N. Hachemi (Kaufman & Broad) : "Je milite pour une réduction par 2 des délais administratifs en urbanisme pendant 12 à 18 mois"

Nordine Hachemi, PDG de Kaufman & Broad, affronte la crise actuelle avec sérénité. Il explique à Décideurs pourquoi et dévoile ses propositions pour accélérer la future reprise.
Nordine Hachemi (©D.R.)

Nordine Hachemi, PDG de Kaufman & Broad, affronte la crise actuelle avec sérénité. Il explique à Décideurs pourquoi et dévoile ses propositions pour accélérer la future reprise.

Décideurs. La solidarité est le leitmotiv des professionnels de la fabrique de la ville depuis le début du confinement. Comment cela se matérialise-t-il chez Kaufman & Broad ? 

Nordine Hachemi. Nous étudions les chantiers que nous pourrions relancer en respectant les recommandations sanitaires mais la majorité sont à l’arrêt pour l’instant. Nous avons donc eu recours au chômage partiel quand cela était nécessaire tout en nous engageant à maintenir les salaires. L’essentiel de nos collaborateurs est en télétravail. Ce qui nous permet d’aborder la période actuelle avec plus de sérénité c’est que nous sommes un des rares promoteurs français à ne pas avoir de dette et nous disposons aujourd’hui d’une capacité financière de 400 M€. Pour nos collaborateurs, c’est très rassurant et pour nos prestataires aussi. Cela nous permet d’accélérer les délais de paiement sur les chantiers qui ont continué mais aussi de pouvoir réfléchir à des solutions pour accompagner nos partenaires financièrement quand cela est possible. Enfin, nous aidons des associations et des fondations mais nous préférons ne pas communiquer sur ces actions par décence. 

Quel regard portez-vous sur l’action du gouvernement dans cette situation de crise sanitaire ? 

Le gouvernement fait preuve de sincérité dans une situation exceptionnelle et imprévisible. Certains sujets nécessitent toutefois des corrections. J’ai rapidement alerté les pouvoirs publics sur les effets négatifs en droit de l’urbanisme de l’ordonnance prévoyant la prorogation des délais échus pendant la période d’urgence sanitaire. S’ajoutant à la baisse des obtentions de permis de construire ces derniers mois liée aux élections municipales, elle figerait la reprise jusqu’en 2021. Le secteur de la construction sera pourtant en première ligne pour relancer l’activité car il crée de nombreux emplois directs, indirects et induits.  

Que proposez-vous pour résoudre ce problème ? 

Je milite pour la publication d’une ordonnance qui réduirait par deux les délais administratifs en urbanisme pendant 12 à 18 mois. Cela permettrait d’accélérer la reprise dans le secteur de la construction.

Dans quelle mesure cette crise sanitaire pourrait faire évoluer à moyen terme votre stratégie et les grands principes de fonctionnement de votre secteur ?

Je pense que notre stratégie devrait faire ses preuves dans cette période de crise. Nous ne sommes pas dans une course au volume mais plutôt à la recherche de la performance économique : nous proposons le bon produit, au bon endroit et au bon prix. Nous n’avons ainsi aucun stock et un faible besoin en fonds de roulement. C’est ce qui permet à Kaufman & Broad d’être en dette nette négative et d’affronter cette situation avec sérénité. Nous ne changerons pas cette stratégie et poursuivrons les développements annoncés, à savoir dans notre activité d’aménageur en mettant l’accent sur les friches industrielles et sur le métier de constructeur-investisseur-exploitant de résidences étudiantes.

Concernant le secteur de la promotion en général, j’espère que la raison reviendra sur les prix du foncier. Nous sommes arrivés à des niveaux ubuesques. Kaufman & Broad a d’ailleurs refusé de rentrer dans cette spirale inflationniste. La dissociation du bâti et du foncier peut constituer une réponse dans les zones très tendues mais cela restera marginal. Je crois surtout au retour des investisseurs institutionnels dans le résidentiel locatif. Cela permettrait de répondre efficacement à la demande et de développer une offre de qualité. L’appel à projet de CDC Habitat pour la production de 40 000 logements et l’acquisition par in’li de 10 000 logements d’ici la fin de l’année vont dans le bon sens. Mais pour généraliser le retour des investisseurs de long terme sur le marché, les contraintes réglementaires qui constituent une barrière à l’entrée doivent être levées.

Propos recueillis par François Perrigault (@fperrigault)

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Des aménageurs aux utilisateurs en passant par les investisseurs, les financeurs, les conseils immobiliers et juridiques, les associations ou encore les start-up, toutes les strates de la chaîne de valeur de la fabrique de la ville sont impactées par la crise sanitaire et ses incidences économiques. Décideurs donne la parole aux acteurs de cette industrie pour recueillir leurs analyses et leurs propositions.
Sommaire C. Murciani (Acofi Gestion) : "Notre solidarité s’exprime notamment envers nos emprunteurs" L. Camilli (Clearwater International) : "Les fonds de garantie thématiques constituent une solution intéressante" C. Lamaud : "Les investisseurs comme Anaxago doivent être présents dans les bons et les mauvais moments" C. Journo-Baur (Wishibam) : "Notre solution est d’utilité publique dans cette situation de crise sanitaire" B. Heurteux (HBS-Research) : "Des associations entre start-up devront être réalisées" C. Rayssac : "Bazimo a lancé des nouveaux projets de développement pendant le confinement" A. Emery : "La RICS va poursuivre ce qui a été initié depuis un an en France" B. Fremaux (Idex) : "La crise nous a touché de manière assez disparate" C. van Appelghem (Atlante Gestion) : "Le capital investissement devra porter un regard différent sur des actions de société" B. Marzloff (Chronos) : "La pandémie a été un laboratoire formidable pour la réforme de la ville"
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