Maires écolos : où en sont-ils ?

Avec une vingtaine de villes remportées et plus de 2 millions d’administrés, les Verts peuvent désormais mettre en œuvre leurs idées. Disséquer les programmes politiques de nouveaux édiles EELV permet de constater des axes de réflexion communs, du verdissement des villes à leur piétonisation. Décodage.

Avec une vingtaine de villes remportées et plus de 2 millions d’administrés, les Verts peuvent désormais mettre en œuvre leurs idées. Disséquer les programmes politiques de nouveaux édiles EELV permet de constater des axes de réflexion communs, du verdissement des villes à leur piétonisation. Décodage.

Il sera peut-être écrit dans les livres d’histoire de 2040 qu’Éric Piolle, maire de Grenoble, était le précurseur en matière de stratégie urbaine verte : mise en place, dès 2017, d’"autoroutes à vélos" quadrillant la ville du Nord  ou encore création de la plus grande zone de faibles émissions de France dans le centre-ville de la capitale des Alpes. La vitesse y est limitée à 30 km/h, les poids-lourds interdits, et le diesel y est en sursis, attendant son interdiction dans la zone avant 2025. Pionnier dans l’application à l’échelle urbaine d’une stratégie écologique, celuit qui se rêve candidat à la présidentielle de 2022 n'est plus isolé.

Piétonnisation et transports : l’humain au centre de l’espace

La stratégie urbaine de Grégory Doucet pour Lyon se base sur un constat alarmant. "Lyon est l'une des grandes villes européennes qui se réchauffe le plus. En 2050, selon les hypothèses les plus optimistes, Lyon aura le climat du Sud-Est de l'Australie." Pour faire face, le nouveau maire souhaite restreindre de façon significative l’utilisation de l’automobile, au profit de la mobilité active et des transports en commun. "À l'horizon 2030, je souhaite que la voiture n'accapare plus qu'une partie minoritaire de nos espaces publics", explique-t-il. Ainsi, la piétonnisation de Lyon, en particulier des abords des écoles devient un vrai sujet de réflexion dans la lutte contre l’omniprésence de l’automobile. Au sein de cette ville, la stratégie urbaine ambitionne de "grands chantiers", dans toute la métropole comme la remise à l’honneur des rues commerçantes, la rénovation thermique des bâtiments et les lourds investissements dans le réseau de transport lyonnais TCL avec un "plan d’investissement de 3 milliards d’euros". Parallèlement à cela, la création d’un "réseau express vélo" participerait à la décongestion des transports, tout en reliant les différentes communes et le centre-ville, tandis que la mise en place de quartiers piétons dans tous les arrondissements de la capitale des Gaules est en cours d’étude.

Cependant, Grégory Doucet n’est pas le seul à voir grand. En effet, la maire de Strasbourg va encore plus loin dans la promotion des transports en commun, en instaurant leur gratuité pour les moins de 18 ans ou les moins de 25 ans sans ressources. La voiture perd du terrain dans la ville de Jeanne Barseghian, avec l’élargissement de certains trottoirs pour mettre les piétons au centre de l’espace et la réalisation d’itinéraires cyclables sur les axes principaux.

La gratuité des transports en commun pour le plus grand nombre est une constante des mairies gérées par EELV

Des Initiatives similaires trouvent écho dans d’autres bastions écologiques : transports en commun gratuits pour les moins de 11 ans à Tours, où tous les samedis à Besançon, et pour les plus faibles revenus à Lyon. Par ailleurs, des "Plans transports" fleurissent un peu partout en France, comme à Besançon où la mairie projette de dépenser deux millions d’euros chaque année, à partir de 2020, pour le financement de pistes cyclables, ou à Bordeaux avec son "plan d'urgence vélo métropolitain" de 350 millions d’euros. N’étant au pouvoir que depuis quelques mois, certains projets de maires écologistes reçoivent déjà un accueil mitigé. L’initiative de Grégory Doucet, "La voie est libre", a par exemple déclenché de nombreuses réactions négatives, les Lyonnais pointant du doigt le report de la pollution et des encombrements routiers à d’autres endroits de la ville. Le même reproche est fait à Éric Piolle, les maires écologistes étant accusés de déplacer la pollution plus qu’ils ne la suppriment.

