Préservation du patrimoine : une tâche monumentale aux allures de chantier pharaonique

Préservation du patrimoine : une tâche monumentale aux allures de chantier pharaonique

© Rob Oo on VisualHunt.com

Avec plus de 80 millions de touristes par an, la France est la première destination touristique mondiale. Au-delà d’une riche diversité de territoires, de nombreux bâtiments, lieux et autres monuments témoignent de son passé et font le bonheur des touristes ainsi que des passionnés d’histoire. Ces divers édifices doivent cependant être entretenus, tandis que l’État peine à en prendre l’entièreté de la charge.

Ce sont 45 000 monuments qui s’étalent sur l’ensemble du territoire national. Manifestation de la richesse de l’histoire et de la culture hexagonale, le patrimoine nécessite cependant d’être préservé. Les difficultés que rencontre l’État à entretenir l’ensemble de ce domaine poussent les acteurs, publics comme privés, à diversifier les fonctions attribuées aux monuments, ainsi que leur financement pour leur permettre de subsister.

Une richesse culturelle aux poches trouées

La problématique est de longue date, les gouvernements successifs depuis le XIXe siècle ont conscience de l’importance de la préservation et de la valorisation du patrimoine national. Pourtant, cathédrales, châteaux, anciennes usines et autres bâtiments ne se conservent pas par la seule volonté d’un État et requiert quantité de monnaie sonnante et trébuchante, dont manque souvent, et surtout par endroit – la répartition des dotations rappelle chaque jour à quel point la France reste un État centralisé –, le domaine national. Le manque stimule souvent l’imagination et myriades d’alternatives ont été trouvées, tant au niveau local que national. Le Loto du patrimoine, que la République a placé sous l’égide de Stéphane Bern, permet ainsi, par un habile partenariat avec la Française des Jeux et la Fondation du Patrimoine d’intéresser les Français à la préservation de leurs monuments en tirant sur la corde de l’appât du gain justifié par un acte de philanthropie. Le modèle a déjà fait ses preuves ailleurs en Europe, en particulier chez nos voisins d’outre-Manche, où l’amour du jeu et des paris n’est plus à prouver. Se positionnant sur un credo plus pédagogique, certains lieux comme la Piscine de Roubaix, mettent en place le Ticket mécène : contre quelques euros de plus, chacun peut participer à la restauration d’une œuvre ou d’une partie du lieu visité. Plus moderne, des sites internet tels que Dartagnans mettent en place des solutions de financement sous la forme de crowdfunding, avec descriptifs, vidéos promotionnelles et objectifs à atteindre afin de dynamiser la procédure.

L’argent ne pousse pas dans les arbres mais sur les façades de monuments

Préservations et rénovations poussent le Centre des monuments nationaux (CMN) à réfléchir à des solutions innovantes en matière de financement. En ce sens, l’Hôtel de la Marine dans le 8e arrondissement de Paris a connu une double révolution. Les quatre années de rénovation, dont le montant s’élève à 130 millions d’euros, ont été financées à 80 %, par la location de 6 700 mètres carrés de bureaux, sur les parties désignées comme de moindre intérêt, par des fonds propres, des subventions, mais aussi par l’usage de bâches publicitaires, qui bien qu’ayant suscitées une vague de critiques, ont permis d’obtenir 8 millions d’euros en à peine treize mois. La rénovation du lieu s’est également faite grâce à la participation de nombreux mécènes, comme le courtier en assurances Siaci Saint Honoré, s’occupant de certaines parties du lieu, en échange du privilège exclusif de leur privatisation. Cette nouvelle façon de procéder, intégrant de manière plus intensive des partenariats entre le public et le privé, pourrait servir d’exemple en la matière, au vu de l’accueil très favorable que lui a réservé le CMN et son président, Philippe Bélaval.

L’ancien quartier général de la Marine, autrefois ouvert au public uniquement lors des journées du patrimoine, connaît également une transformation de son usage, prenant dorénavant le costume de musée, tout en servant de lieu de stockage et d’exposition de la célèbre collection privée Al-Thani, pour les vingt prochaines années.

Usage renouvelé

Le Hangar Y a connu bien des usages : reconstruit à Meudon en 1880 après avoir été conçu sur le Champs de Mars par Gustave Eiffel pour l’Exposition universelle de 1878, le lieu a été successivement la première usine à dirigeables du monde, le musée de l’Air, ou encore l’atelier d’assemblage du plafond de l’Opéra Garnier pour Marc Chagall. L’actuelle restauration du lieu par Vinci présente une nouveauté, par la mise en place du premier bail emphytéotique administratif de valorisation, qui permet de transférer la propriété d’un bien pendant plusieurs décennies à un acteur privé. Le modèle offre l’avantage de réduire les délais d’exécution, puisque ne passant pas par la commande publique, tout en respectant les normes et contraintes misent en place dans le cadre des bâtiments appartenant au patrimoine historique.

La question centrale qui se pose au sujet des monuments historiques tient à l’usage qui en est fait, la notion d’utilité doit être posée afin de redynamiser le patrimoine historique, alliant réussite culturelle et économique. La récente crise sanitaire a mis en évidence l’immense dépendance du domaine d’État au tourisme. Certains sites ont vu chuter drastiquement le nombre de leurs visiteurs, le CMN a vu l’afflux de visites passer de 10 millions en 2018 et 2019 à seulement 4 millions en 2021. Les vestiges du passé réinventent ainsi leur présent, s’ouvrant à de nouveaux usages, devenant des espaces hybrides, ouverts. Le CMN mènera prochainement une expérimentation pour faire de certains endroits des tiers-lieux : la liste n’est pas encore définitive, mais sont évoqués le château d’Angers, la citadelle de Mont-Dauphin, ou encore le château de Villers-Cotterêts où Emmanuel Macron veut installer la Cité internationale de la langue française. Les possibilités sont multiples, avec l’intégration d’expériences ludiques, de stages culinaires ou encore d’espaces de coworking. Ce qui semble se dessiner pour les années à venir, est une phase d’expérimentation, de tâtonnements et de diversification des usages pour un ensemble de bâtiments. Si un recourt plus généralisé à la participation du privé dans l’entretien du domaine national requiert des éclaircissements et nécessite un cadre juridique adéquat, la finalité pourrait être d’amener à une revitalisation, tant de l’état que de l’usage d’une grande partie du patrimoine.

Émile Le Scel

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