O. Wigniolle : "La raison d’être sera un fort moteur de développement et de performance économique pour Icade dans les dix ans à

Après plus d’une année de travail collaboratif, Icade a dévoilé sa raison d’être* à l’occasion de la présentation de ses résultats annuels. Olivier Wigniolle, directeur général de la foncière, nous dévoile les tenants et les aboutissants de cette démarche.
Olivier Wigniolle (©Xavier Lahache)

Après plus d’une année de travail collaboratif, Icade a dévoilé sa raison d’être* à l’occasion de la présentation de ses résultats annuels. Olivier Wigniolle, directeur général de la foncière, nous dévoile les tenants et les aboutissants de cette démarche.

Décideurs. Comment la raison d'être d'Icade a-t-elle été définie ?

Olivier Wigniolle. Elle résulte d’un processus qui a commencé en septembre 2018 et a pris fin en novembre 2019. Nous avons pris ce temps pour bien mûrir notre raison d’être car elle va être structurante pour l’entreprise pour de nombreuses années. La démarche a associé nos collaborateurs, notre conseil d’administration, nos actionnaires et nos parties prenantes (clients, fournisseurs et collectivités locales). Nous avons commencé par réfléchir sur la possibilité qui nous était ouverte dans le cadre de la loi PACTE. Cette phase de réflexion s’étant déroulé pendant les débats et le vote au Parlement, nous nous sommes recalés en permanence sur les avancées des discussions législatives et de place. Nous avons réalisé des sondages en interne, des interviews, un benchmark avec d’autres sociétés. Nos collaborateurs se sont montrés très concernés, ce qui nous a confortés dans l’idée que la définition de la raison d’être répondait à une véritable attente. Des ateliers thématiques ont ensuite été organisés et deux documents ont été élaborés. Le premier, synthétique, exprime notre raison d’être « concevoir, construire, gérer et investir dans des villes, des quartiers, des immeubles qui soient des lieux innovants, des lieux de mixité, des lieux inclusifs, des lieux connectés et à l’empreinte carbone réduite. Des lieux où il fait bon vivre, habiter, travailler. Telle est notre ambition, tel est notre objectif. Telle est notre raison d’être. » Le deuxième document est un manifeste qui donne plus de corps aux idées sous-jacentes à la raison d’être d’Icade. Icade va également soumettre sa raison d’être aux votes des actionnaires lors de l’assemblée générale le 24 avril prochain.

Compte tenu de l’importance du sujet, il nous a en effet semblé indispensable d’avoir leur approbation. Nous souhaitons inscrire cette raison d’être dans le prologue des statuts de l’entreprise, nous aurons donc besoin d’une majorité des deux tiers pour qu’elle soit adoptée. Nous sommes confiants dans le résultat et ce pour plusieurs raisons ; tout d’abord car la Caisse des Dépôts et Crédit Agricole Assurances, les deux actionnaires principaux d’Icade, sont en accord avec cette raison d’être et ils y ont contribué compte tenu de leur participation au conseil d’administration. De plus, notre raison d’être est en phase avec les attentes sociétales et environnementales de nombreux investisseurs actionnaires d’Icade. J’attends néanmoins des échanges et débats fournis lors de cette assemblée générale sur ce sujet : c’est un sujet essentiel pour nos actionnaires. Il sera également intéressant de voir la position des grands asset managers et des proxys. Une fois cette étape franchie, nous nous fixerons les actions à mener et les indicateurs clés pour mesurer et s’assurer du bon déploiement de notre raison d’être dans nos activités. Enfin, il conviendra de mettre en place un dispositif d’évaluation de notre démarche raison d’être. Nous étudions actuellement qui se chargera de cet aspect : une agence de notation extra-financière, un comité des parties prenantes, nous-même en auto-évaluation…

Quel sera l’impact concret de cette raison d’être sur l'activité d'Icade ? 

