M. Azogui (Cyrus) : "Bridgepoint a une grande expérience sur les opérations d’acquisition"

Le groupe Cyrus gère près de 3,8 Mds€ d’encours financiers et 1,5 Mds d’investissements immobiliers pour le compte de 4 500 familles. Pour accélérer son développement, il vient de céder 28 % de son capital au fonds d’investissements Bridgepoint Development Capital. Meyer Azogui, le président de la société spécialisée en gestion de patrimoine, s’explique sur ce rapprochement.
Meyer Azogui

Le groupe Cyrus gère près de 3,8 Mds€ d’encours financiers et 1,5 Mds d’investissements immobiliers pour le compte de 4 500 familles. Pour accélérer son développement, il vient de céder 28 % de son capital au fonds d’investissements Bridgepoint Development Capital. Meyer Azogui, le président de la société spécialisée en gestion de patrimoine, s’explique sur ce rapprochement.

Décideurs. Pourquoi avoir ouvert votre capital à un fonds d’investissement ?

Meyer Azogui. Dans son histoire le groupe Cyrus a accueilli plusieurs actionnaires minoritaires, BlackFin Capital Partners, UI Gestion ou encore la Banque Martin Maurel. Nous sommes un modèle entrepreneurial destiné à accueillir des associés complémentaires pour nous soutenir. Notre industrie est de plus en plus capitalistique. Elle demande des moyens importants pour continuer à croître. Il me semble donc pertinent de s’appuyer sur des acteurs disposant de moyens plus importants que les nôtres. Pendant deux ans, nous avons détenu 100 % de notre capital et multiplié par deux le nombre de salariés actionnaires. Aujourd’hui, 84 collaborateurs sont actionnaires de Cyrus. Nous sommes donc ravis d’accueillir Bridgepoint qui détient désormais 28 % de notre capital. Le financement est apporté par Ardian sous forme d’une dette Unitranche. Une ligne de financement supplémentaire en capex est mise à notre disposition pour concrétiser des opérations de croissance externe. Nous pensons que c’est le bon moment pour accélérer notre développement.

La France est-elle un marché porteur ?

Bien sûr. Le nombre de millionnaires augmente régulièrement dans notre pays, le taux d’épargne y est élevé et les français laissent dormir d’importantes liquidités sur des comptes non rémunérés. Les établissements bancaires sont par ailleurs obligés, pour des raisons de marge, de segmenter leur clientèle. Cela nous donne de belles opportunités pour continuer à grandir.

Qu’est-ce qui vous rend si confiant pour le développement de la profession de CGP ?

Notre proposition de valeur est largement reconnue par nos clients, ce dont nous souffrons c’est d’abord d’un manque de notoriété, notre profession ne représente qu’entre 6 % et 8 % des parts de marché, contre 30 % à 35 % dans un pays comme l’Angleterre. Il est temps pour les conseillers en gestion de patrimoine de prendre plus de place, de faire venir à eux une clientèle traditionnellement dévolue aux banques. Beaucoup de ces établissements vont être contraints de se concentrer sur une typologie de clients dont le patrimoine est plus élevé, les moins fortunés auront un service standardisé, sans saveur. Les CGP se démarquent par leur agilité, leur proximité avec leur clientèle mais aussi leur capacité à apporter un conseil personnalisé. Il nous appartient désormais de faire connaitre notre profession au plus grand nombre, c’est pour cette raison que Cyrus souhaite développer une marque forte, une marque réflexe, auprès des clients finaux mais aussi des professions du chiffre et du droit. 

"Nous avons revu notre business plan sur 2020 pour l’adapter au contexte économique"

Quel est l’apport attendu de Bridgepoint Development Capital ?

