Partech Africa : "Le continent a deux ans d’avance sur nos études de marché"

Cyril Collon et Tidjane Dème, les responsables de l'activité d'investissement de Partech Africa, viennent de conclure une levée de fonds de 125 millions d'euros, soutenue par de grands industriels internationaux. Ils nous détaillent leur vision du continent et leurs objectifs.
Tidjane Dème et Cyril Collon, les dirigeants de Partech Africa.

Cyril Collon et Tidjane Dème, les responsables de l'activité d'investissement de Partech Africa, viennent de conclure une levée de fonds de 125 millions d'euros, soutenue par de grands industriels internationaux. Ils nous détaillent leur vision du continent et leurs objectifs.

Décideurs. Vous bouclez Partech Africa à 125 millions d’euros. Au-dessus de l’objectif. Votre binôme fonctionne toujours aussi bien n’est-ce pas?

Tidjane Dème. La création de Partech Africa est une véritable aventure entrepreneuriale entre Cyril et moi. La complémentarité que nous recherchons au sein de notre binôme est aussi ce que nous souhaitons retrouver chez nos participations. Nos compétences sont différentes et c’est une chance de pouvoir se challenger à l’unisson. De plus, une équipe composée d’un seul manager demeure assez tributaire de son état de forme et de santé. Cela peut créer des périodes d’instabilité dans la vie de la société. Enfin, dans le cas particulier de l’investissement en Afrique, où nous comptons explorer une dizaine de pays au minimum, c’est physiquement difficile d’assumer la charge de travail tout seul.

Cyril Collon. On s’est retrouvés avec Tidjane il y a trois ans pour structurer cette nouvelle classe d’actifs sur le continent, et il fallait bien deux personnes pour penser le modèle. L’ambition est de servir l’ensemble du continent même si bien sûr, le prisme de l’innovation varie d’une région à l’autre.

Comment vous répartissez-vous le pilotage du fonds dans le cadre de vos prochains investissements? Par région? Par secteur?

Cyril Collon. Certains fonds privilégient le silotage par région ou par affinité sectorielle, c’est vrai. Nous préférons étudier l’ensemble des opportunités d’investissement à deux. On estime qu’il y a énormément d’intérêt, dès le départ, à confronter des problématiques que l’on appréhende simultanément. Nous n’avons aucun pré carré géographique.

Évidemment, du fait de nos différentes expériences, nous avons des compétences plus approfondies dans certains métiers ou opérations. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup travaillé dans le secteur des télécoms. L’infrastructure software et les logiciels Saas font aussi partie des sujets que je connais bien.

Tidjane Dème. Dans l’équipe, les collaborateurs m’appellent gentiment « Google Boy », c’est une manière de légitimer ma connaissance des enjeux digitaux en Afrique. (Rires). Je crois qu’au-delà de nos expériences personnelles et des métiers exercés, notre complémentarité s’applique sur le plan opérationnel. Cyril dispose d’une forte capacité à structurer des groupes en phase d’hyper-croissance alors que je suis davantage porté sur les stratégies liées aux produits.

Il y a un an jour pour jour, vous nous disiez que c’était le momentum en Afrique. Est-ce toujours le cas?

Cyril Collon. Nous sommes entrés dans une phase où la dynamique pressentie se concrétise de façon encore plus marquée. Aujourd’hui, très clairement, la réalité du terrain en Afrique a largement dépassé nos projections de croissance. Concrètement, le continent a deux ans d’avance sur nos études de marché.

Finalement, vous n’avez peut-être pas levé assez d’argent?

Tidjane Dème. Franchement, le marché croît plus vite que nous l’espérions. D’une façon générale, beaucoup ont sous-estimé la capacité des Africains à adopter les innovations technologiques. Les prédictions sont toujours quelques années en retard sur la réalité.

"D’une façon générale, beaucoup ont sous-estimé la capacité des Africains à adopter les innovations technologiques"

Entre le premier closing du fonds et ce closing final, la part des souscripteurs industriels n’a pas augmenté de façon considérable. Comment expliquez-vous cela?

Cyril Collon. L’Oréal nous a quand même rejoint ! L’une des plus grosses valeurs que nous sommes en mesure d’apporter aux sociétés en portefeuille est notre capacité à créer du lien avec les grands corporates. L’idée est de développer des synergies commerciales entre eux et, à plus long terme, d’envisager des opportunités de M&A. La base de LPs industriels est donc très structurante. Lors de notre fundraising, nous avons rencontré la plupart des acteurs locaux et internationaux qui interviennent sur le continent africain.

Tidjane Dème. Partech Africa veut surtout s’appuyer sur des groupes de référence dans certains secteurs, tels qu’Orange dans les télécoms, L’Oréal dans le luxe et la distribution, Edenred dans les services ou Bertelsmann dans les médias.

Les nouvelles mobilités font partie des secteurs en vogue en Europe. Vous n’avez pas de LPs déclarés dans ce domaine à vos côtés. Est-ce un marché que vous approcherez en Afrique?

Tidjane Dème. Le secteur des nouvelles mobilités est aussi perçu comme un marché de croissance en Afrique. Il y a beaucoup de transformations en perspective. Cela va du plus simple (outils d’informations sur les itinéraires) au plus complexe (outils de logistique intégrés pour la gestion de flotte de cargos). Au-delà des LPs qui investissent dans nos véhicules, le réseau global de Partech nous permet d’interagir avec des acteurs notoires quel que soit le secteur. Nous échangeons notamment avec les équipes de CFAO ou de Renault.

Vous avez déjà conclu deux deals avec TradeDepot au Nigeria et Yoco en Afrique du Sud. Ces deux opérations annoncent-elles la teneur du portefeuille à constituer?

Cyril Collon. Oui, ces deux interventions représentent bien ce que nous souhaitons faire en termes de géographie et de stratégie. Une autre a d’ailleurs été conclue mais elle reste confidentielle. Pour prendre l’exemple de Yoco, nous les suivons depuis le début, à une époque où la société n’avait qu’une centaine de marchands et qu’elle essayait de mettre en place une solution à moindre coût pour installer le paiement électronique dans les boutiques. Tous les trimestres, on évaluait les progrès de la start-up et c’est ce qui nous a permis de conclure ce deal au bon moment. Le tour de table de Yoco a été l’un des plus compétitifs l’an dernier en Afrique, attirant même des investisseurs growth ou LBO qui ne regardent traditionnellement pas les dossiers de venture. Ce modèle de paiement marchand très visible sur la scène internationale, directement concurrent d’une solution de type iZettle, a l’ambition de devenir leader du marché africain. 

Firmin Sylla

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