OVH : sur un petit nuage

C’est l’un des grands succès entrepreneuriaux français de la décennie. Celui d’un geek visionnaire, biberonné à la liberté de penser. C’est aussi une saga familiale qui prend sa source en Pologne. Celle du clan Klaba parti à l’aube des années 2000 à la conquête des entrailles du Net. Quelques mois après avoir passé le cap du millième employé, le spécialiste français du cloud et de l’hébergement a annoncé l’ouverture d’une douzaine de data centers, le lancement d’un programme de soutien à l’innovation et la création d’une Box.

C’est l’un des grands succès entrepreneuriaux français de la décennie. Celui d’un geek visionnaire, biberonné à la liberté de penser. C’est aussi une saga familiale qui prend sa source en Pologne. Celle du clan Klaba parti à l’aube des années 2000 à la conquête des entrailles du Net. Quelques mois après avoir passé le cap du millième employé, le spécialiste français du cloud et de l’hébergement a annoncé l’ouverture d’une douzaine de data centers, le lancement d’un programme de soutien à l’innovation et la création d’une Box.

C’est la grand-messe qui en dit long sur l’envergure prise par le spécialiste français de l’hébergement de données. OVH a annoncé, jeudi 24 septembre lors de l’OVH Summit qui se tenait aux Docks de Paris, l’ouverture prochaine de douze data centers. « C’est un vrai truc de fou ! », s’est exclamé lors de sa keynote Octave Klaba, le fondateur. L’Allemagne, l’Angleterre, l’Australie, la Pologne, Singapour ou encore les États-Unis sont les nouveaux eldorados de cette "start-up" qui compte déjà plus de 930 000 clients répartis dans plus de 120 pays. Parmi ceux qui plébiscitent déjà la gamme de produits de l’hébergeur : les français NextRadioTV et Société générale, les allemands Villeroy & Boch et les américains Cisco, VMware et Intel. Ce dernier a d’ailleurs annoncé par la voix de Raejeanne Skillern, general manager en charge du cloud, la mise en place d’un partenariat pour accélérer le traitement des données dans le cloud. Autre alliance dévoilée, celle dans l’Internet des objets (IOT) avec le tToulousain Sigfox qui a vocation à créer des capteurs pour l’industrie sur le marché "Machine to Machine". Enfin, dans les semaines à venir, c’est Microsoft qui devrait annoncer la signature d’un Memorandum of Understanding (MoU) avec OVH. Un signal fort pour le groupe français qui creuse patiemment son sillon dans le paysage IT mondial.

 

Créé par Octave Klaba en 1999 et installé à Roubaix, OVH est devenu un des acteurs incontournables de l’hébergement web et du cloud computing. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec 220 000 machines en production dans dix-sept data centers qui peuvent en accueillir un million, le groupe héberge à ce jour dix-huit millions d’applications web, opère 3,7 millions noms de domaines au moyen de 170 000 lignes télécoms. De quoi prendre aisément la tangente de l’hyper-croissance. Cette année, avec un changement de calendrier fiscal, le chiffre d’affaires a flirté avec les 250 millions d’euros pour une croissance comprise entre 20 % et 30 %, selon nos sources. En juin dernier, l’entreprise recrutait son millième employé. Trois mois plus tard, le compteur affiche déjà plus de 1 100 collaborateurs. Un recrutement boulimique qui se fait l’écho de la stratégie de conquête engagée par Octave Klaba depuis seize ans.

Durer, c’est le tour de force accompli par le fondateur qui a choisi de s’endetter plutôt que de vendre son âme au diable en ouvrant son capital. OVH appartient à 100 % à la famille Klaba. Pour financer son plan de développement de 400 millions d'euros établi sur trois ans, l’entreprise a levé 267 millions d’euros en 2014 auprès des banques. « Aucune IPO n’est à prévoir dans les cinq ans », clame M. Klaba, qui héberge aujourd’hui plus de 20 % des sites en Europe. « À part nous, il n’y a plus beaucoup d’alternative », assène-t-il sans fausse modestie. À l’heure où sous-traiter l’hébergement informatique devient un enjeu de premier ordre pour les entreprises soucieuses de protéger efficacement leurs données et autres secrets, OVH cultive sa différence à grands coups de franc-parler.

 

Serveurs home made, capital de l’entreprise détenu à 100 % par le clan Klaba, indépendance vis-à-vis des opérateurs de télécoms, stratégie smart cost, respect de l’individu et défense des libertés fondamentales, l’hébergeur roubaisien détonne autant par son business model que par sa philosophie. Et Octave Klaba de lâcher devant les 2 000 personnes venues assister à sa keynote  : « Je vous garantis que chez OVH, vous serez toujours protégés ! » Pour tenir cette promesse, le CTO a mis en place une armée de « Dosbusters » dont la mission consiste chaque jour à analyser et développer les lignes de code nécessaires au nettoyage des quelque 1 600 attaques subies quotidiennement sur leurs serveurs. Rien que ça…

 

Offensive internationale pour le milliard de CA en 2020

 

« Êtes-vous prêts à embarquer à bord de la fusée OVH ? », lance le CEO du groupe OVH pour chauffer la salle. Tonnerre d’applaudissements. C’est aux Docks de Paris que le trio Laurent Allard (CEO), Alexandre Morel (vice-président ventes et marketing) et Octave Klaba reçoivent. Tout un symbole pour ce dernier qui explore sans relâche les entrailles du Net pour mieux décharger et stocker nos datas et autres matériaux virtuels. Véritable manutentionnaire de la Toile, tantôt estampillé « pirate » tantôt « bidouilleur de tuyauterie », cet ingénieur de l’institut catholique des Arts et Métiers, a construit en moins de deux décennies un petit empire autour des marques OVH.com, So you Start, RunAbove, Kimsufi et hubiC. « Des bourreaux de travail qui méritent bien leur succès », témoigne un observateur qui a croisé leur route dans les années 1990 alors qu’il était opérateur des premiers serveurs du Minitel reliés à l'Internet. À l’époque, Octave Klaba opérait sous le pseudonyme « Oles Van Herman ». De là serait né l’acronyme OVH, même si la légende urbaine lui préfère une signification plus idéaliste : « On vous héberge ». Car OVH, c’est avant tout une famille. Un clan.