Des maires verts à la main verte

Une partie des élus membres de la mouvance verte tente de trouver des solutions face aux réchauffement des villes induit par le changement climatique. La multiplication et l’agrandissement des espaces verts, communs à tous les programmes, contribue à la création d’îlots de fraicheur, pensés pour contrer les effets néfastes des îlots de chaleur urbains, véritables fournaises lors des épisodes caniculaires. De manière générale, il s'agit de "déminéraliser" les agglomérations. Ainsi, Gregory Doucet projette de verdir le quartier de la Part-Dieu, et d’interrompre le projet de création d’une Skyline lyonnaise, déjà entamé alors que les tours Silex et To-Lyon sortent du sol.

Les élus verts sont accusés de déplacer la pollution au lieu de la diminuer

La végétalisation partielle de certains espaces lancée par les maires de Strasbourg et de Bordeaux "pourra[it] ainsi baisser la température moyenne de 5 °C", selon Pierre Hurmic, successeur d'Alain Juppé. Ces deux dirigeants ont, en plus de la précédente mesure, déclaré l’état d’urgence climatique pour accélérer les processus de végétalisation de l’espace urbain. Néanmoins, comme pour toute mesure, ce sont les chiffres qui importent, les grandes promesses restant avant tout des mots, sans réelle valeur.

C’est pourquoi les engagements d’Emmanuel Denis, qui compte planter 30 000 arbres à Tours durant la durée de son mandat, de Léonore Moncond'huy ayant fixé l’objectif de 200 000 arbres et arbustes sur toute l’intercommunalité de Poitiers, ou de la métropole de Lyon et de ses projets de "Forêts urbaines de 3 à 5 hectares" attestent du sérieux des programmes de verdissement.

Le maire de Bordeaux a annoncé qu'il n'autorisera la construction d'aucun bâtiment sur sol naturel

Directement lié à la végétalisation des villes, l’enrayement du processus d’artificialisation des sols fait également partie des préoccupations majeures des élus verts. Pour lutter contre ce phénomène, Pierre Humric, maire de Bordeaux, a prononcé le gel de plusieurs projets immobiliers et a prévenu qu’il n’autoriserait la construction d’aucun bâtiment sur sol naturel, tandis que la métropole de Lyon abandonne son projet de rocade routière. Limiter l’étalement urbain contraint les municipalités à une meilleure gestion de l’espace disponible. De fait, la majorité des nouveaux maires est également partisane d’une réallocation plus efficace et systématique des logements vacants. Il est prévu de les attribuer aux plus démunis, pour éviter la construction de nouveaux logements.

Énergies renouvelables et 5G, la ligne de front

Enjeu considérable des stratégies urbaines, la gestion de l’énergie fait partie intégrante de tous les programmes politiques. Les rênes en main, l’agglomération strasbourgeoise se fixe l’objectif ambitieux de dépendre uniquement d’énergies renouvelables (EnR) d’ici 2050, tout en réduisant de moitié de la consommation d’énergie des services municipaux sur dix ans. Besançon envisage de rejoindre le réseau des Territoires à énergie positive (Tepos), créé en 2011, par le CLER - Réseau pour la transition énergétique. Il "rassemble des territoires souhaitant aborder la question de l’énergie dans une approche globale de développement local". Les efforts de la ville de Besançon au sein du Tepos porteront donc majoritairement sur la réduction de la consommation énergétique et le développement des EnR. À Poitiers, il est même question de créer un patrimoine municipal et intercommunal à énergie positive, autrement dit, de faire en sorte que les bâtiments de la ville produisent plus d’énergie qu’ils n’en consomment.

Une soixantaine d'élus écologistes et de gauche ont demandé à la mi-septembre un moratoire sur la 5G

Un autre point non négligeable des stratégies urbaines écologistes réside dans le refus d’implanter un réseau 5G dans les agglomérations. Une soixantaine d’élus écologistes et de gauche dont Pierre Hurmic et Éric Piolle ont demandé à la mi-septembre un moratoire sur la 5G et l’ouverture d’un débat national sur le sujet. Ils proposent d’en rester à la génération précédente qui n’est toujours pas présente partout sur le territoire français, une prise de position contestée, car jugée "anti-progrès" par leurs opposants. Ardemment flagellés après à peine quelques mois aux commandes, le nouveau cru de maires écologistes devra s’accrocher et redoubler de détermination s’il veut être témoin de la genèse de "villes 100 % marchables et 100 % cyclables".

Thomas Gutperle 

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