P.Lavielle (Fermentalg) : "La biotechnologie répond aux enjeux décisifs d’aujourd’hui"

Alarmant, c’est le constat du dernier rapport du Giec qui appelle 
les institutions et entreprises à réagir face au réchauffement climatique. Afin de répondre aux enjeux d’aujourd’hui, Fermentalg, une entreprise proactive et innovante, développe et commercialise des solutions pour la transformation écologique de l’industrie. Décryptage avec Philippe Lavielle, son CEO.

© Fermentalg

Philippe Lavielle, CEO de Fermentalg

Alarmant, c’est le constat du dernier rapport du Giec qui appelle les institutions et entreprises à réagir face au réchauffement climatique. Afin de répondre aux enjeux d’aujourd’hui, Fermentalg, une entreprise proactive et innovante, développe et commercialise des solutions pour la transformation écologique de l’industrie. Décryptage avec Philippe Lavielle, son CEO.

Décideurs. Fermentalg est expert en matière de recherche et d’exploitation industrielle des microalgues. Pouvez-vous nous expliquer quels types de produits sont développés grâce à ces investigations ?

Philippe Lavielle. Les recherches autour des microalgues permettent d’être actifs dans de nombreux domaines et notamment, dans les produits de santé dont les compléments alimentaires. Nos travaux ont ainsi permis de produire des huiles algales, offrant une alternative aux traditionnelles huiles de poissons issues de la pêche industrielle. Ces huiles sont très concentrées en oméga 3, acides gras essentiels à la santé cérébrale et bénéfiques pour la santé cardiovasculaire et oculaire.

La science nous a permis de découvrir que ce ne sont pas les poissons qui sont à l’origine de ces acides gras, mais bien les algues dont ils s’alimentent. Nous parvenons donc à obtenir des oméga 3 naturels pour les compléments alimentaires, tout en réduisant la pêche intensive, nuisible pour nos océans.

L’industrie agroalimentaire est aussi très attentive à nos travaux. Les consommateurs demandent en effet de plus en plus de transparence et de produits naturels. Il en est ainsi des colorants dans les boissons, notamment avec le bleu, encore très synthétiques. En collaboration avec la société américaine DDW, nous développons depuis quelque temps, un colorant naturel bleu et non nocif, à base de Phycocyanine, capable de répondre aux exigences de l’industrie alimentaire. Une demande d’entrée sur le marché a été déposée, et les premiers échantillons pré-commerciaux à destination des producteurs internationaux de sodas devraient être disponibles en 2022. Ils pourront ainsi conserver la couleur de leurs boissons tout en satisfaisant les envies des consommateurs.

Vous vous positionnez sur un marché très novateur et en pleine croissance. Quel est l’ADN et quels sont les objectifs de Fermentalg ?

Ma volonté personnelle est de faire de Fermentalg une entreprise du présent. La biotechnologie répond aux enjeux décisifs d’aujourd’hui.

L’objectif est donc avant tout de montrer l’efficacité de notre technologie à travers les produits que nous développons, et de créer de la valeur avant d’étendre les domaines d’application possibles, car nous avons encore des centaines d’idées pour exploiter les microalgues. Fermentalg est une société avec beaucoup de potentiel, qui se positionne sur des marchés en plein essor. Nous sommes très contents du décollage des ventes dans le domaine des Oméga 3 et des avancées sur les colorants naturels. Aussi, nous continuerons de nous développer autour de sujets globaux comme la santé, la nutrition ou le respect de l’environnement.

                                     Recherches dans les laboratoires de Fermentalg 

Fermentalg s’est récemment associé à Immunrise et Pot au Pin Energie pour expérimenter un puits de carbone au sein d’une usine de méthanisation. Quel est le but de cette association et quels sont les projets en cours ?

Il s’agit d’un accord d’expérimentation signé dans le cadre de la coentreprise créée avec Suez, afin de développer des technologies en réponse au changement climatique et des solutions à la dépollution. Pour cela, le procédé naturel de photosynthèse produit par les microalgues depuis près de deux milliards d’années va être industrialisé. Cette technique de capture et de valorisation du dioxyde de carbone sera prochainement testée sur le site de Pot au pin en Nouvelle-Aquitaine. Fermentalg y apporte toute la technologie nécessaire, pour permettre de récupérer le CO2 et de le convertir en biomasse algale afin de le substituer aux pesticides nocifs dispersés sur les vignes.

D’après-vous, quels sont les freins à l’innovation ?

L’aspect réglementaire a un train de retard. Les consommateurs sont les premiers à se mobiliser pour une industrie plus propre. Viennent ensuite les investisseurs qui répondent à leur demande. Les instances politiques, elles, commencent tout juste à prendre les sujets de l’industrialisation de masse et du dérèglement climatique au sérieux. Il y a du travail pour répondre aux demandes sociétales, mais ces sujets intéressent de plus en plus au sommet de l’État. Bpifrance, qui est d’ailleurs l’un de nos actionnaires principaux, et le bras armé de l’État français, encourage cette orientation d’innovation responsable, pour offrir des alternatives à l’utilisation du carbone fossile.

"Les consommateurs sont les premiers à se mobiliser pour une industrie plus propre"

Au cours du premier trimestre 2021, Fermentalg a consolidé ses positions en Amérique du Nord. Quelles sont vos ambitions à l’échelle internationale ?

Fermentalg est, par définition, une entreprise globale qui part à la conquête des marchés. Nous sommes en pleine expansion et très actifs à l’export en Amérique du nord, en Amérique du Sud et en Asie. Le monde est très demandeur d’innovation, car les consommateurs et la société ont intégré le besoin de plus de naturalité, avec des produits plus respectueux et surtout moins d’effets néfastes sur notre santé et notre planète. Notre travail vient se substituer à l’économie traditionnelle qui a fait un usage excessif des énergies et ressources fossiles.

Propos recueillis par Laura Breut

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