Paul-François Fournier (Bpifrance) : « Faire de la France le premier acteur européen du capital-risque en 2021»

Rien qu’en 2017, Bpifrance a financé 5 000 start-up. Et la
banque publique d’investissement ne compte pas s’arrêter là.
Elle souhaite désormais mettre l’accent sur l’innovation de rupture.
pour faire de la France l’un des acteurs phares de la deep tech.
Passage en revue des moyens mis en œuvre pour y parvenir  avec Paul-François Fournier, directeur exécutif innovation.

© Camille Collin

Rien qu’en 2017, Bpifrance a financé 5 000 start-up. Et la banque publique d’investissement ne compte pas s’arrêter là. Elle souhaite désormais mettre l’accent sur l’innovation de rupture. pour faire de la France l’un des acteurs phares de la deep tech. Passage en revue des moyens mis en œuvre pour y parvenir  avec Paul-François Fournier, directeur exécutif innovation.

Décideurs. Vous croyez fortement aux deep tech. Pourquoi ?

P.-F. Fournier. Nous sommes à un moment crucial. Cela fait maintenant dix ans que la majorité des innovations sont liées aux smartphones. Cette technologie a permis l’essor de nouveaux usages. La France a réussi à faire émerger des pépites dans ce domaine comme Blablacar ou Doctolib. Mais nous sommes à la fin d’un cycle. Le nombre d’innovations autour de ce terminal se stabilise. Il faut donc créer des technologies capables d’apporter de la différenciation et de la valeur ajoutée. C’est ce que nous appelons la deep tech. Cela comprend trois principales ­thématiques : l’intelligence artificielle, la robotique et les sciences de la vie.

La France a-t-elle les moyens de ­s’imposer sur ce nouveau segment ?

Oui, bien sûr, la France a une carte à jouer. Nous avons l’écosystème pour y arriver. La taille du marché du capital-risque a triplé au cours de ces quatre dernières années et nous espérons le faire doubler d’ici à 2020 et ainsi déloger la Grande-Bretagne de la première place. La taille moyenne des fonds ­d’investissement de capital innovation a plus que doublé entre 2012 et 2017, passant en moyenne de 78 millions à 190 millions ­d’euros. Nous estimons actuellement ­qu’environ 150 start-up pouvant se ­revendiquer deep tech sont créées chaque année. Nous souhaitons doubler ce nombre dans les années à venir.

«Créer un effet de levier sur l’investissement privé»

Comment comptez-vous y parvenir ?

Nous devons continuer à jouer notre rôle en soutenant le financement et en accompagnant les start-up dans leur développement. Doté de 10 milliards d’euros issus de cessions de participations, le Fonds pour l’innovation et l’industrie (FII) investira l’intégralité de ses rendements, soit environ 250 millions d’euros, dans les innovations de rupture. Sur cette somme, 70 millions d’euros par an sont dédiés à l’éclosion des start-up qui sortent des laboratoires.

Il y a également le fonds French Tech Seed qui sera doté de 400 millions d'euros. Quel sera son mode de fonctionnement ?

Son originalité repose sur un mécanisme d’apporteurs d’affaires labellisés. Nous sommes sur le point de finaliser la liste de nos partenaires. L’idée est de pouvoir identifier plus rapidement les start-up deep tech les plus prometteuses. Passé la phase de labellisation, l’objectif est de ­réaliser les premiers financements des entreprises au cours du premier trimestre 2019. Il s’agit d’investissements en obligations convertibles afin de permettre à ces sociétés d’avoir des quasi-fonds propres. Mais nous n’avons pas vocation à exercer ces droits. Notre objectif est de créer un effet de levier sur l’investissement privé, comparable à ce que nous faisons avec notre activité fonds de fonds, où un euro d’argent public ­distribué par Bpifrance permet de lever quatre euros auprès des acteurs privés. Pour la deep tech, qui est le segment le plus risqué, nous visons un effet de levier de deux euros dans un premier temps. Le montant moyen des investissements du fonds French Tech Seed se situera autour de 200 000 euros pour un montant maximum de 250 000 euros.

Le gouvernement joue-t-il le jeu ?

Oui, il est très conscient des enjeux économiques. Il n’a pas hésité à mobiliser des moyens malgré les restrictions budgétaires en cours. C’est une bonne chose. Mais, plus important, il a compris que ce n’est pas qu’une question d’argent en traitant par exemple également le sujet de la réglementation de la propriété industrielle. C’est un enjeu majeur pour les sociétés issues de la deep tech. En fluidifiant le transfert de technologies, on permet aux start-up de se développer plus rapidement.

Propos recueillis par Vincent Paes

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