Pierre Chappaz (Teads), innovateur encore et toujours

Avec cinq cents salariés répartis dans vingt et un pays, Teads est l’un des fleurons de la French Tech. Son chiffre d’affaires devrait encore bondir en 2016, passant de 130 à plus de 180 millions d’euros. À sa tête, Pierre Chappaz doit piloter une croissance à deux chiffres. Grâce au travail méthodique de cet audacieux, les obstacles au développement de son groupe s’effacent les uns après les autres. Rencontre.

Avec cinq cents salariés répartis dans vingt et un pays, Teads est l’un des fleurons de la French Tech. Son chiffre d’affaires devrait encore bondir en 2016, passant de 130 à plus de 180 millions d’euros. À sa tête, Pierre Chappaz doit piloter une croissance à deux chiffres. Grâce au travail méthodique de cet audacieux, les obstacles au développement de son groupe s’effacent les uns après les autres. Rencontre.

Être entrepreneur dès la sortie de l’école, cela n’étonne plus grand monde aujourd’hui. Pourtant, au début des années 1980, la démarche brisait les codes en vigueur. À l’époque, Pierre Chappaz se démarque ainsi des étudiants pressés de rejoindre les postes des grands groupes en lançant dès 1982 Visiofuture, quelques semaines seulement après avoir obtenu son diplôme de Centrale Paris. « Une entreprise déjà axée sur la communication et la technologie » s’amuse-t-il aujourd’hui.

 

Après quelques années consacrées à l’animation de cette jeune pousse, la tentation de passer du côté des annonceurs est trop forte. Il commence par céder aux sirènes d’une société japonaise en vogue, Toshiba, où il affirme avoir reçu « beaucoup d’enseignements, notamment sur les techniques de management ». La suite de sa carrière s’écrit chez un éditeur de logiciel puis dans les rangs du géant IBM. À la tête du marketing et de la communication, il occupe le meilleur poste pour s’apercevoir du formidable potentiel du e-business dont le groupe américain se faisait le fer de lance.

 

 

Un modèle affiné avec le temps

 

 

À partir de 1999, Pierre Chappaz reprend son indépendance pour surfer lui-même sur cette vague prometteuse. Résultat : la création et le développement de Kelkoo est couronné de succès. « Nous avions réussi à créer le plus grand comparateur de prix de la planète, coiffant au poteau les Américains. »  En 2004, la revente à Yahoo! de cette pépite pour 475 millions d’euros met un terme à cette aventure tout en ouvrant de nouvelles perspectives à cet insatiable monteur de projets. Après deux participations chez Photobox et Netvibes, il fonde Wikio, un moteur de recherche fondé sur l’actualité. Ce « super Google news » comme il le décrit, atteint rapidement les seize millions de visiteurs uniques en Europe, sans pour autant générer de revenus importants. C’est alors que la rencontre avec Bertrand Quesada s’avère décisive pour la suite de sa trajectoire. « La fusion entre son agence de communication Ebuzzing et Wikio a permis le décollage immédiat de notre nouvelle entité. »

 

La mise en commun des technologies et des savoir-faire des deux groupes leur permet de devenir les leaders de la distribution de vidéos virales en Europe. Si le marché fleurit, les premiers bilans laissent un goût d’inachevé aux deux ambitieux. Les budgets de publicité vidéo sur Internet dépassent en effet largement cette niche déjà maîtrisée. « Nous sommes alors à l’été 2014 et le rachat de deux sociétés va précipiter l’émergence de notre nouveau modèle. »  Parmi ces acquisitions, Teads venait alors d’inventer la technologie de vidéo outstream. Celle-ci s’oppose à l’instream, les publicités vidéo qui précèdent ou interrompent des contenus eux-mêmes sous un format vidéo. En se renommant Teads, la société de Pierre Chappaz mise tout sur ce modèle publicitaire innovant.

