Pourquoi est-il si difficile de prévoir une élection ?

Brexit, élection de Donald Trump de Boris Johnson, d’Emmanuel Macron ou encore victoires de François Fillon, Benoit Hamon ou Valérie Pécresse dans des scrutins internes. Les prévisions des spécialistes les plus reconnus sont souvent déjouées de façon spectaculaire. Comment se fait-il que si peu d’observateurs parviennent à de bons pronostics ?

Brexit, élection de Donald Trump de Boris Johnson, d’Emmanuel Macron ou encore victoires de François Fillon, Benoit Hamon ou Valérie Pécresse dans des scrutins internes. Les prévisions des spécialistes les plus reconnus sont souvent déjouées de façon spectaculaire. Comment se fait-il que si peu d’observateurs parviennent à de bons pronostics ?

Qui aurait pu prévoir il y a quelques mois seulement la candidature d’Éric Zemmour, l'éclosion de Sandrine Rousseau ou encore l’investiture de Valérie Pécresse? Si gouverner c’est prévoir, l’art de la prévision paraît particulièrement rare lorsque l’on aborde le domaine électoral.

Des analystes politiques au regard biaisé

Les analystes politiques sont comme chaque individu, exposés à des biais cognitifs qui déforment les situations analysées. Trois sont particulièrement à l’œuvre dans ce genre de cas de figure : les biais de confirmation, les biais rétrospectifs et les biais de surconfiance.       

Le biais de confirmation consiste à privilégier les informations qui confortent des idées préconçues et à accorder moins d’importance aux informations jouant en défaveur de celles-ci. L’individu rassemble alors de façon sélective les informations et ses prévisions seront projetées à partir de ses propres a priori plutôt que de la réalité.

Le biais rétrospectif est à l’œuvre lorsqu’un individu veut comprendre a posteriori un phénomène. En tentant de recréer mentalement le processus étudié, il a tendance à accorder un poids disproportionné à certains facteurs qu’il estime comme des signes précurseurs. 

Enfin, le biais de surconfiance, aussi appelé effet Dunning-Kruger, du nom des chercheurs qui l’ont conceptualisé, consiste pour des individus à affirmer des choses avec d’autant plus de certitudes qu’ils ne sont pas experts sur le sujet. C’est-à-dire que l’on surestime facilement notre capacité à comprendre des phénomènes que l’on maîtrise mal, et que l’on surestime encore davantage notre capacité à les évaluer. En somme, de nombreuses personnes se prononcent sur des phénomènes électoraux alors qu’elles sont loin d’être suffisamment expérimentés pour porter un jugement qualifié.

Cercle vicieux

L’on pourrait penser que, une fois les mauvaises prévisions avérées, les individus remettraient en cause leurs certitudes et que les biais cesseraient leurs effets. En réalité, ils continuent d’être à l’œuvre de sorte que de nouveaux viendront s’ajouter aux précédents et que les prévisions erronées continueront de prospérer. De plus, les organisations, qu’elles soient médiatiques ou politiques ne sanctionnant pas ceux qui sont dans l’erreur, il n’y a aucun effet d’apprentissage possible.

Une autre erreur fréquente : lorsque l’on évalue les chances d’un candidat à une élection, on ne devrait pas essayer de juger des qualités intrinsèques des politiques (compétences, charisme, idées ou expériences), mais de leur potentiel à mener une campagne électorale victorieuse dans un contexte donné. De la même façon que dans le sport, les qualités d’un joueur ne préfigurent pas seules des résultats de son équipe. C’est donc à partir des capacités à mener une campagne efficace auprès de l’opinion et en accord avec la sociologie électorale ciblée que l’on peut projeter des prévisions.

Il existe très peu de conseillers très qualifiés

Or, et c’est une spécificité française, les campagnes électorales s’effectuent avec des budgets plus restreints, si on les compare avec les pays anglo-saxons par exemple, et absorbent essentiellement les coûts des meetings et des déplacements. Il reste peu de budget consacré aux études d’opinions, de sondages, de sociologie ou de stratégie électorale. Par conséquence, il existe peu de données et peu de conseillers politiques électoraux très qualifiés pour avoir de justes analyses des situations, préalables à de bonnes prévisions.

En l’absence de bonnes capacités d’analyses personnelles, il est habituel de se conformer aux opinions des autres. À ce sujet, John Maynard Keynes, père des politiques économiques occidentales modernes, qui était aussi un fin analyse des comportements humains, nous invitait à observer qu'il était préférable d'échouer avec les convenances que d'avoir raison contre elles. Il est donc rationnel et logique que les prévisions des campagnes électorales s’avèrent souvent erronées, même quand des consensus existent et qu’ils sont largement partagés. L’élection de 2022 ne devrait pas faire exception à la règle…

Michael Miguères

 

Président de l’Institut pour le Progrès,        
Auteur de Pourquoi les politiques prennent de mauvaises décisions, préfacé par Nicolas Bouzou, Editions Ramsay, 2021

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