N. Tiourtite : "Cmarue est entré en phase de déploiement"

Lancée en 2017, la solution de concertation appliquée à la question du commerce Cmarue a fait ses preuves dans le 19e arrondissement de Paris. Présente sur l’édition 2019 du salon RENT, Nadia Tiourtite, fondatrice de la start-up, nous présente son concept et dévoile sa stratégie de développement.
Nadia Tiourtite, fondatrice de Cmarue (©D.R.)

Lancée en 2017, la solution de concertation appliquée à la question du commerce Cmarue a fait ses preuves dans le 19e arrondissement de Paris. Présente sur l’édition 2019 du salon RENT, Nadia Tiourtite, fondatrice de la start-up, nous présente son concept et dévoile sa stratégie de développement.


Décideurs. Quel est le concept de Cmarue ? 

Nadia Tiourtite. Cmarue est une solution de concertation appliquée à la question du commerce. Elle permet aux habitants d’exprimer des besoins sur les commerces situés à proximité de leur logement. Pour ce faire, nous intégrons les adresses des cellules commerciales vides détenues par des bailleurs et/ou des aménageurs. Le processus est qualifié car nous intégrons des données publiques disponibles, des datas socio-économiques, des informations fiscales… Résultat : les besoins exprimés ne sont pas de simples vœux pieux et les porteurs de projets qui y répondent peuvent s’installer durablement. C’est une véritable disruption car les promoteurs immobiliers et les bailleurs choisissent souvent les locataires dans les emplacements non-prime en fonction des flux, de leurs carnets d’adresse d’enseignes et/ou de demandes des élus. Cette non prise en compte de la demande conduit à des échecs commerciaux et empêche l’émergence des nouveaux concepts en phase avec les attentes des habitants. Notre solution inverse la logique et apporte un élément de réponse pertinent à la crise traversée par le commerce de centre-ville.

Comment avez-vous décliné concrètement cette solution ?

Nous avons été intégrés par la Semaest dans le CoSto, laboratoire digital qui permet aux petits commerces de tester des solutions digitales. Nous avons ainsi pu réaliser notre proof of concept à partir de 2017 dans le 19e arrondissement de Paris. Nous avons intégré une quarantaine de cellules commerciales vacantes en lien avec la Semaest et le GIE Paris Commerces. Nous avons recueilli les contributions de 2 000 habitants et les avons croisées avec de l’open data. Ces informations ont été remises aux propriétaires et à l’aménageur. Ce dernier a préempté un commerce dans le cadre du plan « Paris Commerce » et nous a demandé de poursuivre notre démarche. Nous avons donc adressé le mandat habitants à différents commerçants proposant des concepts alimentaires bio, en phase avec le principal besoin exprimé dans la zone. Le projet retenu a ouvert ses portes cette semaine sur 352 m² au 66 rue du Pré Saint-Gervais dans le 19e arrondissement. Nous sommes maintenant entrés en phase de déploiement.

Quelle est votre stratégie de développement ?

Nous avons commencé à travailler avec des promoteurs immobiliers. Nous collaborons notamment avec Pitch Promotion sur le projet High Garden qui a été désigné lauréat à Rueil-Malmaison dans le cadre de l’appel à projets urbains innovants Inventons la Métropole du Grand Paris 2. Nous attendons désormais l’entrée en phase opérationnelle pour intervenir sur la revitalisation du centre-ville. Nous travaillons également avec des cabinets d’urbanisme pour enrichir les projets. Nous sommes notamment intervenus comme AMO aux côtés du cabinet Ibiza à Bagneux. Nous travaillons également avec l’établissement public national d'aménagement et de restructuration des espaces commerciaux et artisanaux (Epareca) dans le cadre d’une étude de données avant concertation à Arras en nous appuyant sur les données publiques et les social datas. Côté utilisateur, nous travaillons surtout avec des petits commerçants et fournisseurs de services qui apportent de la diversité au tissu commercial dans les zones non prime. Concernant les collectivités, nous allons concentrer nos efforts dans un premier temps sur les 222 villes du programme Action Cœur de Ville.

Quels sont vos rapports avec les commercialisateurs ?

Nous ne pouvons pas apporter une solution pertinente seule. En parallèle du corwdsouring et de l’utilisation de l’open data, nous travaillons avec les commercialisateurs pour intégrer des éléments comme les niveaux de loyers ou la structure des baux dans nos analyses afin de garantir une implantation durable aux porteurs de projets. De nombreux agents immobiliers l’ont bien compris et sont venus nous voir spontanément lors du salon Rent 2019. Mais il reste encore de la pédagogie à faire auprès des propriétaires et investisseurs qui raisonnent seulement en termes financiers pour la gestion de leurs commerces.

Comment avez-vous structuré Cmarue ?

Cmarue emploie six collaborateurs, dont des développeurs et des experts en open data. Cette particularité nous a permis d’être reconnu comme un cas d’usage open data pour les collectivités et de nous associer à Datactivist. Nous avons également intégré Impulse Partners dans la section smart city et avons remporté le concours des Interconnectés, réseau de territoires innovants, en Île-de-France. Notre concept ayant fait ses preuves, nous recherchons de nouveaux clients pour accélérer notre développement et envisageons de faire une première levée de fonds.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

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