« Nous souhaitons la création d’un crédit d’impôt formation » Jean Wemaëre (Fédération de la formation professionnelle)

À l’heure où la profession commence seulement à amortir les secousses produites par la réforme de 2014, Jean Wemaëre, président de la Fédération de la formation professionnelle (FFP), nous livre son éclairage sur les tendances et les enjeux du secteur.

À l’heure où la profession commence seulement à amortir les secousses produites par la réforme de 2014, Jean Wemaëre, président de la Fédération de la formation professionnelle (FFP), nous livre son éclairage sur les tendances et les enjeux du secteur.

Décideurs. L’écosystème de la formation n’a que le mot « digital » à la bouche. Quel regard portez-vous sur cette tendance?

Jean Wemaëre. Le digital est à la fois un objet et un outil de formation. Il en est un objet car, ainsi que tout le monde s’accorde à le dire, la révolution numérique modifie en profondeur les métiers. On sait aussi que de nombreux emplois vont disparaître ou être profondément modifiés et que les salariés seront contraints d’acquérir de nouvelles compétences. Par ailleurs, l’acte de formation lui-même est très impacté par le digital. L’accès à des contenus en ligne est utile car il permet d’individualiser complètement le parcours, d’avoir accès à une base de données, de partager sa réflexion avec d’autres et de valider ses hypothèses… À partir du moment où le participant questionne la base de données, son profil peut être modélisé grâce à l’utilisation d’algorithmes et de l’intelligence artificielle. Les apports du numérique sont donc très importants. Néanmoins, le dispositif réglementaire qui encadre notre métier reste lié à des schémas d’apprentissage anciens. C’est regrettable car cela freine le développement de la formation, qui est pourtant un enjeu national et prioritaire.

 

De ce point de vue, comment analysez-vous les évolutions du CPF et la création du CPA?

Le CPA n’a pas véritablement d’impact. Il est simplement la réunion du CPF, du compte pénibilité et du compte engagement citoyen… Quant à la mise en œuvre de la réforme, elle a mis au jour une problématique essentielle, celle de l’éligibilité des formations. Les modules éligibles au CPF sont dans leur quasi-majorité liés aux formations métiers et langues. Et encore, pour ces dernières, nous avons dû nous battre, quitte à nous exposer à certaines critiques… En tout état de cause, les formations qui sont aujourd’hui les plus demandées ont trait aux soft skills, qui, elles, n’entrent pas réellement dans le cadre du CPF. Cela s’explique en grande partie par le fait que le CPF est trop centré sur les besoins « métiers » des branches professionnelles. Il faut sortir de cette logique de branche. La FFP milite pour remettre l’individu au cœur du processus et lui permettre de choisir ce dont il a besoin.

 

Vous disiez que la formation professionnelle est un enjeu national et prioritaire…?

La France n’est pas une bonne élève en matière de formation en comparaison de ses voisins européens. Seuls 36 % des actifs bénéficient chaque année d’une action de formation, contre 56 % au Royaume-Uni et 53 % en Allemagne. Les grands groupes sont tout à fait conscients des enjeux. Les petites et moyennes entreprises en revanche, n’ayant plus d’obligation fiscale d’allouer une quote-part de leur masse salariale à la formation, reportent, dans leur grande majorité et dans un contexte économique tendu, cet investissement. En faisant cela, elles prennent le risque d’appauvrir leur capital humain.

 

Quelles mesures d’incitation la fédération préconise-t-elle?

Plusieurs. Nous avons établi un ensemble de préconisations dans notre livre blanc Libérer la formation rédigé avec Nicolas Bouzou. L’une des mesures phares est la création d’un crédit d’impôt. Il faut encourager les entreprises à développer la formation et la meilleure incitation possible est fiscale. Nous considérons également que pour faire vivre le CPF, il faut augmenter son financement en le fusionnant avec le CIF. Cela permettrait de doubler les fonds alloués. Par ailleurs, il faut aussi élargir les listes de formations éligibles.

 

Propos recueillis par Marie-Hélène Brissot

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