Je précise tout d’abord que le fonds de Bridgepoint qui détient une participation dans Primonial n’est pas le même que le nôtre. L’arrivée du fonds d’investissement s’est concrétisée par un appel d’offre lancé par la banque d’affaires Cambon Partners. Celle-ci nous a présenté un certain nombre d’acteurs. Cette décision est aussi le résultat d’une rencontre avec une équipe et d’une envie commune de travailler ensemble. Leur savoir-faire et leur expérience en matière d’opérations de croissance externe sont indéniablement un atout pour nous. Ces dernières années, leurs équipes ont aidé des sociétés de notre secteur d’activité, notamment en Angleterre, a concrétisé de nombreuses acquisitions. Pour notre part nous n’en avions conclu que quatre auparavant. Ce rapprochement nous permet aussi de bénéficier de moyens financiers supplémentaires pour continuer à recruter des collaborateurs de talent et nous doter des meilleurs outils technologiques pour poursuivre notre transition digitale.

Ne craignez-vous pas de perdre une partie de votre indépendance ?

Absolument pas, la vraie indépendance est celle des moyens. Moyens financiers, humains, technologiques qui permettent de recruter, d’investir et de communiquer. Nous conservons par ailleurs une indépendance capitalistique puisque les salariés de Cyrus détiennent 78 % du groupe.

La crise sanitaire et économique que nous visons a-t-elle pu remettre en cause ce rapprochement ?

Non, car un lien de confiance fort s’était déjà créé entre nous. Aucune des deux parties (Bridgepoint et Ardian) n’a pensé à stopper l’opération. Nous avons cependant revu notre business plan sur 2020 pour l’adapter au contexte économique. Les équipes de Bridgepoint m’ont, à ce titre, impressionné par le degré de précision de leur analyse, du modèle de Cyrus et du marché de la gestion de patrimoine. La diversification de nos activités et notre prudence coutumière dans la conduite de la stratégie de développement font de Cyrus une entreprise résiliente.  

"Nous allons racheter le cabinet lyonnais Convergence Finance, détenu par Patricia Chassagne" 

Les cabinets souhaitant faire de la croissance externe se heurtaient bien souvent aux prix, jugés excessifs, demandés par les vendeurs. Cette crise va-t-elle faire baisser leur niveau d’exigence ?  

Que les conseillers en gestion de patrimoine demandent des sommes élevées fait partie du jeu de l’offre et de la demande. Libre à chacun d’accepter ou non. La correction des marchés financiers aura une double incidence. D’une part, freiner l’envie de cession des cabinets trop exposés en unités de compte qui ont pu voir leurs actifs baissés d’un tiers. D’autre part, encourager ceux qui ont bien passé les turbulences boursières à réaliser une opération de rapprochement pour disposer de moyens supplémentaires pour sécuriser et développer leur activité.

Quel est le profil des cabinets de gestion de patrimoine que vous souhaitez racheter ?

Tout cela dépend des régions évoquées. Si nos équipes y sont déjà présentes alors nous ne sommes pas fermés à racheter uniquement la clientèle du cabinet et ainsi laisser le dirigeant partir en retraite ou se diriger vers de nouvelles aventures professionnelles. C’est dans ce cadre que nous allons racheter le cabinet lyonnais Convergence Finance, détenu par Patricia Chassagne et gérant près de 65 millions d’euros. En principe, nous recherchons des cabinets ayant plus de 100 millions d’euros d’actifs sous gestion. Géographiquement, nous souhaitons principalement étendre notre présence en Bretagne, à Bordeaux et dans le Grand Est, notamment à Strasbourg. Dans ces régions nous recherchons des équipes qui continueront leur activité sous la marque Cyrus.

Raphaël Saier, votre ancien directeur général délégué, a quitté la société. Pour le remplacer vous avez recruté Christophe Mianné. Que doit-il vous apporter ?

Christophe Mianné est un homme de grande expérience qui a démontré sa capacité à diriger des entreprises importantes et en croissance, à la Société Générale, La Financière de l’Echiquier ou Primonial. Il a par ailleurs une vision totalement transversale du métier de la gestion de patrimoine. En tant que DG du groupe il supervise désormais l’ensemble des activités avec José Zarraya. Il va bien évidemment également nous aider dans le développement de notre société de gestion Invest AM, dont les performances se distinguent depuis plusieurs années.

Propos recueillis par Aurélien Florin (@FlorinAurélien)

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