Marion Graeffly (Les Licoornes) : "L’économie coopérative est une transition du quotidien"

Marion Graeffly (Les Licoornes) : "L’économie coopérative est une transition du quotidien"

Les Licoornes sont neuf coopératives qui veulent offrir une alternative responsable aux Français, sur tous les pans de leur consommation quotidienne. Marion Graeffly, cofondatrice de TeleCoop est l’une des porte-paroles du mouvement. Elle l’assure : un autre modèle de création de valeur est possible.

Décideurs. Quels services propose TeleCoop ?

Marion Graeffly. TeleCoop est le premier opérateur télécom coopératif, social et solidaire. Le numérique prend une place de plus en plus importante dans nos vies, avec un impact environnemental mais aussi sociétal qui ne cesse d’augmenter. Si nous pouvons continuer à nous en servir de manière soutenable, une révolution dans nos pratiques doit s’opérer. Et chacun peut être acteur de cette transformation. C’est pourquoi nous avons lancé un forfait mobile qui facture ses abonnés en fonction de leur consommation de données, au véritable prix de leur impact. Il s’agit de susciter une prise de conscience, d’ancrer de meilleures pratiques. Les infrastructures 4G consomment trois fois plus d’énergie que le Wifi et dix fois plus que la fibre. La mobilité et la dématérialisation du numérique nous font oublier qu’il a une empreinte énergétique et environnementale bien réelle et qui, au rythme où les usages s’intensifient, va bientôt devenir insoutenable. Dans cette même logique, nous ne proposons pas de téléphones à la vente, mais incitons à l’entretien des appareils, avec des recommandations, des ateliers réparation… 80% de l’impact environnemental d’un smartphone est dans sa fabrication. Nous devons aller vers des modes de consommation plus sobres et vertueux. Plus de 4 000 clients nous ont déjà fait confiance.

Pourquoi vous être rassemblés avec d’autres acteurs coopératifs au sein du collectif des Licoornes ?

Nous partageons tous un même constat : l’impasse sociale et climatique du système économique actuel. Et chacun dans notre champ d’activité, nous tâchons d’apporter une réponse alternative, reposant sur des valeurs de coopération et d’intérêt collectif, au service de la transition écologique. Nous avons voulu démontrer que l’économie coopérative offre des solutions dans tous les secteurs qui comptent dans le quotidien des Français : mobilité, alimentation, numérique, énergie… Et que nous répondons aux attentes en termes de gouvernance partagée et de transparence qui traversent la société. En tant que Sociétés coopératives d’intérêt collectif (Scic), nos décisions sont prises selon le principe d’une personne égale une voix, et nous avons l’obligation de réinjecter 57% de nos bénéfices dans l’entreprise. Le mouvement des Licoornes doit nous permettre d’avoir davantage de visibilité, de démontrer que notre modèle fonctionne. Enercoop, c’est aujourd’hui plus de 100 000 clients et 42 000 sociétaires. La Nef encore davantage. L’économie coopérative peut s’imposer comme une transition du quotidien.

"Le mouvement des Licoornes doit nous permettre d’avoir davantage de visibilité, de démontrer que notre modèle fonctionne"

Quelle vision avez-vous des licornes, et notamment de celles qui se développent dans le champ de la transition écologique, comme Back Market ?

On peut se réjouir que des entreprises aussi visibles participent aujourd’hui à transformer nos habitudes de consommation. En revanche, elles demeurent dans une logique de création de bénéfices au service d’un petit nombre d’actionnaires. Je pose la question à nos dirigeants : pourquoi nos coopératives qui participent au dynamisme économique des territoires tout en engageant concrètement leur transition n’ont pas accès au même niveau de capital ? N’est-il pas temps de mettre en place une comptabilité qui prenne en compte les indicateurs extra-financiers ? Les choses bougent lentement, des fonds se développent, mais encore trop timidement. Peut-être avons-nous besoin de deux ou trois coopératives leaders pour entraîner un mouvement et mettre véritablement l’économie sociale et solidaire sur le devant de la scène. Peu de gens le savent, mais nous représentons déjà plus de 10% de l’économie française.

Quelles sont les prochaines étapes pour les Licoornes ?

Nous allons lancer une grande campagne de communication commune au deuxième semestre pour faire valoir notre différence et nous rendre visibles du plus grand nombre. Nous travaillons également au développement d’offres communes pour valoriser notre écosystème. Par exemple, chez TeleCoop, nous avons développé un partenariat avec Commown, qui œuvre pour l’électronique responsable afin de proposer des réductions aux abonnés de nos deux coopératives. Ce type de synergies va monter en puissance dans les prochains mois, dans une logique de complémentarité, de manière à faire la preuve que nos solutions positionnées sur des secteurs de consommation de masse, sont non seulement crédibles mais désirables. 

Propos recueillis par Antoine Morlighem

Les neuf Licoornes

Enercoop : fournisseur d’électricité vraiment verte car 100 % renouvelable.
TeleCoop : opérateur télécom engagé.
Mobicoop : acteur de la mobilité partagée et solidaire.
Commown : fournisseurs d’appareils électroniques éco-conçus.
CoopCircuits : plateforme d’achat et de vente de produits locaux en circuit court.
La Nef : coopérative bancaire.
Citiz : réseau coopératif d’autopartage.
Railcoop : pionnier du ferroviaire citoyen.
Label Emmaüs : e-shop militant.

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