P.Fouques Duparc et A.Pouplard (Boyden): « Accompagner les dirigeants dans leurs défis d’Innovation et de Transformation »

P.Fouques Duparc et A.Pouplard (Boyden): « Accompagner les dirigeants dans leurs défis d’Innovation et de Transformation »

Boyden est un cabinet indépendant présent dans plus de 40 pays et se classe 7e parmi les plus grands cabinets d’executive search. La practice technology a été renforcée en 2017 avec l’arrivée d’Anita Pouplard, managing partner Digital & Innovation.

Décideurs. Comment Boyden est organisé pour adresser le secteur technologique et les entreprises en mutation digitale ?

Pierre Fouques Duparc. Boyden est très sectorisé avec des practices verticales qui sont des vraies communautés de partage de connaissances et de bonnes pratiques pour trouver le meilleur candidat, nonobstant sa localisation. L’un des cinq secteurs de Boyden est celui de la technologie et du digital qui a vocation à intervenir auprès :

- des entreprises technologiques : hardware, software, telecom & media, ESN, conseil, etc. 

 - des start-up/scale-up natives digitales.

 - des grandes entreprises de tous les secteurs ayant entrepris une transformation digitale.

- des acteurs du private equity souhaitant se doter de compétences digitales.

Cette practice rassemble 60 partners, qui pour la plupart ont eu une vie dans des entreprises technologiques auparavant et sont donc des « sachants » sectoriels. Certains viennent de cabinets de conseil en recrutement totalement dédiés au secteur technologique. Anita Pouplard en provenance d’Exec Avenue et moi-même, ancien de Capgemini, en sommes l’illustration.

Dans un monde innovant, digitalisé, quel doit être l’état d’esprit des nouveaux dirigeants confrontés aux nouvelles technologies ?

P. F. D. John Maynard Keynes disait : « La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes. »

Bien sûr qu’audace, inventivité, souplesse, sont des facteurs clés de succès, non seulement pour capter des nouveaux marchés mais aussi pour maintenir ses positions acquises. Le collectif dans une entreprise en est parfaitement conscient mais abandonner les vieux paradigmes, les anciennes façons de faire requiert chez le dirigeant la plus grande conviction.

Anita Pouplard. Plus qu’une affaire de technologie, la transformation digitale est avant tout une transformation d’entreprise qui requiert des changements fondamentaux en termes d’organisation voire dans certains cas, une remise en cause du modèle économique.

Le dirigeant est bien celui qui doit engager le collectif et œuvrer pour que le projet de transformation soit porteur de sens. Il doit embarquer ses salariés dans l’aventure, et les inciter à voir ce changement sous un angle positif et porteur d’opportunités de carrière. Bien recruter ou promouvoir les talents a toujours été et restera la force des grands dirigeants.

« La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes. »

John Maynard Keynes

Vous semblez insinuer que les résistances au changement sont souvent fortes à l’intérieur d’une entreprise ?

P. F. D. Les technologies changent rapidement, les personnes rarement. Comme l’indique le professeur Klemens Skibicki, l’être humain, avec les nouvelles technologies, a juste tendance à toujours reproduire ce qu’il a toujours fait mais avec plus d’aisance, rapidité ou confort. L’adoption de nouvelles technologies au sein d’une entreprise sera facilitée si elles permettent aux employés de simplifier ce qu’ils faisaient déjà.

Le top management doit-il toujours être le moteur de la transformation digitale ?

A. P. Oui, la transformation digitale requiert un fort leadership et peut éventuellement être impulsée par un directeur digital, mais ne se délègue pas. Elle ne doit pas être réduite à un débat technologique, il s’agit avant tout d’un projet d’entreprise qui doit être porté au plus haut et avec la plus grande conviction. La culture digitale implique un nouveau style de management plus horizontal avec des organisations agiles favorisant le travail collaboratif et l’innovation. Dégagé des pressions hiérarchiques et reconnu en tant qu’individu, le collaborateur libère son potentiel créatif. Un cadre bienveillant renforcera l’intrapreunariat et l’attractivité de l’entreprise en particulier vis-à-vis des jeunes talents.

