Philippe Dailliez, l’homme de terrain

Depuis quatre ans, Philippe Dailliez dirige Picard, l’une des enseignes préférées des Français. Homme de la performance et du collectif, aussi efficace auprès de ses équipes que discret sur le plan médiatique : Portrait d’un acharné.

Depuis quatre ans, Philippe Dailliez dirige Picard, l’une des enseignes préférées des Français. Homme de la performance et du collectif, aussi efficace auprès de ses équipes que discret sur le plan médiatique : Portrait d’un acharné.

Chaque année, le nom des lauréats est attendu par les acteurs de la distribution et du commerce comme ceux du Goncourt par les libraires. Depuis le 4 décembre, le palmarès des marques préférées des Français est connu, révélé par une étude signée OC&C Consulting dans laquelle, fin 2019, Picard se place en deuxième position, juste derrière Décathlon et juste devant Grand Frais, soit deux rangs au-dessus de sa performance de l’an dernier. À l’origine de cette progression, Philippe Dalliez. L’homme qui, depuis son arrivée à la tête de l’entreprise il y a quatre ans, œuvre à « renforcer le concept et capitaliser sur ses atouts ». Dopant les innovations produits et développant le bio, repensant la déco et dynamisant les équipes… Sans tambour ni trompette mais avec l’efficacité d’un technicien de talent; aussi respectueux du produit que des équipes, porté par le sens du collectif et le goût du terrain.

Exigence et intuition

Celui que, loin de Paris et des conseils d’administration, il cultive avec passion : un ancrage familial en terre picarde, du côté du Touquet et des grandes plages du Nord, une famille de quatre enfants auprès de laquelle il se « recentre », mais aussi un goût irrépressible de la liberté et du dépassement de soi qui, depuis toujours, le porte vers les grands espaces et les sensations fortes. En montagne, où cet accro aux parois enchaîne les sommets de 4000 mètres, trouvant dans l’alpinisme qu’il pratique dans la Tarentaise ou à Zermatt « une intensité de vie » dans laquelle il se ressource. Un espace de grande exigence où « chaque pas est précis », mais aussi un vecteur « de révélation de soi et de plaisir immense ». Équivalent à celui qu’il retrouve sur l’eau, lorsqu’il participe à une course de catamaran ou lorsqu’il longe la mer en char à voile, dans ces courses en solitaire où, encore une fois, « chaque geste compte » et où, pourtant, « tout est instinctif ».

"Je n'aime pas les petits chefs"

Un savant dosage de rigueur et d’intuition que le président de Picard pratique également hors des parois rocheuses et des plages du Nord, sur le terrain de l’entreprise où, depuis toujours, il œuvre pour créer de la valeur et « faire de la croissance ». Non pas à marche forcée, à coups de décisions imposées et de process verrouillés. Philippe Daillez le dit, il « n’aime pas les petits chefs »; pas plus, d’ailleurs, qu’il ne croit en l’autorité décrétée. Au contact d’équipes auxquelles il sait insuffler un rythme et communiquer une envie.

Bienveillance et inspiration

Pour y parvenir, ni recette magique ni formule secrète mais un authentique souci de l’autre. « Je regarde les équipes avec bienveillance, résume-t-il. Je fais tout pour les mettre en situation de réussite et de bien-être. » Certains parleraient d’entreprise libérée ou de néo-management; lui évoque une simple relation de confiance. Une constante qui s’impose, estime-t-il, lorsque, comme lui, on veut donner à chacun les moyens de s’accomplir. « Chez nous les équipes sont très courtes, très flat. Si bien que chacun est important; chacun est responsable », explique celui qui, aujourd’hui, délègue et partage d’autant plus spontanément qu’il estime avoir beaucoup appris au contact des autres. À commencer par des dirigeants d’envergure comme François Pinault, qu’il côtoie plusieurs années lorsque celui-ci rachète La Redoute où, entré contrôleur de gestion, il est désormais directeur financier. Celui-ci lui transmet l’importance de la culture d’entreprise, le sens du produit et du marketing. « À son contact j’apprends la vitesse de décision, la puissance de la vision et aussi la force de la parole, raconte-t-il, à utiliser peu de mots mais des mots qui pèsent. » La période PPR lui fournit bientôt un autre mentor en la personne de Serge Weinberg auprès de qui il apprend « l’agilité, la souplesse et la finesse stratégique », l’art de créer de la valeur et de piloter la croissance.