 

 

La vidéo outstream à la conquête du monde

 

 

« Moins intrusives, les vidéos outstream offrent de bien meilleurs résultats et permettent de créer un cercle vertueux. L’annonceur obtient un taux d’engagement plus élevé, l’internaute n’est pas dérangé inutilement et les médias accèdent à de nouvelles sources de revenus.» Les vidéos de Teads s’insèrent depuis deux ans dans les pages des plus grands titres de presse et touchent plus d’un milliard de lecteurs à travers le monde. L’internaute n’est pas forcé de regarder la vidéo et peut continuer sa lecture en faisant dérouler sa page vers le bas. Au bout de quelques secondes de projection, l’espace de diffusion de la vidéo s’efface et l’article reprend sa forme originelle. Le Monde, Les Echos, Time, The Washington Post (États-Unis), Conde Nast ou encore O Globo (Brésil) et Nikkei (Japon) ont déjà été séduits. Pour la majorité de ces noms prestigieux, le modèle de Teads repose sur une exclusivité de la gestion de la régie commerciale pour vidéo outstream. À la fois concepteur de l’outil technologique et responsable de la monétisation des espaces publicitaires, la société prend une place toujours plus importante dans le paysage des médias en ligne.

 

Teads s’est ainsi fait un nom dans le monde de la French Tech comme dans celui de la publicité. Toutefois, la société demeure méconnue du grand public. Surprenant lorsque le président exécutif du groupe précise que « selon ComScore, Teads est le numéro un mondial des plateformes de publicité video indépendantes. Dans certains pays, comme c’est le cas en France, nous réalisons plus d’audience que Youtube et Facebook d’après Mediamétrie. Nous touchons 1,2 milliards d’internautes dans le monde.» En plus de ce fort taux de pénétration, Teads et son président peuvent se targuer d’un contexte de visualisation de vidéos plus qualitatif que leurs concurrents américains. « Si l’attention du lecteur est captée par un article de qualité, la vidéo publicitaire a bien plus de chances de susciter l’intérêt.  »

 

 

Encore de nombreux défis à relever

 

 

L’interactivité et la personnalisation des vidéos sont les prochains défis de Pierre Chappaz, militant d’une publicité moins contraignante et plus ciblée. L’achat de Brainient en septembre 2016 va dans ce sens. Suffisant pour faire fléchir les impitoyables adblockers ? Malheureusement, non. « Nous sommes bloqués comme tout le monde et les white lists n’acceptent pas encore de publicité sous format vidéo. » Pas de quoi décourager cet innovateur qui repousse les limites de la publicité intelligente. Les interactions avec l’internaute dans le seul cadre de la vidéo se diversifient et il est même devenu possible d’accéder à un catalogue de produits sans quitter le lecteur vidéo, ou player. Cette caractéristique est un avantage décisif face à la concurrence de Facebook et Google qui refusent cette technologie… pour le moment.

 

La progression inexorable d’un homme déterminé ne fait pas que des heureux. « Les acteurs traditionnels de la vidéo instream mais aussi les régies TV voient leurs parts de marché grappillées par notre développement. Nous vivons aujourd’hui le début d’un transfert de grande ampleur des budgets de la publicité TV vers Internet. » La personnalisation de la publicité et les expériences interactives sur mobiles sont selon lui la clé des succès de demain. Cela tombe bien, la majorité de la croissance de Teads s’effectue sur ces terminaux. Le goût pour la nouveauté qui anime ce quinquagénaire va pouvoir continuer de s’exprimer sur ce terrain de jeu qui n’a pas fini de livrer toutes ses promesses.

 

L’avenir s’écrit aussi outre-Atlantique pour ce businessman qui envisage une entrée au Nasdaq en 2017. « C’est une possibilité, précise-t-il. Pour obtenir une liquidité suffisante du titre, il nous faudrait atteindre la barre des 300 millions de dollars de chiffres d’affaires… » Au rythme de la croissance du groupe, l’objectif sera bientôt en vue. Une étape supplémentaire avant de se lancer en Chine ? Pour les hommes qui fourmillent d’idées, les frontières sont bien vite repoussées.

 

 

Thomas Bastin

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