P. Chalmin (économiste) : "Le monde dépend de la Chine pour les terres rares"

Voitures électriques, LED, puces de smartphones ou encore panneaux photovoltaïques : les terres rares sont au cœur du quotidien. Mais le marché est entre les mains de la Chine. Professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine et spécialiste reconnu des matières premières, Philippe Chalmin revient sur la place de ces métaux dans le conflit sino-américain.

Voitures électriques, LED, puces de smartphones ou encore panneaux photovoltaïques : les terres rares sont au cœur du quotidien. Mais le marché est entre les mains de la Chine. Professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine et spécialiste reconnu des matières premières, Philippe Chalmin revient sur la place de ces métaux dans le conflit sino-américain.

Décideurs. La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine se déplace de plus en plus sur le terrain des matières premières. Comment l’expliquez-vous ?

Philippe Chalmin. Les matières premières sont une victime collatérale de ces tensions. Celles-ci, essentiellement produites par la Chine, représentent un enjeu stratégique. Pékin, qui n'avait pas beaucoup d'autres arguments à opposer aux Etats-Unis, a utilisé cette pression à l'importation en diminuant les achats de soja à Washington, et à l'exportation, en menaçant de couper l'accès aux terres rares.

Que sont les terres rares ?

Une quinzaine de petits métaux sont regroupés derrière cette appellation. Celle-ci est d’ailleurs erronée car ces terres ne sont pas si rares que ça. Elles sont produites à partir de minerais relativement bien répartis dans le monde, le goulot d’étranglement se situant au niveau de leur transformation. Dans le passé, la France a été un grand producteur de terres rares, mais celles-ci ne relevant pas d’intérêts stratégiques à l’époque, les capacités industrielles de la métallurgie, en plus d’être polluantes, ont été fermées ou abandonnées, laissant à la Chine une situation de quasi-monopole. Au point d’ailleurs que les États-Unis produisent du minerai qui est traité en Chine. Aujourd’hui, Pékin contrôle les quatre cinquièmes de la production mondiale.

"Aujourd'hui, 90% des moteurs des véhicules électriques utilisent des aimants permanents qui intègrent des terres rares"

Pourquoi ces terres rares sont-elles si stratégiques aujourd’hui ?

Aujourd’hui, 90 % des moteurs des véhicules électriques utilisent des aimants permanents qui intègrent des terres rares. Ces métaux sont aussi utilisés dans les industries réclamant un processus de miniaturisation, dans l’industrie de la défense, les lasers et les alliages.

Si Pékin met à exécution ses menaces et coupe l’exportation des terres rares, quelles pourraient être les conséquences sur l’économie mondiale ?

En 2012, la Chine, qui avait des problèmes de frontières maritimes avec le Japon, a mis en place des quotas d’exportation de terres rares. Cela a entraîné une flambée des prix qui s’est vite retournée contre elle. Aujourd’hui, les autorités semblent avoir la volonté d’utiliser cette arme, si elle peut être efficace à l’instant « t ». Sur le long terme, cela va surtout inciter les industriels à trouver d’autres métaux pour remplacer les terres rares.

Les États-Unis ne sont pas les seuls à être dépendants de la Chine pour ces matières rares, l’Europe l’est aussi. Faut-il s’en inquiéter ?

À long terme, cela peut poser un problème. Le monde entier est dépendant de la Chine pour les terres rares, alors qu’un certain nombre de projets de développement sont envisagés. Ceux-là ne verront pas le jour en un claquement de doigts, surtout en Europe, car la métallurgie est une activité sensible pour l’environnement.

Qu’allez-vous particulièrement surveiller jusqu’à la fin de l’année ?

Les tweets de Donald Trump ! Jusqu’à peu, on imaginait que les conflits commerciaux se règleraient par le biais de négociations ou du service de règlement des différends de l’OMC. Donald Trump nous a fait entrer dans une nouvelle ère, qui pratique une diplomatie de la calomnie. Les matières premières sont en première ligne car elles sont symboliques. Concernant les tensions de Washington avec la Chine, je ne vois pas comment elles pourraient s’aggraver car la Chine dispose de moins de moyens de pression que son rival. En revanche, je m’attends, à l’automne, à des divergences entre les États-Unis et l’Europe. Donald Trump a d’ailleurs déjà commencé en évoquant les taxes sur le vin français.

Propos recueillis par Camille Prigent

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