Pensez-vous que les dirigeants mesurent l’importance des réseaux sociaux dans leur stratégie de communication ?

P. F. D. Certains dirigeants utilisent les réseaux sociaux pour leur communication personnelle, mais encore peu exploitent Linkedin, Facebook, Instagram, Twitter, etc. pour le développement de leur entreprise. Beaucoup de dirigeants attirés par les marchés à plus d’un milliard de personnes tels que l’Inde et la Chine ne devraient pas oublier que la communauté de membres de Facebook en fait déjà le double et que celles de Youtube, Whatsapp, WeChat, Instagram devraient suivre rapidement.

A. P. Beaucoup de dirigeants semblent en effet encore trop focalisés sur une communication institutionnelle et une publicité traditionnelle qui inclut certes des briques digitales mais insuffisantes dans un monde où les principaux influenceurs d’achat sont la recommandation de personnes connues, et ensuite l’avis d’inconnus. Comme le dit Jeff Bezos : « Maintenant votre marque est ce que disent les gens sur vous…..quand vous n’êtes pas dans la pièce ! » Ce n’est plus la conséquence de votre budget publicitaire !

Avec l’arrivée d’un deuxième partner sur le secteur technologie, quelle est la stratégie de Boyden ?

P. F.D . Anita, nous a rejoints pour adresser davantage l’univers de la french-tech ; nous souhaitons que Boyden soit associé au succès des leaders émergents de demain. Les grands groupes sont également à la recherche de nouveaux profils plus digitaux pour les accompagner dans cette transformation. « L’open innovation » est une réalité et nous voyons chaque jour des passerelles de recrutement entre grandes et petites entreprises.

A. P. La complémentarité de nos expertises fait que Boyden est très bien positionné pour faire le lien entre ces deux mondes.

Quels secteurs technologiques recrutent ?

P. F. D. Tous. Les fournisseurs de solutions autour du cloud, le monde du software bouleversé par le SaaS, l’univers de l’intelligence artificielle, les entreprises de services numériques (ESN ou SSII), les sociétés de conseil en stratégie et enfin les opérateurs de télécommunications sont tous entrés dans une guerre des talents. 

Voyez-vous d’autres secteurs être « disruptés »  et avoir de grands besoins de talents ?

A. P. Aucun secteur n’est épargné. Les entreprises n’ont pas d’autres choix que de repenser leur modèle, leur mode opératoire ainsi que la manière dont elles adressent leurs clients. On parle beaucoup des fintechs, assurtechs, foodtechs, legaltechs, d’e-santé, etc. De nouveaux acteurs « pure players » viennent révolutionner des pans entiers de l’économie et changer les règles. On ne doit pas parler de stratégie digitale mais de stratégie pour l’ère numérique connectée, les personnes sont connectées, les processus sont connectés, l’exploitation de la donnée est au cœur des stratégies.

Le chief digital officer, Le directeur de l’innovation et le directeur technique constituent la clé de voûte de ces nouveaux édifices.

« La communauté de membres de Facebook fait déjà le double de la population chinoise »

Dans ce monde très fourni en nouvelles technologies, le rôle du DSI change-t-il ?

P. F. D. Le DSI doit être très ouvert et en recherche constante de nouvelles solutions. Il y a dix ans, on lui demandait de trancher entre SAP et Oracle, de lancer un projet pharaonique et d’en maintenir le coût. Or, maintenant, on lui demande non seulement, comme auparavant, la standardisation et l’automatisation des processus, mais surtout de contribuer à la croissance du chiffre d’affaires en mettant en place une architecture agile orientée métiers et clients. On assiste à un dépassement de la fonction ; les bons DSI sont même légitimes pour tenir d’autres fonctions au sein de l’entreprise.

Comment voyez-vous l’avenir ?

P. F. D. et A. P. Aucune industrie, même parmi les plus régulées ne sera épargnée. Les entreprises doivent sortir de leur zone de confort et reconnaître que les « disruptive companies » vont ignorer leurs règles du jeu et embarquer leurs clients avec de nouvelles propositions de valeur.

« Maintenant votre marque est ce que disent les gens sur vous quand vous n’êtes pas dans la pièce ! »

Boyden 

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