Politique : les pires "petites phrases" de 2021

Politique : les pires "petites phrases" de 2021

L’année qui s’achève a été riche en petites phrases polémiques. Si certaines font sourire par leur maladresse ou leur amateurisme, d’autres sont révélatrices d’une pensée parfois antirépublicaine. Voici un florilège loin d’être exhaustif…

Darmanin, plus "hard" que Marine Le Pen

11 février sur France 2. Jour de duel entre Marine Le Pen et Gérald Darmanin. Les deux protagonistes jouent gros : la présidente du Rassemblement national souhaite faire oublier son calamiteux débat d’entre-deux-tours tandis que le ministre de l’Intérieur veut montrer qu’il a de la poigne et que le gouvernement n’est pas laxiste. Pour cela, il n’hésite pas à se positionner sur une ligne plus dure que son adversaire concernant les questions d’islam, d’insécurité ou de communautarisme : "Je trouve qu’en effet vous êtes plus molle que nous pouvons l’être", lui déclare-t-il avant d’insister auprès des journalistes : "Je la sens un peu molle, un peu branlante". De quoi hérisser la gauche et une partie de la Macronie qui crient à la lepénisation. Tout en fâchant la droite dure qui dénonce un plagiat, de la communication mais aussi la conséquence d’une dédiabolisation qui serait allée trop loin.

Audrey Pulvar, quand une candidate socialiste tolère l’apartheid

Le "en même temps", ça ne marche pas à tous les coups. Audrey Pulvar, candidate PS aux régionales en Ile-de-France peut en témoigner. Alors que le débat sur les réunions en "non-mixité" (terme poli pour dire interdits aux blancs, aux hommes ou aux hétérosexuels) bat son plein, l’ancienne journaliste est invitée à prendre position sur le sujet le 27 mars sur BFMTV. Avec mansuétude, elle reconnaît qu’il ne faut "pas jeter dehors" une personne qui n’a pas la bonne couleur de peau, le bon genre ou la bonne orientation sexuelle. "En revanche, on peut lui demander de se taire, d’être spectatrice ou spectateur silencieux (…) Je ne dis pas qu’il faut qu’il soit interdit d’entrée, mais qu’il ou elle se taise et laisse parler les personnes les plus concernées." Une sortie qui scandalisera la droite, le centre mais aussi une partie de la gauche. Bilan des courses : un piteux 11,07 % aux régionales.

Léonore Moncond’huy souhaite contrôler les rêves des enfants

Tour de France, arbre de Noël, patrouille de France… En 2020, les néo-maires écolos avaient habitué le public à sortir "une idée à la con par jour", dixit Isabelle Saporta, compagne de Yannick Jadot. En 2021, la tradition perd de la vigueur mais se poursuit. Le 29 mars, c’est Léonore Moncond’huy, premier édile de Poitiers, qui perpétue la spécialité d’EELV. Lors du conseil municipal du 29 mars, elle assume de ne plus accorder de subventions aux aéroclubs de la ville, même lorsqu’ils proposent un baptême aérien aux enfants handicapés. Dénonçant "le pathos", elle affirme que "l’aérien, c’est triste, ne doit plus faire partie des rêves d’enfants d’aujourd’hui". Interdiction aux jeunes générations de rêver d’être pilote de ligne donc. Propos qui donneront des munitions à ceux qui accusent les maires écolos d’être des "Khmers verts".

Paris est sale ? C’est la faute à l’extrême droite, explique Anne Hidalgo

Un sujet vous dérange ? La gauche française a depuis quelques années une méthode bien rodée : accuser le porteur du message d’être d’extrême droite. Anne Hidalgo n’est pas la dernière à utiliser cette ficelle éculée. Nous sommes en avril ; le hashtag saccageparis enflamme la toile et met en évidence (photos à l’appui) la crasse de la capitale et un urbanisme qui laisse à désirer. Dans le cœur du cyclone, la maire de Paris s’explique sur RTL le 8 avril. Elle dénonce une "campagne très orchestrée" et "une proximité avec l’extrême droite". Les études de fact-checking montreront qu’il n’en est rien. Et en octobre, un sondage Ifop dévoilera que 84 % des Parisiens jugent leur ville sale tandis qu’ils sont 67 % à soutenir le mouvement saccageparis. Qui aurait pu penser que la Ville Lumière abriterait autant de "fachos" ?

Julien Bayou : Nous sommes tous Sarah Halimi (ou pas)

En 2017, la sexagénaire Sarah Halimi est assassinée. Son meurtrier reconnaît un mobile antisémite mais la justice le considère comme irresponsable, ce qui empêche la tenue d’un procès. Une irresponsabilité confirmée par la Cour de cassation en avril 2021. Invité à réagir sur le sujet, le secrétaire national d’EELV Julien Bayou, par ailleurs candidat aux régionales en Ile-de-France, prononce une « petite phrase » qui en dit long. Le 18 avril, sur le plateau du Grand Jury il déclare : "Je comprends l’émoi de la communauté juive." Ce drame bouleverse l’ensemble de la communauté nationale. Mais dans son esprit, seuls les juifs peuvent être touchés de l’assassinat d’une coreligionnaire. Ce qui laisse poindre une vision communautariste de la société où chacun est rangé dans une case ethnique ou religieuse et se préoccupe uniquement des siens. Pour la fraternité, on repassera.

