Mark Zuckerberg, l’insoutenable légèreté du geek

Mark Zuckerberg règne sans partage sur un réseau social de plus de 2,2 milliards d’utilisateurs. Le P-DG en éternel sweat et baskets cultive désormais une image de philanthrope. Des préoccupations qui pourraient le conduire à la tête d’une grande fondation philanthropique… ou derrière un bureau ovale.

© Frederic Legrand - COMEO

Mark Zuckerberg règne sans partage sur un réseau social de plus de 2,2 milliards d’utilisateurs. Le P-DG en éternel sweat et baskets cultive désormais une image de philanthrope. Des préoccupations qui pourraient le conduire à la tête d’une grande fondation philanthropique… ou derrière un bureau ovale.

Les parcours extraordinaires commencent parfois dans le confort douillet d’une banlieue chic, au milieu d’une famille aimante et attentive. C’est le cas de Mark Zuckerberg, qui passe les premières années de sa vie le long des rives de l’Hudson, à Dobbs Ferry, paisible banlieue de New York. Le jeune ado, qui a 12 ans en 1996, se passionne comme beaucoup pour les jeux vidéo et la trilogie Star Wars. Il faut attendre ses premiers contacts avec l’informatique - son père achète un ordinateur dès 1986 - pour voir l’adolescent se distinguer. Le « geek » déborde d’inventivité. Il crée Zucknet, son premier réseau social, destiné aux membres de sa famille. Il manie même l’intelligence artificielle en mettant au point un logiciel de personnalisation des playlists musicales.

Mise en scène des égos

Mark Zuckerberg prend très tôt conscience de ses capacités. S’il était venu à en douter, son score d’entrée à Harvard aurait suffi à le rassurer. Il obtient 1 590 points, sur un total de 1 600. Le même que celui obtenu quelques années plus tôt par Bill Gates. Au sein de la prestigieuse université, l’étudiant en informatique se fait vite remarquer. Le succès de son logiciel FaceMash, où l’internaute est invité à choisir la photo la plus « hot » du trombinoscope d’Harvard, est victime de son succès et fait sauter le réseau de l’université. S’il évite de justesse l’exclusion, Mark Zuckerberg attire surtout l’attention de trois étudiants ambitieux, qui lui proposent de créer l’infrastructure informatique du premier réseau social de l’université. C’est en s’inspirant de ce projet qu’il crée Facebook.

Les réseaux sociaux ne sont pas particulièrement nouveaux en 2004. « En Europe ce n’était pas très visible mais, aux États-Unis, les logiciels de conversation en ligne comme AIM étaient fortement utilisés dans les familles », explique Daniel Ichbiah, auteur de Mark Zuckerberg, La biographie publiée par les Éditions de la Martinière. Ce qui distingue le réseau Mark Zuckerberg, c’est la plus grande place donnée aux informations personnelles. TheFacebook, premier nom du réseau, permet de renseigner ses goûts cinématographiques ou ses affinités politiques. Le succès est foudroyant. En trois mois, 100 000 étudiants possèdent un compte. Un an plus tard, ils sont cinq millions. Plus que ses qualités de codeurs, c’est dans cette capacité à anticiper les attentes du public que réside peut-être son génie. « Il a un don pour savoir ce qui va plaire aux gens », souligne Daniel Ichbiah.

«Quand on l’attaque, il est comme un gosse surdoué qui aurait fait du skate dans un magasin de porcelaine » Daniel Ichbiah

Expert du mea culpa

Cette capacité à anticiper le goût du public est telle que le fondateur de Facebook a régulièrement un, voire plusieurs temps d’avance. En 2006, Mark Zuckerberg impose à tous les utilisateurs de Facebook le fil d’actualité. En dévoilant son actualité à tous ses « amis », la fonction est perçue comme une atteinte à la vie privée, au point de susciter une levée de boucliers chez plus de 600 000 internautes. Mais Mark Zuckerberg décide d’attendre que le public se familiarise avec cette fonctionnalité. Pari gagné, les critiques vont peu à peu disparaître. En posant les bases d’un Internet personnalisé, le fil d’actualité est aujourd’hui considéré comme le plus beau coup d’éclat de Mark Zuckerberg. Twitter, Instagram, finiront d’ailleurs par créer le leur.

La culture de la tech, où l’expérimentation est clef, et la correction a posteriori du programme la règle, convient bien aux personnalités en avance sur leur temps. Mais leur légèreté dans l’analyse des conséquences peut parfois coûter cher. Mark Zuckerberg l’apprend à ses dépens avec le scandale Cambridge Analytica. En ne contrôlant pas assez l’accès aux données de ses utilisateurs, Facebook a permis à des groupes de pression d’utiliser ces données pour peser sur le vote des citoyens américains lors de l’élection présidentielle américaine de 2016. L’angélisme du geek œuvrant pour un monde meilleur se fracasse alors sur le mur des luttes politiques et géopolitiques. « Quand on l’attaque, il est comme un gosse surdoué qui aurait fait du skate dans un magasin de porcelaine, aurait tenté une figure acrobatique et fait s’écrouler une œuvre d’art », explique Daniel Ichbiah. Mais le fondateur de Facebook possède un atout rare : il sait reconnaître ses erreurs. Une qualité qui lui a souvent permis de désamorcer nombre de crises. Jusqu’ici.

Candidat pour 2020 ?

A partir de 2015, alors que sa femme Priscilla Chan attend leur premier enfant, Mark Zuckerberg prend une nouvelle dimension. Dans le sillage des initiatives philanthropiques de Bill et Melinda Gates, le couple, qui cultive une vie simple, annonce peu après la naissance de sa fille vouloir consacrer 99 % de ses actions à sa fondation. Mark Zuckerberg va développer à partir de là de nouvelles préoccupations plus en phase avec les enjeux sociaux et politiques du moment. En 2017, il entreprend même un véritable tour des États-Unis, et développe un discours sur la montée des inégalités et la lutte contre la maladie. Il n’en fallait pas plus pour convaincre les journalistes que Mark Zuckerberg venait d’entrer en campagne pour affronter Donald Trump aux prochaines élections de 2020. À moins que l’affaire Cambridge Analytica ait rompu le charme du geek devenu milliardaire.

Florent Detroy

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