi", explique le candidat écologiste. Une position proche de celle d’Anne Hidalgo, qui entend également abroger le texte.

Qu’en pense le principal intéressé, père de la réforme et actuel candidat à sa réélection ? Sur le sujet, Emmanuel Macron verse dans son fameux "et en même temps". S’il entend poursuivre sa réforme du marché du travail et donc de l’assurance chômage, il promet de mieux protéger les bénéficiaires quand la conjoncture se dégrade et de pousser davantage à la reprise du travail quand l’emploi connaît une embellie.

Le smic dans de bonnes grâces

Autre question sur laquelle un candidat à l’Élysée est très attendu : le Smic et la hausse des salaires en général. Les aspirants à la plus haute fonction étatique estiment que le travail doit payer davantage. Un mouvement qui concerne la France mais pas uniquement. Nos voisins européens suivent la même tendance, rompant avec les politiques des dernières décennies. Le but ? Répondre au retour de l’inflation et mieux rémunérer ceux qui se sont retrouvés en première ligne durant les confinements afin d’éviter que ne se creusent davantage les inégalités sociales. C’est ainsi que le salaire minimum est en passe d’augmenter en Espagne, au Royaume-Uni et en Allemagne. Yannick Jadot rappelle que "les entreprises de services (bénéficieront) d’une hausse de pouvoir d’achat des Français" quand Valérie Pécresse estime qu’il faut différencier les revenus d’assistance des revenus du travail pour motiver les citoyens qui font le choix de l’emploi.

Les candidats font valoir différentes options pour tendre vers ces hausses de salaires. Jean-Luc Mélenchon vise un Smic à 1 400 euros nets, quand Yannick Jadot et Fabien Roussel le souhaitent à 1 500 euros, Philippe Poutou à 1 800, Nathalie Arthaud à 2 000. En plus d’une hausse de 15 % du Smic, Anne Hidalgo veut convoquer une conférence sur les salaires avec les organisations patronales et syndicales. Dans ce cadre, seront engagées des négociations dans les branches professionnelles et les entreprises, de manière que le plus grand nombre soit concerné par les augmentations. À droite, les choses sont présentées un peu différemment. Valérie Pécresse souhaite une hausse du salaire net de 10 % en cinq ans pour tous ceux qui gagnent moins de 2 800 euros nets. La présidente de la région Île-de-France voudrait que les RTT puissent être convertis en salaire, sans charge et sans limite ou encore développer l’intéressement et la participation. Marine Le Pen, quant à elle, permettrait aux entreprises d’augmenter les salaires de 10 %, jusqu’à trois Smic, en exonérant cette augmentation de cotisations patronales.

Emmanuel Macron, qui croit à la capacité du pays à afficher un plein-emploi, n’est pas allé sur ce terrain. L’actuel président mouille la chemise en proposant une transformation de Pôle emploi mais, surtout, une réforme du RSA clivante. Le chef de l’État envisage de le remanier pour obliger les bénéficiaires à "consacrer 15 à 20 heures par semaine pour une activité permettant d’aller vers l’insertion professionnelle, soit de formation en insertion, soit d’emploi". Et il n’est pas question pour lui que les moins de 25 ans (hors parents isolés ou personnes pouvant justifier d’une certaine durée d’activité) puissent en être bénéficiaires. Le présidentcandidat prône une égalité des chances et une facilité à rentrer dans la vie active qui passera par l’éducation et non par des incitations financières.

Des solutions pour les jeunes

Quelle que soit la forme qu’il prenne, le soutien aux jeunes est vu comme indispensable par ses concurrents. D’autant que si 80 % de cette population envisage d’aller voter, 66 % des jeunes considèrent que les responsables politiques ne se préoccupent pas ou peu des thèmes qui leur sont chers, comme le pouvoir d’achat (37 %) ou l’emploi (27 %), selon une enquête Ipsos-Sopra Steria pour la Fage publiée en février. "Pour aider la jeunesse à trouver un emploi, nous renforcerons significativement la formation professionnelle et créerons une ‘agence du retour’ pour permettre aux jeunes ultramarins de revenir chez eux avec des perspectives optimales d’emploi et de vie", promet Anne Hidalgo.

66 % des jeunes considèrent que les responsables politiques ne se préoccupent pas ou peu des thèmes qui leur sont chers

La candidate LR, elle, mettrait en place un revenu jeune actif de 670 euros pour les 18-25 ans qui s’engagent dans une formation dans les métiers en tension. À ceci viendrait s’ajouter une Banque nationale dédiée afin de les aider à financer leurs projets et leurs études. Yannick Jadot va, lui, plus loin sur le sujet du revenu puisqu’il instaurerait un minimum pour vivre de 918 euros dès 18 ans, soit l’équivalent du seuil de pauvreté. Jeunes à la recherche d’emploi, chômeurs, seniors ou salariés en CDI, les Français en âge de travailler représentent un vivier de voix conséquent sans lequel les candidats à l’élection présidentielle ne pourront accéder à l’Élysée. Reste à savoir celui ou celle qui les aura le plus convaincus. 

Olivia Vignaud

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