 

Ce 24 septembre 2015, ils sont tous là aux premières loges. Dans les coulisses, le père Henryk, ingénieur mécanicien, la mère Halina affiliée au contrôle de gestion, le frère Miroslaw surnommé « Miro » en charge de la R&D et la femme d’Octave Klaba à l’innovation. « C’est vraiment une histoire de famille unique », s’étonne encore Laurent Allard, appelé en février dernier par le fondateur à prendre les commandes de la fusée OVH. « J’ai perdu ma cravate et la moitié de mon prénom dans mon adresse Twitter, mais qu’est-ce que j’y gagne à écrire cette page de l’histoire ! », plaisante ce Roubaisien, ancien directeur technique de CGI en France, passé par Logica et Axa Tech. « Je suis content que Laurent nous ait rejoints, même si cela voulait dire que pendant les comex on ne pouvait plus faire des blagues en polonais », taquine Octave Klaba avant d’admettre : « Je ne pouvais plus porter les deux casquettes. Le choix était évident : c’était la tech que j’allais continuer à porter. » Le CTO n’était donc pas peu fier d’annoncer la commercialisation de sa box baptisée « OverTheBox » qui permet d’agréger plusieurs connexions internet, quels que soient les opérateurs et les technologies. Le prix du routeur est de 149 euros auquel s'ajoute un abonnement de 10 euros par mois pour accéder au service qui permet notamment de stocker les données en ligne via l'offre Hubic d'OVH.

 

Certes, OVH n’a pas encore de quoi faire trembler les géants américains, bien que l’entreprise réalise déjà six millions de chiffre d’affaires aux États-Unis sans avoir eu besoin de lever le petit doigt. Une manne que Pascal Jaillon, fraîchement nommé au poste de vice-président R&D pour OVH USA, entend bien développer. Dans quelques jours, ce Français ouvrira le bureau de Mountain View afin de s’assurer dans un premier temps que la gamme de produit OVH est en phase avec les modes de consommation des start-up et entreprises américaines. « C’est une phase d’observation nécessaire avant d’installer prochainement des data centers qui seront loués ou construits en fonction des opportunités de croissance détectées dans le pays », indique-t-il. Cette installation outre-Atlantique est également un signal fort envoyé aux multinationales partenaires de l’hébergeur français qui vise le milliard d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2020 et ambitionne de passer le cap des 3 000 collaborateurs.

 

« Innovation is freedom »

 

Seize ans après ses débuts, OVH domine le ciel sur son nuage, au propre comme au figuré. Il faut dire qu’Octave Klaba est un esprit libre. À 40 ans, ce fils d’émigré polonais débarqué en France à l’âge de 16 ans a pris l’habitude de faire front. D’abord en 2010, contre Éric Besson lorsque ce dernier, alors ministre du Numérique, demande à ce que Wikileaks ne soit plus hébergé par les serveurs d’OVH. Puis plus récemment, face au projet de loi sur le renseignement où il a porté la voix d’une kyrielle de patrons du numérique auprès du gouvernement. « Emmanuel Macron nous a entendu et il a compris les enjeux. Nous avons travaillé main dans la main pour faire émerger les amendements nécessaires à cette loi afin que cela ne pénalise pas le business », indique Laurent Allard.

 

Rien d’étonnant à ce qu’Octave Klaba ait annoncé ce 24 septembre la mise en place d’un programme de soutien à l’innovation. « C’est dans la droite ligne de son credo : "Innovation is freedom" », commente un de ses proches collaborateurs. Baptisée « Digital Launch Pad », cette initiative, pas si éloignée des incubateurs, a vocation à accompagner des projets technologiques de la phase d’idéation à leur mise sur le marché. Outre la mise à disposition de tout l’écosystème OVH, les jeunes entrepreneurs sélectionnés bénéficieront du réseau French Tech. « Nous avons un rôle de fédérateur », insiste Laurent Allard qui ne cache les velléités d’OVH à suivre de près la naissance des futures pépites tech, particulièrement dans l’IOT où une centaine de projets devraient être subventionnés.

 

À quelques jours de la grand-messe, le fondateur postait sur son fil Twitter un enthousiaste « Ca va être bien ». Et si aujourd’hui, les habituels sceptiques y sont allés de leurs critiques dépeignant « une panne d’innovations », OVH a de quoi se réjouir, tant le groupe a le potentiel pour entrer dans le club très fermé des licornes françaises aux côtés des Blablacar et autres Criteo. « Rien ne pourra nous arrêter ! », conclut Octave Klaba avant de prendre sa guitare électrique pour interpréter le titre Can’t stop des Red Hot Chili Peppers accompagné de son CEO à la basse. Et si les fausses notes émaillent encore le chaotique chemin de l’hyper-croissance, les deux hommes ont assurément l’étoffe pour devenir des rock stars mondiales du cloud.

 

Émilie Vidaud (Envoyée spéciale)

 

 

OVH en data

930 000 clients répartis dans plus de 120 pays.

250 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2015 avec un changement d’année fiscale.

1 100 salariés.

17 data centers auxquels s’ajoutent douze nouveaux qui verront le jour avant 2018.

220 000 machines en production.

18 millions d’applications web hébergées.

 

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