Présidentielle. Qui vote quoi en 2022 ?

Présidentielle. Qui vote quoi en 2022 ?

Emmanuel Macron candidat des classes moyennes, des seniors et des très jeunes. Marine Le Pen plus que jamais souveraine dans les milieux populaires où la social-démocratie a disparu, une droite qui ne parle plus aux nouvelles générations… Voici une analyse détaillée du corps électoral à un an du premier tour.

Photographie de l’opinion à un instant T, les sondages ne promettent pas de prédire un résultat, a fortiori à un an du premier tour de l’élection présidentielle. Mais, en examinant avec attention les rapports d’études, certaines tendances lourdes méritent une analyse. À cet égard, le sondage Ifop-Fiducial dont nos confrères de Sud Radio et du JDD ont eu l’exclusivité est une véritable mine d’or.

Catégories populaires

Ce n’est plus un scoop, le RN surperforme dans les catégories populaires. Le sondage Ifop en est la preuve éclatante. Marine Le Pen est créditée de 43% dans ce segment du corps électoral. Chez les ouvriers, elle monte même à 45% ! Elle profite de la faiblesse de la gauche qui réalise des scores que l’on peut sans exagération qualifier de catastrophiques : 4% pour Yannick Jadot, 3% pour Anne Hidalgo. Visiblement, les tracts en écriture inclusive, les idées décroissantes, la promotion du multiculturalisme et les combats sociétaux tels que les cours de récréation non genrées ne sont pas la martingale pour séduire cette partie de la population. Pour la reconquérir, la gauche écologiste et socialiste va devoir revoir entièrement son logiciel. En est-elle capable ? Jean-Luc Mélenchon, qui se rêve en tribun du peuple, est à 12%. Emmanuel Macron réalise une performance plutôt correcte : 19%.

 

CSP+

Avec 23% d’intentions de vote, Emmanuel Macron est en tête chez les CSP+. Il est intéressant de constater que les partis de gauche attirent davantage les CSP+ que les catégories populaires. Anne Hidalgo est à 12%, Yannick Jadot à 13%. La social-écologie ne serait donc pas un mouvement populaire mais une idéologie de classes sociales supérieures que certains peuvent qualifier de "bobos des villes", même si, sociologiquement, le terme n’est guère significatif. Notons que la droite, à 12%, est moins forte chez les CSP+ que dans sa moyenne globale. Préoccupant pour elle puisqu’il s’agit d’un public réputé lui être fidèle.

 

18-30 ans

48%. C’est le pourcentage des 18-30 ans prêts à voter pour des partis extrémistes pour les uns, antisystèmes et populistes pour les autres. Dans le détail, le Rassemblement national est le premier parti de la jeunesse française avec 26% d’intentions de vote, soit 4 points de plus que Jean-Luc Mélenchon. Du côté de la gauche écologiste et socialiste, c’est la soupe à la grimace. Anne Hidalgo et Yannick Jadot sont tous les deux à 8%, une catastrophe pour des partis qui se targuent de parler à la jeunesse.

Notons que si Emmanuel Macron est crédité de 21% chez les 18-30 ans, il est en première place chez les 18-24 ans (27%), au coude à coude avec Jean-Luc Mélenchon (26%). Chez les "plus jeunes des jeunes", Marine Le Pen reste en retrait (19%) mais performe chez les 25-30 ans (35%). Les Verts sont à 11% chez les 18-25 ans, la fameuse "génération climat". La droite est en voie de disparition chez les 18-30 ans, puisque Xavier Bertrand est estimé à 2%. L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy est à égalité avec Jean Lassalle et derrière Philippe Poutou et Nathalie Artaud.

 

Retraités

Les seniors, chasse gardée de la droite ? Ce temps-là semble révolu. Si François Fillon avait réuni 36% d’entre eux, Xavier Bertrand est à 26%. La "faute" à Emmanuel Macron qui recueillerait 31% des suffrages des plus de 65 ans. Si les candidats les plus populistes séduisent la jeune génération, les plus âgés semblent bien plus réservés puisque Marine Le Pen est à 12%, soit deux fois moins que sa moyenne générale. Même tendance pour Jean-Luc Mélenchon qui, avec 6%, fait jeu égal avec Nicolas Dupont-Aignan.


Salariés du secteur public

La gauche a perdu les catégories populaires, elle est à la peine chez les jeunes. Chez les salariés du secteur public, qui est sa troisième zone de force traditionnelle, ce n’est guère mieux. Le PS d’Anne Hidalgo serait à 10% (sa moyenne nationale est à 7%) tout comme Yannick Jadot. Jean-Luc Mélenchon est à 11%. Additionnées, ces trois candidatures dépassent à peine le score de Marine Le Pen. Et c’est l’un des principaux résultats de ce sondage. La candidate d’extrême droite est largement en tête chez les salariés du service public : 29%. De son côté, le président de la République est à 23%, un score dans sa moyenne nationale.