Jean-Luc Mélenchon perd son sang-froid : nouvel épisode

Franc, sincère et sanguin pour certains. Indigne pour d’autres : le cas de Jean-Luc Mélenchon divise. Les années passent et le tribun peine toujours à se maîtriser. La "pire" saillie de 2021 date du 10 juillet. Ce jour-là, un passant (un peu insistant) lui demande un selfie. Sous les yeux d’une caméra Jean-Luc Mélenchon lui exprimera son refus de manière vulgaire et violente "Je veux pas connard (…) Je ne t’appartiens pas, je ne te connais pas". La séquence qui sera diffusée le 2 août sur les réseaux sociaux se clôt par un message adressé par le chef des Insoumis à un collaborateur. Il lui demande d’aller "péter la gueule" du citoyen…

Sandrine Rousseau : le tube de l’été

Le tube politique de l’été ? Queen Sandrine ! Sandrine Rousseau, candidate à la primaire EELV incarne jusqu’à la caricature la gauche woke, écoféministe et intersectionnelle. C’est lors de l’université d’été des écolos qui a eu lieu du 19 au 21 août à Poitiers, que le grand public fait sa connaissance. En l’espace de quelques jours, elle se surpasse pour augmenter sa notoriété. Tient-elle ce genre de propos pour faire le buzz ? Pense-t-elle véritablement ce qu’elle assène ? Mystère. En tout cas, elle se livre à un véritable festival.

Dans son discours, l’universitaire et économiste fustige l’organisation capitaliste définie de la manière suivante : "Nous prenons, nous utilisons et nous jetons le corps des femmes. Nous prenons et nous utilisons et nous jetons les corps des racisés." Plus tard, dans un entretien accordé à Charlie Hebdo, elle soutiendra que "le monde crève de trop de rationalité (…) Je préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR".

Chose étrange pour une militante féministe, le 25 août, en direct sur BFMTV, elle prône l’accueil des Talibans dans l’Hexagone : "Ce n’est pas parce qu’ils restent en Afghanistan qu’ils sont moins dangereux. Donc quelque part, le fait de les avoir en France, ça nous permet aussi de les surveiller." Finalement, islamisme et féminisme peuvent, selon elle, faire bon ménage. D’ailleurs, cet automne, elle a qualifié le voile islamique "d’embellissement".

Xavier Bertrand : un silence qui fait parler

Cette année, il n’y a pas que des "petites phrases" qui ont fait réagir. Il y a aussi des silences. Le 30 septembre, Xavier Bertrand, alors candidat à la primaire LR est invité au JT d’Anne-Sophie Lapix. "Vous pensez sérieusement que si je n’étais pas aujourd’hui le mieux placé… Vous pensez que je serais devant vous ce soir pour vous expliquer mon projet ?", claironne le président de la région Hauts-de-France. "Pour l’instant, vous n’êtes même pas au second tour dans les sondages", lui rétorque la journaliste. Pris au dépourvu, Xavier Bertrand reste coi plusieurs secondes. Une éternité pour un JT. La séquence sera repartagée en masse et collera au candidat comme le sparadrap au nez du capitaine Haddock.

Éric Zemmour, récupération au Bataclan

Le fondateur du mouvement Reconquête ne s’en cache pas : il s’inspire en partie de Donald Trump. Comme l’ancien président américain, il prend un malin plaisir à casser les codes et à tenir des propos outranciers. Le 15 novembre, jour de deuil national, il se rend devant le Bataclan sous l’objectif des caméras et en profite pour critiquer la gestion de François Hollande qui "savait que des terroristes seraient infiltrés parmi les migrants", n’aurait "pas protégé les Français » et aurait « pris une décision criminelle", assène celui qui explique les attentats de 2015 par une "guerre de civilisation". La tirade ne passe pas et le "presque candidat" de l’époque est désavoué par toute la classe politique et une majorité de l’opinion publique.

Anne Hidalgo : l’art de l’inconstance

Si les dirigeants politiques reviennent souvent sur leurs promesses, changer d’avis en une journée relève de la prouesse. Le 8 décembre, Anne Hidalgo a réussi ce tour de force. Le matin, la candidate socialiste rejette avec virulence une alliance des forces de gauche en vue du premier tour de la présidentielle : "L’union serait perçue comme artificielle (…) Cela ne fonctionnerait pas." Le soir, sans consulter personne, elle annule un déplacement et s’invite au 20h de TF1 pour faire part de son "rêve d’union" car, "sans union, pas de destin pour la gauche". L’offre est immédiatement rejetée par toutes les personnes concernées.

Lucas Jakubowicz

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