P. Valentin (Ecofi Investissements) : "L’Europe voudra sans doute créer un label vert"

Le label Greenfin a été lancé par le ministère de la transition écologique et solidaire afin de mobiliser une partie de l’épargne au bénéfice de la transition énergétique et écologique, soit les activités vertes. Comment les sociétés de gestion se sont-elles emparées du sujet ? Les exigences en matière d’investissement constituent-elles un frein possible à son développement ? Pierre Valentin, président du directoire d’Ecofi Investissements nous présente les tenants et aboutissants de ce nouveau Label.
Pierre Valentin

Le label Greenfin a été lancé par le ministère de la transition écologique et solidaire afin de mobiliser une partie de l’épargne au bénéfice de la transition énergétique et écologique, soit les activités vertes. Comment les sociétés de gestion se sont-elles emparées du sujet ? Les exigences en matière d’investissement constituent-elles un frein possible à son développement ? Pierre Valentin, président du directoire d’Ecofi Investissements nous présente les tenants et aboutissants de ce nouveau Label.

Décideurs. Quel regard portez-vous sur les changements initiés en matière d’investissement socialement responsable (ISR). Les labels vont-ils prendre de plus en plus d’importance pour les sociétés de gestion ?

Pierre Valentin. Ecofi Investissements est engagée dans l'investissement socialement responsable (ISR) depuis près de vingt ans. Nos fonds sont gérés en ce sens, pourtant, peu d’entre eux sont labellisés comme tels. Les labels s’adressent avant tout aux personnes physiques qui ne disposent pas du temps et des outils suffisants pour explorer en détail notre démarche et la qualité intrinsèque de notre analyse ISR. La présence d’un label peut les rassurer. La loi Pacte est aussi un formidable catalyseur pour l’ISR. D’ici 2022, chaque produit de ce type en unité de comptes devra proposer aux épargnants un produit répondant à l’investissement socialement responsable (label ISR), un autre destiné à financer la transition énergétique (label Greenfin) et encore un autre étiqueté finance solidaire.

Nous avons donc intensifié notre démarche d’obtention de labels afin d’être en capacité d’offrir ce type de fonds à nos clients. Nous détenons aujourd’hui trois fonds labellisés ISR, un fonds labellisé vert (label Greenfin) et dix-neuf fonds solidaires. Le niveau d’exigence du label n’est pas un problème pour nous. Tous nos fonds pourraient être facilement labellisés.

Votre fonds Ecofi Agir pour le Climat a été l’un des premiers à bénéficier du Label Greenfin. Avez-vous dû faire évoluer sa stratégie de gestion pour le rendre compatible aux exigences du label ?  

Ecofi Agir pour le Climat est un fonds multi-actifs ISR et solidaire, avec une part de partage, pour répondre à l'urgence de la transition écologique et énergétique. L’exposition actions est de 60 % au minimum. L’exposition aux instruments de taux est, quant à lui, de 35 % au maximum. Nous investissons à ce titre sur des obligations vertes, ce qui est l’une des conditions d’obtention du label. Côté actions, on se conforme aux définitions de l’activité verte et aux pourcentages d’activité verte prévus. Pour être en conformité avec ces conditions, nous avons légèrement modifié son positionnement. Mais le fonds Ecofi Agir pour le Climat était déjà largement centré sur le développement durable.

"La présence d’un label peut rassurer les investisseurs"

Le niveau d’exigence imposé par le label Greenfin était-il assez élevé par rapport au but recherché ?

Pour un fonds dont la thématique d’investissement est le développement durable, les critères demeurent accessibles. Les critères imposés par ce label sont cependant extrêmement précis et contiennent un certain nombre de partis pris, notamment sur les questions autour de la définition, de l’activité verte et de la part du chiffre d’affaires de la société qui se consacre à ce type d’activités. Le référentiel du label Greenfin liste huit catégories d’activités entrant dans le champ de la transition énergétique et écologique et de la lutte contre le changement climatique («éco-activités»), éligibles au financement du fonds. Les gérants sont alors tenus d’investir dans les entreprises qui agissent dans ces domaines.

Le label Greenfin est-il à votre sens lisible ? Comment se positionne-t-il par rapport au label ISR porté par le ministère des Finances ?

Il ne faut pas confondre les deux notions. On ne peut pas couvrir tous les enjeux avec le seul Label Vert ou ISR. Le label Greenfin prend en compte une démarche de l’amélioration de la performance environnementale. Mais l’ISR ne peut se réduire à cette seule lecture. Les aspects sociaux et de gouvernance doivent rester des éléments importants dans le cadre d’une approche équilibrée. Nous ne sommes pas partisans d’une éventuelle absorption de l’ISR par le Label Vert.

"Les critères imposés par ce label sont extrêmement précis et contiennent un certain nombre de partis pris"

Aujourd’hui, 36 fonds sont labellisés. L’avenir du label Greenfin s’annonce-t-il radieux ? Allez-vous faire labelliser de nouveaux fonds ?

Nous sommes une société de gestion de taille moyenne. Nous n’avons donc pas vocation à gérer une gamme de fonds trop importante. Peut-être que nous en labelliserons d’autres à l’avenir, mais il n’y en aura pas une quantité pléthorique. J’ai la conviction que ce label rencontrera un vrai succès. La loi Pacte constituera un précieux soutien, et l’offre sera stimulée. Cela répond aussi à une demande des investisseurs. Cette thématique les concerne. Il faudra par ailleurs regarder de près les discussions au niveau européen. On se demande combien de temps durera la définition actuelle du label et si un bouleversement ne sera pas à prévoir à moyen terme. L’Europe voudra sans doute créer un label vert.

Propos recueillis par Aurélien Florin (@aurélienflorin)

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