Marlène Schiappa : « Je suis plus volontariste qu’optimiste »

Les médias ne sont pas tendres avec Marlène Schiappa, dont les coups d’éclat frisent parfois la mise en scène. Son parcours traduit pourtant la constance d’un engagement militant en faveur de la parité, comme en témoigne le blog qui l’a fait connaître, « Maman travaille ». Aujourd’hui secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes, elle est à l’initiative, aux côtés de la ministre du Travail, d’un plan d’action pour la réduction des écarts salariaux. À l’image de nombreux ministres, elle sait parler la langue des affaires et maîtrise les enjeux des entreprises. Un atout de taille lorsqu’il s’agit de faire bouger des lignes réputées immuables depuis près de quarante ans. Rencontre avec une combattante.

Les médias ne sont pas tendres avec Marlène Schiappa, dont les coups d’éclat frisent parfois la mise en scène. Son parcours traduit pourtant la constance d’un engagement militant en faveur de la parité, comme en témoigne le blog qui l’a fait connaître, « Maman travaille ». Aujourd’hui secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes, elle est à l’initiative, aux côtés de la ministre du Travail, d’un plan d’action pour la réduction des écarts salariaux. À l’image de nombreux ministres, elle sait parler la langue des affaires et maîtrise les enjeux des entreprises. Un atout de taille lorsqu’il s’agit de faire bouger des lignes réputées immuables depuis près de quarante ans. Rencontre avec une combattante.

Décideurs. Vous venez de présenter, avec Muriel Pénicaud, un plan d’action pour l’égalité salariale. Constatez-vous une évolution des mentalités autour de ce thème ?

Marlène Schiappa. Oui. J’ai créé le réseau « Maman travaille » il y a onze ans. À l’époque, lorsque nous nous ­rendions au sein des grandes entreprises pour parler de l’égalité femmes-hommes ou de la conciliation vies privée et professionnelle, nous étions pris de haut. En dehors de certains groupes, très en pointe, ce n’était pas du tout un sujet de préoccupation pour les employeurs. Depuis, sont intervenus la loi égalité, l’Observatoire de la ­responsabilité sociétale des entreprises… Aujourd’hui, le sujet s’est imposé et je constate que beaucoup d’entreprises s’en sont saisies. Elles se sont aperçues qu’il constituait un enjeu d’attraction, de fidélisation des talents et vont d’ailleurs bien au-delà de leurs obligations légales en la matière.

Ce plan d’action est porté par Muriel Pénicaud et vous-même. Ne devrait-il pas l’être par un homme pour avoir plus d’impact ?

Je suis d’accord ! J’ai par exemple déploré que, dans le cadre des consultations des partenaires sociaux, les organisations syndicales aient choisi de mandater leurs numéros 2, 3, 4… et systématiquement des femmes. Il est d’ailleurs regrettable que le sujet n’ait pas été jugé suffisamment important par les syndicats pour qu’ils ­missionnent leur président. Les mentalités progressent, mais il reste du chemin à parcourir. Par ailleurs, une « task force » a récemment été créée en partenariat avec le World Economic Forum. Elle est coprésidée par Muriel Pénicaud, Bruno Le Maire et moi-même… Donc nous avons au moins un homme, Bruno Le Maire, à nos côtés !

Quel est l’objectif de cette task force ?

Son but est d’expérimenter certaines pratiques et d’analyser leur efficacité ainsi que leur impact sur les conditions de travail des salariés. La France est le premier pays européen à mettre en place une telle initiative.

S’agit-il d’adopter un raisonnement « ROI » pour se faire entendre des chefs d’entreprise ?

Oui, c’est tout à fait ça. Je suis pour ma part convaincue que ce « ROI » est facile à démontrer. Et des mesures simples peuvent être mises en place. Dans les locaux du secrétariat d’État par exemple, nous avons aménagé un « bureau des enfants ». Il a coûté 140 euros : un tapis, quelques meubles, des jouets… Il a servi plusieurs dizaines de fois en un an pour accueillir les enfants des ­collaborateurs se trouvant sans solution de garde : ­en cas de maladie ou pendant les grèves. Actuellement, c’est l’heure de pointe au bureau des enfants !

Au-delà de la réduction des écarts salariaux, comment ouvrir aux femmes l’accès aux postes à responsabilité ?

Il faut commencer par mettre en œuvre les lois qui existent déjà. La loi Copé-Zimmermann par exemple est très efficace. Elle a permis de doubler le nombre de femmes à la tête des ­entreprises. Alors que la France figurait parmi les derniers dans les classements mondiaux, elle est aujourd’hui le ­premier pays européen en termes de proportion de femmes à la gouvernance des entreprises.

Quelles actions votre secrétariat d’État lance-t-il pour avancer sur ce sujet ?