Sa déclinaison opérationnelle sera réalisée en 2020 dans nos métiers ; c’est une réflexion qui prendra également plusieurs mois. Nous serons peut-être aussi amenés à renoncer à certains dossiers d’investissement ou de promotion car ils ne seront pas alignés avec notre raison d’être. Mais je suis convaincu que la raison d’être sera un fort moteur de développement et de performance économique pour Icade dans les dix ans à venir. Des opérations comme celles que nous avons remportées l’année dernière, le quartier Bruneseau dans le 13e arrondissement de Paris ou le futur village olympique en Seine-Saint-Denis, démontrent clairement qu’il est possible de concilier objectifs RSE, croissance de l’entreprise et performance économique. Nos deux grands actionnaires, La Caisse des Dépôts, qui a l’intérêt général inscrit dans ses statuts, et Crédit Agricole Assurances, groupe mutualiste, constituent également des exemples probants que RSE et performance économique sont étroitement liées. Ceci est dans l’ADN d’Icade depuis de nombreuses années. 

Quelles sont ou seront les premières actions mises en place pour joindre les actes à l'esprit ? 

Nos opérations d’investissement et de promotion doivent déjà répondre à notre stratégie et objectifs RSE. Pour la foncière tertiaire, par exemple, nous nous sommes fixés pour objectif de diminuer l’empreinte carbone de notre patrimoine de 45 % sur 10 ans en investissant dans de nouveaux matériaux, dans les énergies renouvelables, les mobilités douces pour accéder à nos immeubles… Mais il sera impossible financièrement et techniquement d’arriver en 2050 au zéro carbone, notamment sur les patrimoines les plus anciens. La question de la compensation va donc naturellement se poser. Nous serons donc amenés à échanger avec nos locataires pour étudier ensemble le meilleur moyen d’atteindre cet objectif. Nous réfléchissons d’ores et déjà à la création d’une entité dédiée à une activité de compensation carbone locale et vertueuse. Nous nous appuyons aussi sur l’expérience de la Société Forestière de la Caisse des dépôts et de CDC Biodiversité. En parallèle, nous avons entamé des discussions avec les collectivités qui gèrent les territoires sur lesquels se trouvent nos grands parcs d’activités pour travailler sur la mixité de ces ensembles et leur empreinte carbone.

Icade a-t-elle vocation à devenir une entreprise à mission ? 

Non, nous n’avons pas fait ce choix. Car si nous pensons possible d’inscrire la raison d’être en prologue de nos statuts, le cadre juridique actuel pour y inscrire des objectifs sociétaux ou environnementaux ambitieux n’est pas adapté. Nous nous sommes d’ores et déjà fixés de tels objectifs mais extra-statutairement. In fine, notre véritable mission chez Icade est de démontrer que performance RSE et performance économique ne s’oppose pas mais que la première est bien une condition essentielle de la seconde.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

*La raison d'être d'Icade est "Concevoir, construire, gérer et investir dans des villes, des quartiers, des immeubles qui soient des lieux innovants, des lieux de mixité, des lieux inclusifs, des lieux connectés et à l’empreinte carbone réduite. Des lieux où il fait bon vivre, habiter, travailler. Telle est notre ambition, tel est notre objectif. Telle est notre raison d’être."

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retrouvez l'intégralité du dossier Les raisons d'être des acteurs immobiliers

Promulguée en mai 2019, la loi PACTE s’est notamment donnée pour objectif de penser autrement la place des compagnies dans la société à travers les notions de raison d’être et d’entreprise à mission. Plusieurs acteurs immobiliers n’ont pas tardé à se saisir de ces nouveaux concepts. Tour d’horizon des précurseurs du secteur.
Sommaire F. Bonnifet (C3D) : "Toutes les entreprises se saisiront des concepts de raison d’être et de société à mission dans les années à Y. Marque : "Notre raison d’être exprime ce que Covivio est déjà et le renforce" M. Oppenheim (Crédit Agricole Immobilier) : "Nous avons construit un projet de groupe autour de trois piliers" B. Lièvre-Thery : "Nous avons réfléchi à notre propre raison d’être pour nous inscrire pleinement dans celle de Société Générale M. Sissoko : "La raison d’être représente la colonne vertébrale de la stratégie de Citallios" J.-F. Bouillé : "Le changement de statut de la MAIF induira plusieurs sujets pour la direction immobilière" A. Mollet (Perl) : "L’entreprise à mission, une troisième voie entre business classique et ESS"
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