 

VERDICT

RN. La candidate de la "France périphérique" ? Très implantée dans les milieux populaires, Marine Le Pen séduit une large partie de la jeunesse et part à la conquête des électeurs travaillant dans la fonction publique. En revanche, les seniors restent plutôt hermétiques à ses idées, tout comme les habitants de la région parisienne où elle dépasse péniblement les 10%. Il est intéressant de constater que l’extrême droite séduit 30% des femmes mais 21% des hommes.

LREM. Le candidat des classes moyennes ?  C’est une idée reçue tenace : Emmanuel Macron serait le "candidat des riches". Une analyse approfondie du sondage Ifop permet de tempérer ce cliché. Le président de la République semble séduire les classes moyennes. Il arrive en tête dans les professions intermédiaires (23%) et chez les titulaires d’une licence ou d’un DEUG (30%) même s’il est également en tête dans les catégories aisées (29%). En termes d’âge, il semble être à la fois le candidat des plus jeunes, mais aussi des seniors. Emmanuel Macron a un avantage sur tous les autres candidats : Il n’est décroché dans aucune catégorie de la population. Il existe un "vote Macron" dans toutes les catégories sociales. Chez les Français gagnant moins de 1 300 euros par mois, il devance même Jean-Luc Mélenchon.

LR. Où sont les jeunes ? Quelle que soit la tête d’affiche, le candidat LR sera "le candidat des vieux". C’est simple, plus la pyramide des âges augmente, plus son score augmente. 2% chez les moins de 30 ans, 27% chez les plus de 65 ans. Une tendance qui devrait préoccuper le parti par ailleurs à 10% dans les catégories populaires qui adhéraient pourtant à Nicolas Sarkozy, chantre de la "France qui se lève tôt" et défenseur du "Travailler plus pour gagner plus".

Anne Hidalgo est à 1% chez les ouvriers, Xavier Bertrand à 2% chez les moins de 30 ans

Jean-Luc Mélenchon (LFI). Un candidat tout terrain : Pour certains observateurs de la vie politique, le tournant populiste, voire communautariste de Jean-Luc Mélenchon serait le signe d’un suicide politique. Pourtant, il reste le numéro 1 à gauche avec 11%. Le chef des Insoumis se repose sur certaines catégories telles que les moins de 30 ans (22% à quasi-égalité avec Emmanuel Macron mais derrière Marine Le Pen). Dans les classes populaires, il est largement distancé par Marine Le Pen. Chez les catégories supérieures, il réalise 13%, soit deux points de plus que sa moyenne nationale…

Anne Hidalgo (PS). La social-démocratie a perdu le peuple : Cela paraît étymologiquement antinomique, mais c’est un fait. Les socialistes sont inexistants chez les Français les plus pauvres. Le sondage Ifop est un coup de poignard pour Anne Hidalgo qui, en cas de candidature, est créditée de 3% chez les Français qui gagnent moins de 900 euros par mois, 4% chez ceux dont le salaire est compris entre 900 et 1 300 euros. Chez les ouvriers elle tombe même à 1% tandis qu’elle est à 2% chez les artisans et les commerçants. C’est chez les cadres et les professions intellectuelles supérieures qu’elle s’en sort le mieux avec 15%. Mais même là, elle est à égalité avec Marine Le Pen et 9 points derrière Emmanuel Macron.

EELV. Jeunes et bobos : Les Verts ? Parti des jeunes bobos des grandes agglomérations disent les esprits critiques. Le sondage Ifop ne contredit pas vraiment ce postulat. Yannick Jadot dépasse ou est à 10% dans les catégories telles que les 24-35 ans, les habitants de la région parisienne ou les diplômés du supérieur où, avec 12%, il fait jeu égal avec Marine Le Pen mais réalise un score deux fois inférieur à Emmanuel Macron et Xavier Bertrand. En revanche, EELV peine à séduire les moins favorisés : 4% chez les employés, 3% chez les ouvriers. Difficile de promettre la décroissance à ceux qui doivent se serrer la ceinture…

Lucas Jakubowicz

Méthodologie : L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 730 personnes inscrites sur les listes électorales, extrait d’un échantillon de 2 003 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d'agglomération. Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne du 2 au 8 avril 2021.

Pour la rédaction de cet article nous avons considéré que Xavier Bertrand est le candidat de la droite puisqu’il semble le mieux placé des personnalités testés. Il est possible que le PS et EELV présentent un candidat commun mais séparé les deux partis permet de mieux cerner les électorats respectifs.

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