P. Jung (Demathieu Bard) : "Des tendances qui étaient considérées comme acquises vont évoluer"

Impact de la crise sanitaire sur l’activité du groupe, mesures de solidarité mises en place, préparation du déconfinement, analyse des conséquences à long terme… Philippe Jung, membre du directoire de Demathieu Bard et directeur général en charge de l’immobilier, fait le point avec Décideurs.
Philippe Jung (©D.R.)

Impact de la crise sanitaire sur l’activité du groupe, mesures de solidarité mises en place, préparation du déconfinement, analyse des conséquences à long terme… Philippe Jung, membre du directoire de Demathieu Bard et directeur général en charge de l’immobilier, fait le point avec Décideurs.

Décideurs. Quel est l'impact à date de la crise sanitaire et du confinement sur votre activité ? 

Philippe Jung. Demathieu Bard n’avait plus aucune activité au niveau de la construction depuis le début du confinement. Nous avons commencé à reprendre nos chantiers depuis une dizaine de jours. Quasiment tous auront été relancés d’ici la mi-mai. Toutefois, ce ne sera pas une reprise à plein car nous devons tenir compte des recommandations sanitaires et une partie du personnel reviendra progressivement. Nous avons mis au point un mode de fonctionnement avec les partenaires sociaux qui va au-delà des préconisations de l’OPPBTP sur certains points. Il convient ensuite d’adapter les dispositifs chantier par chantier. Nous devrions retrouver une production normale cet été.

En matière d’investissement immobilier, l’activité se poursuit. Nous devrions conclure plusieurs transactions dans les prochaines semaines. Nous avons reçu une lettre d’offre pour une résidence service seniors par exemple. Concernant les ventes au détail, la situation est plus compliquée car nos bulles sont fermées. Nous avons une légère activité par téléphone qui équivaut à un quart des réservations hebdomadaires habituelles. Nous percevons également une tension sur le segment des bureaux. Les investisseurs, surtout étrangers, vont probablement faire une pause pendant quelques mois avant de reprendre position.

La solidarité est le leitmotiv des professionnels de la fabrique de la ville depuis le début du confinement. Comment cela se matérialise-t-il au sein de votre activité ? 

En interne, nous restons proches de nos 3 000 collaborateurs en étant attentifs à toutes les situations personnelles. Dans le cadre de notre activité immobilière, nous comptons 130 salariés. Je réunis mon comité de direction tous les jours pour faire un point. Les membres de ce Codir font de même avec leurs équipes. En externe nous restons en contact étroit avec nos parties prenantes comme les architectes et les bureaux d’étude. Nous avons une situation financière solide, donc nous respectons nos délais de paiement. Nous pouvons même les anticiper dans certains cas pour aider nos partenaires à traverser cette situation difficile.

Quel regard portez-vous sur l’action du gouvernement français dans cette situation de crise sanitaire ?

Nous devons nous garder d’être trop sévères dans cette situation inédite. J’ai trouvé la réponse du gouvernement rapide et efficace en matière économique. Sur certains points, il est allé vite sans suffisamment concerter mais a su ensuite corriger le tir comme sur les délais d’instruction des autorisations d’urbanisme. Maintenant, la seconde phase de son intervention sera encore plus complexe, car il va falloir préparer un plan de relance puissant et efficace, et en même temps réapprendre aux entreprises à se passer des aides très importantes mises en place pour soutenir leur trésorerie.

Comment préparez-vous le déconfinement ? 

Nous réouvrirons les bureaux de vente à compter du 11 mai en prenant toutes les mesures nécessaires à la sécurité de nos collaborateurs et des clients. Il en sera de même pour les livraisons des logements aux acquéreurs. Concernant nos bureaux, nous mettrons en place une organisation pour être à 50 % de présence sur site lors des premières semaines et à 50 % en télétravail afin de dédensifier les espaces et limiter les contacts. Une entreprise de nettoyage viendra par ailleurs désinfecter nos locaux deux fois par jour, des séparateurs de bureaux en plexiglass seront installés, les rendez-vous avec des visiteurs seront limités… Enfin, nous serons attentifs à la situation de nos collaborateurs qui viennent travailler en transport en commun, mais ils sont peu nombreux.

Dans quelle mesure cette crise sanitaire pourrait faire évoluer à moyen terme votre stratégie et les grands principes de fonctionnement du secteur de la fabrique de la ville selon vous ?

Cette crise va laisser des acteurs sur le bord de la route dans tous les métiers. L’immobilier sera un peu moins impacté que d’autres secteurs comme le tourisme par exemple. Néanmoins, les acteurs qui ont pris trop de risques seront exposés. Cette crise va ramener à la raison certaines personnes et des tendances qui étaient considérées comme acquises vont évoluer. La densification des villes sera sûrement remise en cause car l’attention portée à la qualité de l’habitat va devenir plus importante. Cela se traduira par des demandes de jardins, de balcons, d’espaces supplémentaires. Le développement de l’alternance entre télétravail et déplacement aux bureaux incitera également certains à vivre plus loin des grandes métropoles. La préoccupation environnementale restera forte mais se traduira de manière plus pragmatique. Nous allons également devoir travailler sur la modularité des logements, qui était déjà notre axe majeur d’innovation, et revoir la conception des bureaux. Ces derniers vont devenir avant tout des lieux d’échanges et de réunion. Cette évolution avait déjà commencé et va s’accentuer.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

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Des aménageurs aux utilisateurs en passant par les investisseurs, les financeurs, les conseils immobiliers et juridiques, les associations ou encore les start-up, toutes les strates de la chaîne de valeur de la fabrique de la ville sont impactées par la crise sanitaire et ses incidences économiques. Décideurs donne la parole aux acteurs de cette industrie pour recueillir leurs analyses et leurs propositions.
Sommaire C. Murciani (Acofi Gestion) : "Notre solidarité s’exprime notamment envers nos emprunteurs" L. Camilli (Clearwater International) : "Les fonds de garantie thématiques constituent une solution intéressante" C. Lamaud : "Les investisseurs comme Anaxago doivent être présents dans les bons et les mauvais moments" C. Journo-Baur (Wishibam) : "Notre solution est d’utilité publique dans cette situation de crise sanitaire" B. Heurteux (HBS-Research) : "Des associations entre start-up devront être réalisées" C. Rayssac : "Bazimo a lancé des nouveaux projets de développement pendant le confinement" A. Emery : "La RICS va poursuivre ce qui a été initié depuis un an en France" B. Fremaux (Idex) : "La crise nous a touché de manière assez disparate" C. van Appelghem (Atlante Gestion) : "Le capital investissement devra porter un regard différent sur des actions de société" B. Marzloff (Chronos) : "La pandémie a été un laboratoire formidable pour la réforme de la ville"
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