Nicolas Hazard (Inco) : "Je rêve que l’ESS ne soit plus un secteur"

Nicolas Hazard (Inco)  : "Je rêve que l’ESS ne soit plus un secteur"

Fondateur du groupe Inco, conseiller spécial de la Commission européenne pour l’économie sociale et solidaire, Nicolas Hazard croit dur comme fer dans l’envie profonde de changement des citoyens et l’effet accélérateur de la crise. Une vision positive et inspirante.

Décideurs. Vous promouvez depuis longtemps une forme de capitalisme responsable. Comment cette notion survit-elle à la crise ?

Nicolas Hazard. La crise a fait prendre conscience aux citoyens que nous sommes allés trop loin dans la mondialisation et que le capitalisme financiarisé s’est fait au prix, très cher, d’une dégradation environnementale certaine et d’inégalités. Aujourd’hui ils ont envie d’aller vers un capitalisme nouvelle génération qui réinvente en profondeur le modèle. Évidemment, quand surviennent les difficultés économiques, un réflexe de « realpolitik » revient. On se tourne vers des solutions anciennes, car c’est ce qu’on connaît le mieux. On le constate avec le plan de relance gouvernemental : il n’y a pas, dans ce plan, d’investissement dans le futur, dans la nouvelle économie. C’est une vision court-termiste. Mais je reste très optimiste. La nécessité du changement s’est ancrée chez les consommateurs, les épargnants, les citoyens.

Vous êtes une figure de l’économie sociale et solidaire à l’échelle européenne. De quoi rêvez-vous pour ce secteur ?

Je rêve que ce ne soit plus un secteur ! Et que toute l’économie soit empreinte de cette façon de produire, de consommer. Il est absurde de parler d’économie sociale : toute économie est sociale. J’attends de toutes les entreprises qu’elles développent des pratiques inclusives : des emplois de qualité, un recrutement diversifié, des réponses aux enjeux en matière d’alimentation ; moins de concentration dans les métropoles…

Votre dernier ouvrage « Le bonheur est dans le village » appelle à relocaliser l’économie. Sur ce sujet la France, et sa culture de la centralisation, n’est pas très en avance…

Effectivement, elle est assez nulle ! Elle se maintient dans une vision très jacobine, très centralisée. L’investissement s’est porté sur cinq-six grandes métropoles. Toute la richesse et les emplois y sont encore concentrés et on préfère faire croître des banlieues de plus en plus fortes que d’investir dans les territoires, qui ont pourtant un potentiel énorme. Un exemple ? Trois présidents de la République d’affilée ont juré qu’il n’y aurait plus de zones blanches. Mais à l’heure où l’on parle de la 5G, beaucoup de Français n’ont toujours pas accès à la 4G. Qui a envie d’aller s’installer dans un endroit où il n’y a pas de connexion internet…

"La vie en ville n'est pas souhaitée, elle est subie"

Pourtant, la vie en ville n’est pas souhaitée, elle est subie. 80 % des Franciliens affirment qu’ils quitteraient la région s’ils le pouvaient. Et partout dans les territoires on croise des personnes qui réussissent. C’est l’objet de mon livre : il suit trente personnes qui, malgré des situations parfois difficiles, arrivent à repenser la vie dans des zones loin des métropoles. Je sais que c’est possible, je sais que ça marche. Et il ne s’agit pas que de gens incroyablement intelligents ou hors norme, mais de gens qui l’ont fait. C’est réplicable.

Le développement du télétravail n’est-il pas de nature à favoriser ce mouvement ?

Oui, je le pense. Jusqu’à présent, les salariés suivaient les sièges des grands groupes. Il le fallait s’ils voulaient faire carrière. La crise a démontré que l’on pouvait faire autrement et qu’il existe une grande marge de manœuvre, notamment pour tout le secteur du tertiaire. Aujourd’hui, ce sont les entreprises qui vont devoir suivre les talents et s’adapter.

Propos recueillis par Marie-Hélène Brissot

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