Philippe d’Ornano (Sisley) : "Nous restons attentifs à préserver l’aspect humain de nos métiers"

Sisley, la marque de parfum et de cosmétiques haut de gamme est une ETI ayant à cœur de concevoir et fabriquer ses produits en France. Son président Philippe d’Ornano rappelle les valeurs du groupe, mêlant la passion à l’humain depuis 1976.

© Oleg Covian

Philippe d’Ornano

Sisley, la marque de parfum et de cosmétiques haut de gamme est une ETI ayant à cœur de concevoir et fabriquer ses produits en France. Son président Philippe d’Ornano rappelle les valeurs du groupe, mêlant la passion à l’humain depuis 1976.

Décideurs. Comment Sisley fait-elle face à la crise sanitaire ?

Philippe d'Ornano. Nous sommes une entreprise internationale, familiale et française. Ces caractéristiques nous ont aidés pendant la crise Covid, alors que nos débouchés fermaient dans plusieurs parties du monde. Nous sommes restés unis et solidaires : nous avons garanti tous les salaires de nos équipes, nous avons produit en urgence du gel hydroalcoolique pour les aidants et donné une partie de nos réserves de masques, nous avons continué à créer, produire, expédier et vendre dans le respect des règles sanitaires. 

Pouvez-vous dresser le bilan de votre activité en 2020 ?

Parce que nous sommes une entreprise qui construit dans le long terme, nous n’avons pas réduit nos investissements : nous avons maintenu les lancements de produits et avons été particulièrement attentifs à donner de la visibilité sur nos programmes d’achats à nos fournisseurs et à soutenir autant que possible nos clients dès la reprise d’activité. Nous avons par exemple augmenté de 7% nos effectifs en France en 2020 et augmenté le nombre de stagiaires et d’apprentis. 

Nous sommes aussi une entreprise internationale, nous avons pu répartir nos risques et travailler à nouveau là où les magasins rouvraient. Nous terminerons l’année avec une baisse probable de 6% à 8% ce qui est un résultat supérieur à la moyenne de notre profession. Et nous sommes prêts, lorsque la situation s’améliorera, à aller de nouveau de l’avant.

"Il faut réaligner les taxes de production françaises sur la moyenne européenne"

Le plan de relance offre-t-il un répit suffisant aux ETI françaises, compte tenu des taxes de production écrasantes ?

La réponse économique d’urgence de l’État a été à la hauteur de l’enjeu. Et le plan de relance inclut pour la première fois une baisse de 10 milliards des taxes de production. Les ETI ont un fort tropisme industriel et défendent les savoir-faire français dans les territoires.  Les taxes de production sont à la fois considérables dans leur montant, plus de 75 milliards d’euros soit deux fois l’impôt sur les bénéfices, et principalement payées par les ETI et les grosses PME. Elles pénalisent ceux qui produisent et emploient en France, et fonctionnent comme de véritables douanes à l’envers. Il faut aller plus loin pour protéger notre industrie, nos savoir-faire, nos emplois et réaligner les taxes de production françaises sur la moyenne européenne. Cette première étape est donc vraiment la bienvenue et va sauver des entreprises et des emplois.

Vous distribuez vos produits dans le monde entier. Quel impact de la crise observez-vous ?

On ne peut qu’être inquiet de l’impact humain, sanitaire mais surtout économique et donc social de cette crise. Pour la première fois depuis deux décennies, la pauvreté augmente à nouveau dans le monde et les pays les plus pauvres sont touchés durement par le ralentissement économique. Cela doit être pour tous une motivation pour se retrousser les manches et reconstruire.

"Le digital complète mais ne remplace pas la vente dans les parfumeries"

Quels pays ont été les moins touchés ?

Pour notre activité, les pays sont d’autant plus touchés que la politique de confinement a été drastique. L’Asie est clairement la région qui s’en sort le mieux alors que l’Europe connaît plus de difficultés.

Comment se sont comportées les ventes sur Internet ?

Elles se sont bien sûr fortement développées et nous avons appris de la situation pour encore mieux utiliser le potentiel des outils digitaux. Mais nous vendons des parfums, des produits de beauté, des maquillages, des produits qui se sentent, qui s’appliquent, qui se conseillent, pour lesquels l’interaction humaine est importante. Le digital complète mais ne remplace pas la vente dans les parfumeries. Notre secteur porte ces valeurs, défendues par de nombreuses conseillères expertes et passionnées. Les parfumeries sont des lieux d’échange et de bien-être. Nous restons attentifs à préserver l’aspect humain de nos métiers.

Quelle est votre vision du développement durable ?

Pour notre entreprise qui conçoit son développement dans le temps et a pour ambition de construire une marque mondiale portée par de beaux produits, les valeurs du développement durable trouvent une résonance naturelle. Le sujet est donc pour nous une conviction forte et une préoccupation centrale. Il doit à notre sens être pris avec méthode, c’est-à-dire en évaluant les impacts de notre activité, en explorant de manière organisée les champs d’action, en utilisant toutes les innovations possibles, en mesurant avec précision les améliorations. Cela nécessite des investissements et du temps, et suppose donc que les entreprises aient les moyens de financer ces programmes, ce qui peut être plus difficile en période de crise. Sisley est résolument engagé depuis plus de quinze ans dans cette démarche : constructions HQE, toit photovoltaïque sur nos entrepôts, recyclage des déchets, traitement de l’eau, travail sur l’écoconception des emballages, verdissement des transports de nos marchandises pour ne citer que quelques exemples. Nous pouvons faire mieux, notre intention est d’aller plus loin et nous travaillons de manière organisée sur la prochaine étape d’amélioration. 

"Les valeurs du développement durable sont pour nous une conviction forte et une préoccupation centrale"

Quels sont les projets à venir de Sisley ?

Sisley, malgré son succès, est une marque jeune, qui a un grand potentiel de développement. Nous nous organisons bien sûr pour faire face à la croissance espérée de notre entreprise, tant dans le domaine de la recherche, de la fabrication, des services informatiques ou digitaux, du développement durable dont nous venons de parler. Nous travaillons notamment sur des extensions importantes sur deux de nos sites. Nous poursuivons le développement de notre nouvelle marque de capillaire haut de gamme, Hair Rituel by Sisley, qui rencontre un incroyable accueil partout dans le monde et qui se classe déjà après seulement deux ans parmi les premières marques en distribution sélective. Nous continuons à travailler avec passion sur nos produits, tant en soin qu’en maquillage ou en parfums. Nos équipes gardent cet esprit passionné et curieux qui est si important pour innover et aller de l’avant.

Propos recueillis par Emilie Zana

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