I. Ziani (Luxia) " Notre objectif est d’offrir une solution européenne."

Fort de son expérience de plus de quinze ans en tant que responsable marketing au sein de sociétés à dimension internationale, Ismaël Ziani a cofondé la regtech française Luxia en 2009. Il nous présente sa solution RegMind qui facilite la veille réglementaire au quotidien et nous fait part de ses ambitions.

© Shutterstock - Yurchanka Siarhei

Fort de son expérience de plus de quinze ans en tant que responsable marketing au sein de sociétés à dimension internationale, Ismaël Ziani a cofondé la regtech française Luxia en 2009. Il nous présente sa solution RegMind qui facilite la veille réglementaire au quotidien et nous fait part de ses ambitions.

Décideurs. Vous êtes cofondateur de Luxia. Comment vous est venue l’idée de créer votre regtech ?

Ismaël Ziani. J’étais directeur marketing dans une entreprise lorsque je me suis aperçu que le service juridique était dans l’incapacité de répondre rapidement aux questions. J’en ai discuté avec un enseignant-chercheur de l’École des mines et nous avons vu l’occasion de créer et innover dans le droit. C’est ainsi qu’est née la start-up Luxia en 2009, qui applique des techniques d’intelligence artificielle (IA) aux big data juridiques.

De quelle façon le moteur de recherche RegMind aide-t-il les entreprises dans leur mise en conformité ?

RegMind est un logiciel dans lequel on retrouve l’ensemble de la législation française et européenne s’appliquant aux entreprises. Les compliance officers doivent consulter jusqu’à une cinquantaine de sites pour mettre leur entreprise en conformité et notre logiciel vient faciliter cela. L’un de ses avantages est qu’il renvoie l’utilisateur à une sélection pertinente de documents à consulter à savoir la réglementation applicable, la doctrine officielle, la jurisprudence… Le deuxième avantage est qu’il permet aux utilisateurs de se tenir à jour grâce à une veille juridique : ils sont automatiquement alertés lorsqu’un texte est modifié. Cela a notamment été très utile pour la loi sur l’État d’urgence adoptée pendant le confinement, celle-ci évoluant à une vitesse inouïe. Nous avons également développé une solution permettant de visualiser tous les textes sur lesquels une loi a eu une incidence. Cela a été très intéressant notamment pour la loi Pacte qui a eu un impact dans de nombreux domaines pour les entreprises.

"Les grandes entreprises ont de plus en plus conscience de l’innovation qui se fait au sein des regtechs et des legaltechs."

Les entreprises ont-elles facilement adopté RegMind ?

Ce n’est pas évident pour les start-up de convaincre les grands comptes. Ces derniers reconnaissent la capacité d’innovation des legaltechs, mais se posent toujours la question de leur pérennité. Nous avons eu un parcours particulier grâce à la banque Natixis avec laquelle nous avons co-construit RegMind. Pendant deux ans nous avons fait beaucoup d’ateliers avec les services conformité juridique des principales banques françaises, ce qui nous a aidés à commercialiser notre logiciel et à le faire adopter. Par ailleurs, j’observe depuis deux ans un changement de mentalité des grandes entreprises : elles ont de plus en plus conscience de l’innovation qui se fait au sein des regtechs et des legaltechs et que la façon d’assurer la pérennité de ces start-up est de lever des fonds ou de leur accorder leur confiance en s’abonnant.

J’ai également observé une réelle évolution depuis la fin du confinement. Au début de la crise sanitaire, nous avons été moins sollicités, les grandes entreprises n’étant pas toujours structurées pour travailler à distance. Il a fallu cinq semaines pour s’organiser et depuis mi-mai nous faisons face à une forte demande : ces sociétés se sont engagées dans une vraie démarche de digitalisation.

En 2019, RegMind été citée comme l’une des meilleures regtechs en matière de veille réglementaire par KPMG dans son rapport sur les regtechs européennes. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Une grande fierté et une marque d’encouragement pour toute la recherche et le développement que nous avons faits avant de créer RegMind. Toutefois, je pense que la plus belle des reconnaissances reste la grande  sollicitation que nous recevons et le nombre croissant de demandes d’adhésion à notre logiciel. Notre ambition est d’être la référence en matière de veille réglementaire en Europe.

"Travailler avec les régulateurs serait très intéressant pour une meilleure diffusion et application de linformation."

Pensez-vous que l’écosystème des regtechs va se développer au point qu’elles deviendront indispensables aux entreprises ayant du mal à faire face à l’inflation réglementaire ?

Les regtechs ont commencé à se développer récemment : on n’en compte que 250 en Europe. Celles-ci étant portées sur l’innovation et la simplicité pour faire face à l’inflation réglementaire, de plus en plus d’entreprises adoptent leurs solutions. Je pense qu’il y aura une accélération de l’adoption de nouvelles réglementations et qu’elles se complexifieront. Nous entrevoyons déjà des sujets de divergence entre le Royaume-Uni et l’Europe en conséquence du Brexit.

Dans beaucoup de pays en Europe, les régulateurs travaillent avec les regtechs. En France ce n’est pas encore le cas, mais Luxia a engagé des discussions avec certains d’entre eux et nous sentons leur intérêt pour ces start-up afin de faire face à l’inflation réglementaire. Travailler avec les régulateurs serait très intéressant pour une meilleure diffusion et application de l’information.

Prévoyez-vous de vous développer à l’étranger ?

Nous travaillons actuellement sur une implantation au Royaume-Uni pour l’année 2021, mais nous avons d’autres pays en ligne de mire tels que le Luxembourg, la Belgique et l’Allemagne. Notre objectif depuis la création de Regmind est d’offrir une solution européenne. Nous avons une vision ambitieuse à long terme, mais nous utilisons la stratégie des « petits pas » pour y arriver.

L’IA devient incontournable. Quels sont selon vous les prochains grands défis dans le domaine de la réglementation ?

Le traitement de l’information reste le premier challenge. La grande complexité est de traiter une information qui est sous format PDF ou issue d’un powerpoint qu’il faut structurer avant de pouvoir construire des logiciels complexes. Nous travaillons depuis des années pour modéliser les informations et c’est grâce à cela que nous créons de la valeur. La structuration de la donnée est l’un des enjeux principaux de l’IA. Par ailleurs, nos clients nous indiquent qu’il serait bien de pouvoir automatiser la mise à jour des procédures de conformité. Nous espérons que nous finirons par l’obtenir, mais il faudra du temps puisque l’état de l’Art de l’IA ne permet pas de le faire aujourd’hui.

Que pensez-vous de cette automatisation future ?

Je ne pense pas que le logiciel fera tout. Il est là pour aider les utilisateurs à traiter les tâches rébarbatives et à gagner du temps. Faire le tour de dizaines de sites pour être au fait des textes qui ont évolué est très chronophage et la valeur ajoutée de cette tâche n’est pas avantageuse. De plus, nous voyons que la majorité des procédures de conformité des établissements ne sont pas à jour du fait de l’impossibilité pour les compliance officers d’accéder facilement à toute la réglementation. Les solutions futures seraient donc là pour aider les utilisateurs qui ont des centaines voire des milliers de procédures à appliquer et non pas pour les remplacer : ils gagneront du temps et leur risque juridique sera réduit. Il faudra attendre encore longtemps pour que les regtechs puissent rédiger les procédures à leur place et, quoi qu’il en soit, il y aura toujours une phase de contrôle humain.

Propos recueillis par Clémentine Locastro

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