Présidence de la Commission européenne : l’heure des tractations

Après les élections européennes, place à une étape stratégique pour l’UE : le choix du futur président de la Commission européenne. Les négociations s’annoncent musclées.

Après les élections européennes, place à une étape stratégique pour l’UE : le choix du futur président de la Commission européenne. Les négociations s’annoncent musclées.

En octobre 2019, Jean-Claude Juncker cédera sa place à la tête de la Commission européenne avec des avancées réelles à mettre à son crédit. Son successeur sera désigné par la majorité des chefs d’État et de gouvernement lors d’un sommet qui se déroulera les 20 et 21 juin. Puis, mi-juillet, les nouveaux membres du Parlement européen confirmeront la candidature. Même si le PPE reste le premier parti de l’UE, il n’est pas certain que son candidat obtienne la présidence de la Commission. Voici un état des forces en présence. Un enseignement peut déjà être tiré : les personnalités en lice ont la ferme intention de ne pas jouer un rôle de représentation.

Manfred Weber : le favori en perte de vitesse

Prévoyant, le PPE a désigné dès novembre 2018 son candidat pour prendre la tête de la Commission européenne. Il s’agit de l’Allemand Manfred Weber. Cet ingénieur bavarois de 46 ans est un fin connaisseur du Parlement européen où il siège depuis 2004. Cela fait également cinq ans qu’il est président du groupe PPE. Il n’a en revanche jamais occupé de fonctions nationales.

La droite, même affaiblie (le PPE passe de 217 à 179 sièges) reste la première force politique de l’UE. Elle estime que la présidence de la Commission européenne lui revient de droit. Mais, pour cela, il lui faudra le soutien d’une autre force politique : les libéraux, vrais vainqueurs des élections européennes avec les écologistes. Et c’est là que le bât blesse. Emmanuel Macron ne souhaite pas que Manfred Weber, qu’il juge trop inexpérimenté, occupe le poste. Réelle volonté ou bluff ? Difficile de le savoir pour le moment. Mais les libéraux pourraient monnayer leur soutien au prix fort et exiger par exemple la présidence du Parlement européen. Un autre handicap pourrait affaiblir la candidature de Manfred Weber : sa nationalité. De nombreux pays s’inquiètent de la trop forte hégémonie allemande sur les institutions européennes.

Frans Timmermans, le retour des socialistes ?

Les socialistes européens ont, eux aussi, leur Spitzenkandidat : le Néerlandais Frans Timmermans. Et celui-ci possède bien plus d’expérience que Manfred Weber. Ce diplomate de formation a notamment été secrétaire d’État aux Affaires étrangères de son pays de février 2007 à février 2010 avant de devenir ministre des Affaires étrangères de novembre 2012 à octobre 2014.

C’est à cette date qu’il rejoint la Commission Juncker au poste de premier vice-président chargé de l’amélioration de la législation, des relations inter-institutionnelles, de l’État de droit et de la charte des droits fondamentaux.

Ce polyglotte (il parle couramment sept langues) ne part pas favori. Les socialistes européens sont passés de 186 à 150 élus et restent le second groupe, derrière le PPE. Mais, en manœuvrant habilement, Frans Timmermans sera susceptible d’obtenir le soutien des écologistes, des libéraux et de pays influents comme la France qui pourraient être prêts à des concessions pour bloquer le candidat Weber. Il faudra pour cela faire preuve de diplomatie. Cela tombe bien, c’est sa spécialité. Malgré tout, son élection à la tête de la Commission reste peu probable.

Margrethe Vestager, la terreur des Gafa

Aucune règle n’impose que le parti en tête des élections européennes obtienne la présidence de la Commission. Ce qui ouvre la voie à une candidature qui pourrait bien rafler la mise : celle de la Danoise Margrethe Vestager.

Depuis 2014, elle est commissaire européenne à la concurrence et incarne une UE forte, qui protège les citoyens contre les monopoles menaçants que peuvent représenter les Gafa. Sa compétence et son intégrité pourraient lui permettre de rassembler au-delà de son camp. Magrethe Vestager a également été ministre de l’Éducation, de l’Économie et de l’Intérieur au Danemark.

Michel Barnier, Monsieur consensus ?

Sur le papier, le PPE ne compte pas lâcher Manfred Weber. Une question de principe selon la droite européenne. Mais la présidence de la Commission européenne pourrait pousser le PPE à être moins intransigeant. Il serait susceptible de changer de Spitzenkandidat et soutenir Michel Barnier. Il faut dire que le Français de 68 ans a bien des atouts.

Il peut mettre en avant une expérience bien plus forte que Manfred Weber. Au niveau national, il a été ministre de l’Environnement, des Affaires européennes, des Affaires étrangères ou encore de l’Agriculture. Vice-président du PPE depuis 2006, il a également état commissaire européen à la politique régionale (de 1999 à 2004) puis commissaire européen au marché intérieur et aux service (de 2010 à 2014). Depuis octobre 2016, il occupe la fonction stratégique et sensible de Négociateur en chef chargé de la préparation et de la conduite des négociations avec le Royaume-Uni. Ses chances dépendront de la fidélité du PPE à Manfred Weber. Notons que pour le moment, Michel Barnier est resté muet sur ses intentions.

Lucas Jakubowicz

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