P. Chappaz (Teads) : "Nous opérons de manière indépendante au sein de la galaxie Altice"

Entrepreneur à succès, Pierre Chappaz est l’un des fondateurs de Teads, une plateforme mondiale de diffusion des publicités dans les medias, permettant aux annonceurs de toucher 45 millions d’internautes en France et 1,5 milliard dans le Monde. Ses priorités de développement, son rapprochement avec le Groupe Altice, l'acquisition de Buzzeff, Pierre Chappaz s’explique.
Pierre Chappaz

Entrepreneur à succès, Pierre Chappaz est l’un des fondateurs de Teads, une plateforme mondiale de diffusion des publicités dans les medias, permettant aux annonceurs de toucher 45 millions d’internautes en France et 1,5 milliard dans le Monde. Ses priorités de développement, son rapprochement avec le Groupe Altice, l'acquisition de Buzzeff, Pierre Chappaz s’explique.

Décideurs. Vous venez de publier vos résultats pour l’année 2018. Votre chiffre d'affaires a atteint 365 millions d'euros, en hausse de 30%. Sont-ils conformes à vos objectifs initiaux ?

Pierre Chappaz. Absolument. Notre business plan prévoit une croissance très régulière, de l’ordre de 30 %.

Quelles sont vos priorités de développement pour les années à venir ?

Parmi les services que nous développons de manière prioritaire, la data est un chantier très important car elle est essentielle au ciblage des campagnes. Nous travaillons sur trois types de données. Celles qui nous sont propres proviennent d’une technologie sémantique qui nous donne notamment la possibilité de déterminer pour chaque internaute un graphe de centre d’intérêt (interest graph) en analysant les articles qu’il consomme sur les sites media. Ce graphe constitue pour nous l’équivalent du social graph de Facebook, il nous aide à présenter la bonne publicité à la bonne personne et au bon moment.

La deuxième série de données sont les données de consommation TV du groupe Altice, via les box SFR en France et aux États-Unis. Les gens regardent moins la télé aujourd’hui. Grâce à ces données, nous ciblons de manière anonymisée les personnes qui consomment peu de télévision afin de monter des plans de communication digitaux complémentaires aux plans télé.

Enfin, nous intégrons dans notre data management platform les fournisseurs de data du monde entier. Nous pouvons ainsi répondre aux demandes des annonceurs pour cibler des campagnes de communication en fonction d’une multitude de critères (zones géographiques, critères socio-demographiques, habitudes de consommation...).

"En moyenne 95 % des internautes européens acceptent les cookies"

Le projet de personnalisation des messages publicitaires sur les télévisions va-t-il se concrétiser ?

Nous avons constaté que ce marché n’était pas prêt car il n’existe aucun standard technique, à la différence d’Internet. Chaque constructeur, chaque diffuseur dispose de ses propres standards, ce qui crée une complexité déraisonnable pour un marché aujourd’hui très limité. Les télévisions et les chaînes ne poussent pas dans ce sens et préfèrent défendre leur modèle actuel, sans message personnalisé. Nous avons, par conséquent, décidé de ne pas entrer dans ce business et de nous focaliser sur celui du mobile, là où se concentre le plus d’innovation.

La réglementation européenne en la matière n’est-elle pas un frein trop important à votre développement ?

Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) n’a pas été un frein à notre activité, mais a nécessité un important travail pour tout l’écosystème, afin de mettre en place le recueil de consentement des internautes. En moyenne 95 % des internautes européens acceptent les cookies utiles pour la personnalisation les messages publicitaires. Ces derniers ne sont donc pas opposés à l’idée, et y voient même un intérêt. Ils ne souhaitent pas être exposés à des publicités qui ne les intéressent pas.

L’endettement du groupe Altice ne vous a-t-il pas fait douter de sa capacité à vous accompagner sur vos projets de croissance ?

Pas du tout. D’une part, car nous opérons de manière indépendante au sein de la galaxie Altice, et, d’autre part, car nous avons les moyens d’investir nous-même si nécessaire. Nous n’avons cependant pas de projets d’acquisition en vue. Les opérations de croissance externe ont déjà été réalisées ces dernières années. Nous avons rassemblé au sein des équipes quelques-unes des meilleures start-up européennes dans le secteur du digital. Teads dispose aujourd’hui d’un savoir-faire complet dans tous les domaines. Il ne manque pas de cordes à notre arc.

"Je me considère comme le coach, au sens d’une équipe de football"

Vous avez mené à bien l'acquisition de Buzzeff pour accélérer votre développement sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Quels sont les résultats attendus ?

Buzzeff est une société que l’on connaissait bien car elle utilisait notre technologie depuis plusieurs années. C’est donc un rachat amical destiné à mieux accompagner nos clients sur ces marchés.

Qu’en est-il de votre activité en Asie ?

Nous sommes très bien implantés au Japon et à Singapour. Nous venons d’ouvrir un bureau à Hong Kong et en Australie. L’Asie est le continent où notre croissance est la plus élevée. C’est un marché à très fort potentiel.

Teads est aussi le résultat d’opérations de croissance externe (Wikio/ebuzzing/Teads). Quels sont les conseils que vous donneriez à un dirigeant d’entreprise pour réussir un rapprochement entre deux sociétés ?

Les entrepreneurs ont énormément d’énergie et d’ambition. Ces qualités vont souvent de pair avec un gros ego. Le point clé est d’arriver à gérer ces egos. Il faut que les entrepreneurs et les top managers soient capables de s’entendre sur la répartition des rôles. Chez Teads je me considère comme le coach, au sens d’une équipe de football. Mon rôle est de faire venir les joueurs les plus talentueux, les aider à jouer collectif et à mettre en place nos stratégies. Le coach accepte de ne pas marquer de buts, mais derrière il réalise un important travail d’organisation.

Propos recueillis par Aurélien Florin

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