Cet été nous démarrerons une campagne de communication pour favoriser le « late blooming », c’est-à-dire la promotion des personnes de plus de cinquante ans, et particulièrement des femmes. À ­partir de 50-55 ans, on considère en général que vous n’évoluerez plus alors qu’il est encore possible de se former, de se réorienter et de prendre des responsabilités… Et ce, ­d’autant que le départ à la retraite est de plus en plus tardif. Nous ­souhaitons que, au sein des people reviews, les employeurs n’écartent pas les plus de 50 ans de la case « à potentiel ».

« Le sujet de l’égalité salariale s’est imposé 
au sein des entreprises, mais il reste 
du chemin à parcourir »

La question de l’égalité femmes-hommes est directement liée à celle de l’éducation. Avez-vous des projets en commun avec Jean-Michel Blanquer ?

Tout à fait. Juste avant de vous recevoir d’ailleurs, j’étais en lien avec les élèves de Pontoise qui ont dénoncé des faits de harcèlement sexuel dans leurs lycées… 
Dès la rentrée prochaine, un « référent égalité » sera mis en place au sein de chaque ­établissement scolaire. Sera également distribuée une « mallette des parents » destinée à sensibiliser ces derniers sur la question de l’égalité filles-garçons.

Comment agir au stade de l’orientation des élèves, notamment vers les secteurs en pénurie de profils féminins, comme celui du digital ?

Nous menons un grand chantier avec Mounir Mahjoubi encourageant les jeunes filles à se diriger vers les filières numériques. Nos équipes ont réalisé une vidéo d’incitation qui a été diffusée dans les salons d’orientation et les grandes écoles. Elle compte déjà 400 000 vues. De 2010 à 2015, la part des femmes dans le numérique n’a fait que diminuer, comme c’est aussi le cas partout en Europe. Au-delà de la question de l’égalité, c’est un enjeu de société. Quand les femmes entreprennent, elles le font majoritairement dans trois secteurs : santé, sanitaire et social et services à la personne. Si elles ne sont pas formées au numérique, ces trois secteurs ­subiront un retard d’innovation. J’ai découvert récemment que deux entrepreneurs ont conçu une technologie qui permet de repérer les allers et venues des personnes âgées dépendantes pour envoyer des messages aux aidants familiaux, en cas de chute par exemple. Cette solution vient ­seulement d’être créée, alors que, du point de vue technologique, elle aurait pu l’être il y a quinze ans. Voilà le type de retard d’innovation qui peut être subi si nous n’y prenons pas garde.

« Nous menons un grand chantier avec Mounir Mahjoubi destiné à inciter les jeunes filles à se diriger vers les filières numériques »

Vous sentez-vous portée par l’actualité ? Peut-on dire que vous arrivez au bon moment, ainsi que votre message et votre façon de l’adresser ?

Pas vraiment. Je crois plutôt qu’on crée les moments. Ce sont des sujets sur lesquels je suis impliquée depuis très longtemps. Il y a quelques années, je prenais mon bâton de pèlerin et ­dispensais des formations au sein des entreprises. Il y a cinq ans, j’ai rédigé un livre sur la culture du viol, mais aucun éditeur n’avait souhaité le publier… Aujourd’hui nous bénéficions des effets d’un travail de fourmi mené depuis de nombreuses années. Mais les projecteurs se sont indéniablement ­braqués sur le sujet. Le choix du président de la République de faire de l’égalité femmes-hommes la grande cause de son quinquennat était annoncé il y a deux ans et demi, au début de la campagne. Aucun média ne l’avait repris à l’époque… C’était un grand sujet de frustration pour moi : on avait passé des mois à construire un programme, j’en étais fière et je le trouvais ambitieux.

Quel a été votre moteur personnel, qu’est-ce qui vous a amenée, comme vous le dites, à prendre votre bâton de pèlerin ?

Lorsque mes enfants sont nés, je ­travaillais dans la publicité. J’ai découvert que mes collègues hommes, pères de quatre enfants faisaient de très belles carrières, alors que les femmes partaient à 18h30 ou 19h et qu’on leur demandait si elles « prenaient leur après-midi ». J’avais l’impression que c’était elles qui géraient majoritairement la question de la garde des enfants, les devoirs, la vie quotidienne… J’ai eu envie de changer cet état de fait pour que les choses soient différentes quand mes filles seraient en âge de travailler.

Êtes-vous optimiste quant à vos chances d’y parvenir ?

Il faut l’être ! D’autant que les chiffres sont peu encourageants : l’écart des salaires n’évolue pas, le nombre de ­violences faites aux femmes stagne… Il faut ­continuer d’y croire. En réalité, je suis plus ­volontariste qu’optimiste. Il faut beaucoup de temps pour remporter quelques victoires.

Propos recueillis par Marie-Hélène Brissot et Roxane Croisier

 

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