Dirigeant et apprenant

Lorsqu’en 1997 il quitte enfin l’entreprise redressée, c’est pour devenir directeur financier de Leroy Merlin. Philippe Dailliez a 35 ans et, pour lui, l’heure est venue de changer d’univers. « Je voulais sortir de la finance, aller vers l’opérationnel…», raconte-t-il. L’arrivée chez Leroy Merlin va faire office de transition et la rencontre avec Gérard Mulliez, de nouvelle source d’inspiration. À ses côtés, il saisit l’importance de « la connexion au terrain, la culture client et la proximité avec les équipes ». La richesse qu’il y a à retirer au contact des hommes. Grands patrons et hauts dirigeants, certes, mais aussi collaborateurs, clients, connaissances d’affaires et de hasard dont, aujourd’hui encore, le président de Picard reconnaît se nourrir au quotidien. « Je suis très apprenant, confie-t-il. Chaque rencontre est pour moi une occasion d’apprendre et de progresser. C’est pour moi la meilleure manière d’envisager l’avenir et la croissance. On ne crée pas tout seul. » Sur ce plan, Philippe Dailliez le reconnaît, il ne s’est jamais considéré comme un « technicien de la finance ». S’il se définit bien comme un homme de la croissance, c’est par le biais de l’opérationnel et, surtout, dans cette proximité que, depuis toujours, il entretient avec les équipes. Celle qui l’amène à voir dans la croissance de l’entreprise qu’il dirige, que ce soit Leroy Merlin ou Picard, moins une performance individuelle qu’« une œuvre collective ».

"Je transforme et fais évoluer les entreprises aussi vite que possible, mais sans braquer. Je ne crois pas aux passages en force"

Dynamique partagée

Lorsqu’en 2015 le PDG de Picard, Philippe Pauze, annonce son départ à la retraite, c’est à Philippe Dailliez qu’il propose de prendre les rênes de la maison. La passation de pouvoir est rapide, juste quelques mois pour s’imprégner de la culture d’entreprise et se familiariser avec cet univers nouveau pour lui, et le voilà aux manettes. C’est plus qu’il n’en faut pour ce spécialiste de la croissance qui, chez Picard, se retrouve rapidement en territoire connu tant l’enseigne fait feu de tout bois, aussi bien en termes d’innovation que d’ouvertures de magasins ou de développement à l’international. Pour intensifier le mouvement, il lance Concept Vision, qui vise à capitaliser sur chaque atout de l’enseigne, et à remanier le reste… « À mon arrivée, j’ai perçu deux forces, raconte-t-il : la culture produit et la marque. » Une marque qui, depuis des années, caracole en tête des classements satisfaction client grâce, estime son président, à un produit « à la fois facile et festif » et à une approche métier qui lui est propre. « Nous sommes des commerçants de proximité, ce qui se traduit par une passion du produit et du client. Pour moi, c’est très noble », explique celui qui, depuis son arrivée, s’emploie à faire de cet esprit maison un levier de croissance. À sa manière, déterminée mais respectueuse. Sans heurter ni rien lâcher. « Je transforme et fais évoluer les entreprises aussi vite que possible mais sans braquer, résume-t-il. Je ne crois pas aux passages en force. Je suis pour l’adhésion, le collectif, la dynamique partagée…  ». Et le résultat à l’arrivée.

Caroline Castets

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