O.Appert (Ifri) : "L'approche catastrophiste nuit à la rationalité du débat"

Dubitatif quant à la capacité de l’ONU à déboucher sur des avancées concrètes en matière de lutte contre le réchauffement climatique, Olivier Appert, membre de l’Académie de technologies et conseiller au centre énergie de l’Ifri, regrette que, en se concentrant sur les peurs, le débat sur la sauvegarde du climat perde en crédibilité et en pertinence.

Dubitatif quant à la capacité de l’ONU à déboucher sur des avancées concrètes en matière de lutte contre le réchauffement climatique, Olivier Appert, membre de l’Académie de technologies et conseiller au centre énergie de l’Ifri, regrette que, en se concentrant sur les peurs, le débat sur la sauvegarde du climat perde en crédibilité et en pertinence.

Décideurs. Que faut-il penser du Sommet Action Climat qui se tenait fin septembre à New York ?

Olivier Appert. Je ne crois pas beaucoup en la capacité de ce type de grand-messe à faire bouger les choses. L’Europe s’y comporte comme si elle entendait donner des leçons au monde entier alors qu’elle ne représente que 6 % des émissions mondiales de CO2, et la France, 1 % seulement. L’important se passe ailleurs : en Chine, en Inde, aux États-Unis, en Russie… Or les pays qui comptent vraiment sont soit absents de l’événement, soit réfractaires à ses engagements. Quant à ­l’Europe, non seulement elle ne peut avoir qu’un impact marginal sur la situation climatique mais elle souffre d’un manque d’unanimité au sein de ses États membres. Comment pourrait-elle être crédible ?

Pour vous, que manque-t-il à ces débats pour leur donner plus de poids ?

De la rationalité. Le simple fait que Greta Thunberg ait décidé d’attaquer la France qui, pourtant, compte parmi les bons élèves, montre bien que sur ces questions l’irrationnel domine, ce qui est inévitable dès lors que tout le débat repose sur les peurs. Le Giec, sur ce plan, a un vrai rôle à jouer : il est composé de scientifiques, il énonce des faits… C’est cela dont on a besoin pour déboucher sur des pistes d’action sérieuses et concrètes. Pour l’heure, les menaces agitées sont telles qu’on se croirait à la veille du passage à l’an 1000… Pour moi, cette approche catastrophiste nuit à la rationalité du débat et donc à son efficacité.

À quel type de piste concrète pensez-vous ?

Au nucléaire, par exemple, qui représente un levier d’action à envisager pour lutter contre le réchauffement climatique mais dont personne ne parle parce qu’en France on a le nucléaire honteux. C’est pourtant un fait : il émet moins de CO2 que l’énergie solaire ou que l’éolien. Pourtant, des études ont révélé que près de 60 % des Français pensaient qu’il s’agissait d’une énergie polluante… Ce décalage entre perception de l’opinion et réalité des faits est révélateur des problèmes de communication qui entourent la question climatique.

Beaucoup d’entreprises ont annoncé des actions en faveur du climat. Peut-on y croire ou s’agit-il d’une forme de green-washing?

Je pense que cela relève un peu des deux à la fois. Toutes les entreprises savent qu’aujourd’hui elles ne peuvent plus faire l’impasse sur le sujet de la responsabilité environnementale, elles communiquent donc en ce sens. Pour autant, elles savent également qu’il leur faut prendre en compte les exigences de fonds qui privilégient les investissements responsables… Total, par exemple, investit significativement dans les énergies alternatives ; comme beaucoup, elle a compris que même si les COP ne débouchent pas sur grand-chose, elle a tout intérêt à préparer l’avenir.

"Ceux qui se disent déterminés à agir ne sont pas ceux qui peuvent avoir un réel impact"

Par avenir vous entendez l’ère post-énergies fossiles ?

Oui, même si, là encore, l’irrationalité domine : pour l’opinion, tout se joue demain, alors qu’en 2050 les énergies fossiles représenteront encore plus de 50 % de la consommation énergétique mondiale. Ce décalage entre l’urgence absolue décrite et le fait qu’il y a encore quelques années le Japon construisait chaque semaine une centrale à charbon qui sera encore en activité d’ici trente ans est saisissant. Encore une fois, il faut comprendre que ceux qui se disent déterminés à agir ne sont pas ceux qui sont en mesure d’avoir un réel impact sur la situation. La Chine a commencé à le faire mais uniquement parce que son niveau de pollution ne lui laissait pas le choix. Il ne faut pas oublier que niveau de croissance et niveau de consommation énergétique sont étroitement corrélés. Obtenir d’un pays en voie de développement qu’il réduise sa consommation énergétique revient donc à lui demander de renoncer à sa croissance… Difficile d’y croire.

Propos receuillis par Caroline Castets

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