Quelques jours après la présentation par le gouvernement du plan de soutien en faveur du tourisme, Pascal Savary livre son analyse à Décideurs. Le président d’Atream, société de gestion qui déploie une stratégie résolument tournée vers ce secteur, fait le point sur l’impact de la crise sanitaire et se projette dans l’avenir à court et moyen termes.

Décideurs. Quel est l'impact de la crise sanitaire et du confinement sur votre activité ?

Pascal Savary. Concernant nos actifs dans le domaine du tourisme qui se situent en France, en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas, la crise sanitaire et les différentes mesures gouvernementales prises dans ce cadre ont évidemment fortement impacté l’activité de nos exploitants en France et en Europe. Les établissements hôteliers aux Pays-Bas et en Allemagne ont déjà commencé à réouvrir en respectant les mesures sanitaires et nous anticipons une réouverture potentielle en France et en Belgique dans le courant du mois de juin. Afin de soutenir les exploitants, nous avons mis en place avec un certain nombre d’entre eux des reports de loyers. Nous sommes également en contact étroit avec des opérateurs comme Accor, Pierre & Vacances Center Parcs ou encore Club Med afin de comprendre leurs trajectoires pour 2020, 2021 et 2022 et les assister au mieux durant cette crise. Atream promeut une vision long terme de l’investissement, et c’est dans ce cadre que nous souhaitons épauler les exploitants dans la reprise de l’activité et la sécurisation de leurs sites. Nous nous engageons également à communiquer tous les éléments financiers nécessaires à nos investisseurs afin de leur donner de la visibilité sur le retour du rendement. La fin du premier volet de cette crise sanitaire ouvre sur une période transitoire de 18 à 24 mois, pendant laquelle Atream s’engage à participer à la reconstruction de l’industrie touristique auprès de ses partenaires, investisseurs et exploitants, avant la reprise complète.

Quel regard portez-vous sur le plan de soutien du gouvernement pour le secteur du tourisme ?

Le gouvernement français a pris rapidement la mesure des conséquences de la crise sanitaire sur l’industrie du tourisme à travers la mise en place de mesures d’accompagnement et le plan dévoilé par Edouard Philippe le 14 mai. Le programme d’investissement en fonds propres de 1,3 Md€ porté par la Caisse des dépôts et par Bpifrance est notamment une mesure intéressante. Atream souhaite également participer à l’effort de reconstruction avec ses investisseurs privés pour accompagner les opérateurs sur des dossiers murs et fonds. Nous pouvons imaginer une évolution vers un modèle asset light similaire à ce que fait déjà Accor avec, d’un côté, l’opérationnel qui permet aux exploitants de se concentrer sur la maitrise de leur clientèle et, de l’autre, l’investisseur long terme qui les soutient. C’est pourquoi la confiance et le partage d’expertise sont essentiels entre ces deux types d’acteurs. La France est la première destination touristique mondiale mais elle doit poursuivre sa transformation, y compris digitale, afin de rester compétitive face aux autres pays, et notamment en Europe.

Dans quelle mesure cette crise sanitaire pourrait faire évoluer à moyen terme votre stratégie et les grands principes de fonctionnement du secteur de l’hôtellerie selon vous ?

Les grandes lignes de notre stratégie ne changeront pas car nous avons des convictions fortes sur le tourisme en France et en Europe. Nous continuons d’ailleurs à investir dans l’hôtellerie et nous espérons que l’été permettra au secteur de retrouver des taux d’occupation et des prix acceptables afin d’amorcer la reprise. Bien qu’il soit peu probable que l’activité reprenne son cours d’avant-crise avant la découverte d’un traitement ou d’un vaccin, nous avons toute confiance en la capacité de l’industrie du tourisme à surmonter les crises. L’enjeu principal de cette reprise sont les problématiques de santé, de bien-être et de développement durable auxquelles la clientèle est devenue bien plus sensible. Le secteur représente 9 % du PIB français et emploie 2,5 millions de personnes, c’est pourquoi nous nous devons d’investir dès maintenant dans sa reprise et dans la préservation de la qualité de l’offre tout en respectant les nouvelles attentes des clients.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

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