Non, non et non : nouveau rejet de l’accord de Brexit

Le Parlement britannique a refusé, pour la troisième fois, de valider l’accord de sortie de l’UE négocié par Theresa May. Plongeant le Royaume-Uni dans une crise politique et parlementaire sans précédent et faisant craindre un Brexit no deal le 12 avril.

© Banksy

Le Parlement britannique a refusé, pour la troisième fois, de valider l’accord de sortie de l’UE négocié par Theresa May. Plongeant le Royaume-Uni dans une crise politique et parlementaire sans précédent et faisant craindre un Brexit no deal le 12 avril.

Trois présentations devant le Parlement britannique. Trois rejets. L’accord de sortie de l’Union européenne négocié par la première ministre a de nouveau échoué à convaincre une majorité de députés. Le texte, soumis en janvier dernier puis en mars, avait été rejeté par une large majorité avec respectivement 230 voix puis 149 voix d'écart. Cette fois, le « non » ne l’a emporté que de 58 voix (344 voix contre 286), preuve que la stratégie de Theresa May a partiellement porté ses fruits.

Inutiles concessions

Pour tenter d’éviter un ter repetita à son accord, Theresa May avait pourtant abattu plusieurs cartes. Mercredi 27 mars, elle avait promis de démissionner en cas de vote favorable. Elle avait aussi remanié le texte de l’accord en le scindant en deux. Seul le traité fixant les conditions de sortie de l’UE a été soumis ce vendredi au Parlement, alors que le vote de la déclaration politique l’accompagnant, établissant certains principes destinés à guider les relations futures entre le Royaume-Uni et l’UE, était prévu pour plus tard.

La scission avait permis de lever le veto du speaker de la Chambre des Communes, John Bercow. La semaine dernière, il avait prévenu que le Parlement ne pourrait réexaminer un texte inchangé au cours d’une même session parlementaire.

Les concessions de Theresa May lui ont aussi gagné des soutiens au sein de l’opposition dans son propre parti. Boris Johnson, Brexiter convaincu et jusqu’à présent farouche détracteur du texte négocié par la première ministre, annonçait dans la matinée son ralliement. Il s’est justifié en expliquant que malgré ses défauts, cet accord était le seul qui permettait de sauver le Brexit. Un changement de stratégie qui a aussi été celui de Dominic Raab, député conservateur et ancien secrétaire d'État au Brexit. Opposé à l’accord de Theresa May, il avait démissionné de son poste en novembre 2018.

Ces revirements n’ont pas été suffisants, de même que les dernières déclarations de Theresa May. Juste avant le vote, elle en avait appelé aux députés les incitant à mettre de côté leur égo et les divisions partisanes.

Et maintenant ?

L’accord de Brexit une nouvelle fois écarté, le Royaume-Uni se trouve de nouveau dans le flou… et dans l’urgence. Les Européens avaient accepté de reporter la date de sortie au 22 mai en cas de vote favorable à l’accord de Theresa May. Mais au 12 avril en cas de rejet. Sans solution, le Royaume-Uni doit désormais sortir de l’UE en situation de « no deal » à cette date.

Immédiatement après le vote, Theresa May a plaidé pour un Brexit « ordonné », évoqué un quatrième vote de son accord ainsi qu’un nouveau report – de longue durée – de la date de sortie de l’UE. Quant à sa démission, elle est manifestement rendue caduque par le résultat du dernier vote des parlementaires.

La première ministre a aussi pointé du doigt l’impasse parlementaire dans un discours très dur : « Je crains que nous ayons atteint les limites de ce processus parlementaire. Cette Chambre a rejeté le no deal. Elle a rejeté l’annulation du Brexit. Mercredi, elle a rejeté toutes les variantes de l'accord sur la table. Et aujourd'hui, elle a refusé d'approuver le seul accord de retrait existant et de poursuivre le processus ».

Cette déclaration a immédiatement inquiété les marchés financiers qui craignent les conséquences économiques et financières d’un no deal. La livre sterling a plongé, passant de 1,314 $ à 1,30 $ face au dollar.

Du côté de l’UE, le scénario d’une sortie sans accord le 12 avril est de plus en plus privilégié. Donald Tusk, le président du Conseil européen, a annoncé avoir demandé l’organisation d’un sommet exceptionnel le 10 avril.

Cécile Chevré

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