O.Riboud (Fondation Total) : "La mixité booste notre capacité à apprendre"

Olivier Riboud pilote un ambitieux projet de la fondation Total, destiné à former des jeunes aux métiers de l’industrie du futur, Baptisé « L’industreet », il ouvrira ses portes à l’automne 2020. Zoom sur cette initiative, qui s’est fixée comme ambition d’apporter une réponse concrète au décrochage scolaire.

Olivier Riboud pilote un ambitieux projet de la fondation Total, destiné à former des jeunes aux métiers de l’industrie du futur, Baptisé « L’industreet », il ouvrira ses portes à l’automne 2020. Zoom sur cette initiative, qui s’est fixée comme ambition d’apporter une réponse concrète au décrochage scolaire.

Décideurs. La première pierre de l’Industreet, un campus dédié aux métiers industriels, a été posée en novembre 2019 pour une inauguration prévue à l’automne prochain. Quelle est la genèse de ce projet ? 

Olivier Riboud. L’Industreet est né d’une réflexion autour des métiers en tension menée en concertation avec les acteurs de l’insertion, de l’emploi, de la formation ainsi que les branches professionnelles. Il se doit de remplir un objectif assez simple : un jeune, un emploi. Notre démarche diffère de celle des entreprises qui décident d’ouvrir leur propre CFA. L’objectif n’est pas de disposer d’un vivier de recrutement pour Total, mais de former pour l’ensemble du monde industriel. Nous le faisons pour les jeunes, pour la société. 

Pourquoi s’attaquer à la problématique du décrochage scolaire quand de nombreux ministres de l’éducation ont échoué à la dénouer ? 

Bien que mondiaux, les groupes possèdent des racines et pèsent d’un poids économique certain dans leur territoire d’implantation, ce qui leur confère une responsabilité sociétale et citoyenne. L’État ne peut pas tout. Les entreprises doivent s’impliquer. Avec l’Industreet, Total n’a pas vocation à se substituer à l’Éducation nationale. Celle-ci fait un travail remarquable pour 85 % de la population. Mais, pour les 15% restants, pour les décrocheurs, une démarche qui emprunte davantage au sur mesure semble plus appropriée.

Comment se manifeste cette volonté du sur mesure au sein des formations dispensées sur le campus de L’Industreet ?

Il n’existe aucune sélection sur des critères académiques, ce qui augmentera les chances de réunir des personnes aux parcours différents. Les formations pourront commencer à tout moment dans l’année, plus besoin d’attendre une quelconque date de rentrée.  Elles dureront entre douze et dix-huit mois selon la « capacité à apprendre » de chacun. Pour construire notre progression pédagogique, nous nous sommes inspirés des ressorts du monde du jeu vidéo. Les étudiants pourront recommencer les modules jusqu’à ce qu’ils réussissent. Et, à l’image des niveaux dans un jeu vidéo, ce sera à nous de graduer l’apprentissage pour ne pas les mettre en échec tout de suite. 

La question de la mixité est également au cœur du projet Industreet. Comment faire en sorte que les jeunes femmes osent postuler aux formations que vous proposez ? 

Nous souhaitons atteindre la parité ce qui constitue un objectif ambitieux mais réalisable. Rien ne s’oppose à ce que les femmes puissent s’épanouir dans le monde industriel. En travaillant main dans la main avec des associations qui œuvrent pour l’insertion des jeunes femmes, nous espérons leur présenter des modèles pour les convaincre de nous rejoindre mais surtout pour lever les freins qui perdurent encore au sein de la structure familiale.

Pourquoi le choix de Stains ?

Nous avons visité plus de 40 sites avant de choisir Stains, et ce notamment en raison des transports en commun qui le desservent extrêmement bien. Peu importe qu’ils viennent de province ou de région parisienne, tous les jeunes doivent pouvoir se raccrocher au wagon. La mixité est synonyme d’enrichissement. Elle booste notre capacité à apprendre les uns des autres par-delà le genre, les classes sociales ou même l’ancrage territorial. 

Marianne Fougère

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