Municipales : À Paris les insoumis jouent en seconde division

En 2017, lors du premier tour des élections présidentielles, Jean-Luc Mélenchon est le premier candidat de gauche dans la Ville Lumière. Trois ans plus tard, les sondages les plus récents ne donnent que 6% à la liste insoumise.

En 2017, lors du premier tour des élections présidentielles, Jean-Luc Mélenchon est le premier candidat de gauche dans la Ville Lumière. Trois ans plus tard, les sondages les plus récents ne donnent que 6% à la liste insoumise.

Pour défier Anne Hidalgo, Agnès Buzyn ou encore Rachida Dati, La France insoumise a investi très tôt et sans débat Danielle Simonnet. Formée au PS, cette mélenchoniste historique adhère au parti de gauche dès sa création. Très vite, cette férue de stand-up (elle n’hésite pas à mêler spectacle et politique), s’impose comme la figure incontournable de son mouvement dans la capitale.

D’insoumise à citoyenne

Pourtant, à l’heure où les étiquettes partisanes semblent démonétisées, notamment lors des élections locales, la candidate, se présente aux municipales parisiennes sur une liste baptisée « Décidons Paris ». À ses côtés, de nombreuses personnalités issues de la société civile, notamment l’ancien footballeur international Vikash Dhorasso, candidat à la mairie du XVIIIème arrondissement.

À l’inverse de LFI, mouvement pyramidal, hiérarchisé et professionnalisé, Danielle Simonnet a bâti ses listes sur la base de « candidatures populaires ». Des « assemblées constituantes » ont même été créées pour que les décisions soient prises par les habitants de Paris. Elle prétend donc redonner le pouvoir aux parisiens en les responsabilisant. Une démarche qui débouche sur un discours très « gauche universitaire » : la charte est rédigée en écriture inclusive, l’organisation promet une parité parfaite dans les têtes de liste et souhaite une ville féministe, anti-raciste et écologique.

Danielle Simonnet ne met pas en avant l'étiquette LFI. Cela suffira-t-il à convaincre les électeurs décus par Jean-Luc Mélenchon ? Pas certain...

Ecolo… comme tout le monde !

Mais, pour le moment, son projet porte surtout sur la forme plutôt que sur le fond. Sur le site de l’organisation, il n’y a pas de programme clair. Des « groupes thématiques » ont été créés mais certains d’entre eux sont vides de propositions. Rien de bien dramatique en soi. À un mois du premier tour, nombreuses sont les listes à ne pas avoir présenté l’intégralité de leur projet.

Une des seules parties du programme plutôt bien remplie est celle consacrée à « l’écologie et l’environnement », avec des propositions assez classiques en somme : gratuité des transports en commun, plan de végétalisation des toits…

Rien de plus logique puisque l’environnement s’est imposé comme un thème central de l’élection municipale à Paris. Pas un hasard si, lors des élections européennes EELV a atteint 19,9% des voix dans la capitale. Pourtant, les électeurs ne semblent pas plébisciter Danielle Simonnet pour autant… Pour le moment, elle n’a jamais dépassé les 6% d’intentions de vote. Loin derrière les écolos menés par David Belliard ou encore Cédric Villani qui se projette comme le « premier maire écolo de Paris »

Un parti qui prend l’eau

Malgré ses efforts et sa pugnacité, Danielle Simonnet ne peut pas grand-chose pour redresser l’image de son parti d’origine (LFI) qui s’est effondrée. D’une certaine manière, elle paie la stratégie d’un mouvement dont elle est par ailleurs partie prenante.

Depuis deux ans, la France Insoumise a subi plusieurs chocs qui ont entamé sa crédibilité. Citons notamment les enquêtes concernant les occupations présumées de logements sociaux du couple formé par Alexis Cobière et Raquel Garrido. Cette affaire a entaché leur réputation et celle du parti tout entier : comment à la fois défendre les plus démunis et occuper un logement social alors que l’on bénéficie de revenus élevés ?

La seconde affaire qui a coulé le parti plus récemment est celle des perquisitions menées par la police dans le cadre d’une enquête concernant le financement de la campagne présidentielle de 2017. Bien plus que l’enquête en elle-même, c’est le comportement de Jean Luc Mélenchon lors de la perquisition qui a choqué et a fortement contribué à faire baisser sa popularité. Sa petite phrase « la République c’est moi » et son agressivité vis-à-vis des forces de l’ordre a porté atteinte au mouvement. Les propos complotistes et frôlant l’antisémitisme après la débâcle du travailliste Jeremy Corbyn ou encore la participation d’élus insoumis à une marche contre l’islamophobie organisée par des associations communautaristes ont éloigné bon nombre d’électeurs. Et ce ne sont pas des toits fleuris qui les feront retourner au bercail…

Clarisse Guibert

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