Mixité dans la fintech, on recommence tout ?

Les femmes ne représenteraient dans la fintech française qu’un tiers des effectifs recensés selon une étude réalisée par France FinTech, Arkéa et Roland Berger. Un constat préoccupant pour un secteur en pleine structuration.

Les femmes ne représenteraient dans la fintech française qu’un tiers des effectifs recensés selon une étude réalisée par France FinTech, Arkéa et Roland Berger. Un constat préoccupant pour un secteur en pleine structuration.

La fintech se voulait disruptive en bousculant les codes de la finance. Sur le papier, l’opération est une réussite. Le succès des néo-banques ou encore du crowdfunding en témoignent. Les nombreuses start-up, issues de cet écosystème, ont indéniablement révolutionné le secteur financier. Industrie montante de la dernière décennie, on attendait de la fintech qu’elle soit en accord avec les préoccupations de son époque, notamment en matière de mixité. Et ce d’autant plus que le secteur a donné naissance à des métiers nouveaux comme les CDO (chief digital officer) ou les CTO (chief transformation officer) qui ne disposent donc d’aucun passif et auraient dû permettre aux deux sexes de commencer sur un pied d’égalité. Pourtant, une étude menée conjointement par France FinTech, Arkéa et Roland Berger montre que les femmes sont sous représentées dans la fintech. Ainsi, en France en 2019, elles ne représentent que 33 % des effectifs totaux du secteur. L’écart est encore plus préoccupant aux postes de direction occupés à 78 % par des hommes. 

Les reliquats de la finance en héritage

En nette progression en termes de mixité, le secteur bancaire est parvenu depuis quelques années à la parité en matière de recrutement et de promotion interne. Cette évolution devrait se répercuter dans les effectifs de la fintech qui recrute principalement dans ce secteur. Malgré tout, plusieurs écueils structurels et psychologiques qui ralentissent l’émergence de nouveaux talents féminins. Parmi ces barrières, la faible féminisation des filières scientifiques où les femmes ne représentent que 27 % des effectifs étudiants du secondaire. Cette répartition inégale s’expliquerait aujourd’hui par des stéréotypes encore bien ancrés dans leur tête. Ce phénomène se poursuit au-delà du parcours académique, car de nombreuses femmes compétentes finissent par s’autocensurer ou se sentent obligées d’en faire plus pour se sentir légitimes à leur poste. La fintech hérite ici des constructions mentales, désormais révolues, présentes dans la finance il y a 20 ans.

Acteurs essentiels de l’écosystème des fintech, les fonds d’investissement souffrent du même mal notamment en termes d’effectif et de programmes d’investissement. Ainsi, parmi les dix fonds d’investissement de venture qui ont le plus investi dans les fintech en France, moins d’un(e) partner sur dix est une femme. De fait, les fonds ne se comportent pas de la même façon selon qu’ils investissent dans une jeune pousse créée par une femme ou par un homme. En effet, la taille des tickets est en moyenne bien inférieure dans le premier cas (3,5 M€) que dans le second (6,9M€).

L’heure du réveil

Malgré ces chiffres inquiétants, la fintech a l’avantage de n’en être qu’à ses débuts. Hélène Falchier, associée chez Portag3 Ventures se veut optimiste : « Il y a peu de femmes aujourd’hui, il est donc possible de faire énormément bouger les lignes et que cela soit visible rapidement ! » Pour y parvenir, cela passe notamment par la déconstruction des biais psychologiques, qui demeurent pour le moment décisifs lors de l’orientation scolaire. La promotion de l’esprit entrepreneurial, chez les femmes constituera également un des facteurs de rééquilibrage structurel de la mixité des effectifs dans la fintech. De nombreux acteurs (associations, réseaux, pouvoirs publics) travaillent déjà dans cette direction. Ces institutions permettent notamment aux femmes du secteur de discuter de leur métier et de partager leurs expériences sous forme de mentoring. Cela suffira-t-il à susciter des vocations ?

Sandy Andrianabiby

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