Marc Fesneau, au centre du jeu

Le député du Loir-et-Cher a pris la succession de Christophe Castaner à la tête du ministère des Relations avec le Parlement. Un portefeuille qui convient parfaitement à cet « ingénieur parlementaire ». Avant de viser plus haut ?

Le député du Loir-et-Cher a pris la succession de Christophe Castaner à la tête du ministère des Relations avec le Parlement. Un portefeuille qui convient parfaitement à cet « ingénieur parlementaire ». Avant de viser plus haut ?

Trois postes en un an et demi. Un parcours qui pourrait rendre jaloux les plus ambitieux. C’est celui de Marc Fesneau, 47 ans, ministre des Relations avec le Parlement depuis le 16 octobre. Un homme pourtant connu pour sa discrétion.

Parisien de naissance et fils de l’ancien directeur général des Céréaliers de France, il est issu d’une famille originaire de Marchenoir, village de 650 habitants niché dans la Beauce. Malgré une enfance et une adolescence urbaine, il a toujours gardé des liens étroits avec ses racines rurales. Diplômé d’un Deug de sciences et vie de la nature, il décide de s’installer dans le Loir-et-Cher en 1996, à l’âge de 25 ans. Il y travaille à la chambre d’agriculture du département où il se spécialise dans les politiques de développement local et la gestion des fonds européens.

Un an plus tard, il fait la connaissance de Jacqueline Gourault, alors présidente départementale de l’UDF (désormais Modem). Une rencontre qui va changer sa vie et l’orienter vers la politique. Il s’encarte et devient immédiatement un militant infatigable arpentant chaque village d’une terre historiquement centriste. En 2001, celle qui est désormais ministre de la Cohésion des territoires, est élue au Sénat. Marc Fesneau, qui entre-temps décroche un diplôme de Sciences-Po Paris, devient son assistant parlementaire. Au cœur du pouvoir, il observe, intègre la science parlementaire et l’art de faire avancer ses idées sans se créer d’ennemis. « C’est Jacqueline Gourault qui, d’une certaine manière a façonné Marc Fesneau. Je l’ai vu de mes propres yeux apprendre et grandir à son côté », témoigne Françoise Poisson qui depuis trente ans est militante centriste dans le Loir-et-Cher.

Elève doué, Marc Fesneau ne tarde pas à se mettre à son compte, toujours sous le patronage de sa « mère politique ». En 2004, il devient conseiller régional de la région Centre. Quatre ans plus tard, il est élu maire de Marchenoir, où il s’est installé dans la demeure de ses aïeuls. Au sein du parti dirigé par François Bayrou, il gravit également les échelons jusqu’à prendre la tête de la fédération Modem du Loir-et-Cher en 2008.

« Sur le fond, son bilan d’élu local est positif, il n’a pas ménagé sa peine pour attirer les commerces. Il a également développé une filière bois dans sa commune, ce qui a permis de dynamiser le bassin d’emploi », explique Richard Ramos, député Modem du Loiret qui milite depuis deux décennies avec Marc Fesneau. Aux yeux de ses administrés et des responsables politiques locaux, Marc Fesneau renvoie plus l’image d’un homme du cru que d’un apparatchik : « Au quotidien, il ne se distingue pas du reste de la population. Il va chercher ses deux filles  et son fils à l’école, parle avec la population sans arrière-pensée électorale, chose assez rare pour les élus, même locaux », déclare Françoise Poisson. Ses passions sont celles d’un homme attaché à sa terre : « Il est passionné par l’histoire locale. Comme moi, il adore les longues marches en forêt et la cueillette des champignons. Il nous arrive fréquemment de comparer nos récoltes par téléphone », sourit Richard Ramos.

Concernant son engagement politique, un mot le caractérise : fidèle. « Lorsque le Modem était dans le creux de la vague, notamment sous le mandat de François Hollande où le parti n’avait même pas de groupe parlementaire, il n’a jamais déserté, il n’a jamais pensé à aller voir ailleurs alors que son profil le lui aurait permis. En 2010 il a porté nos couleurs aux régionales pour un score de 5,1%. Il ne s’est pas dérobé », souligne Françoise Poisson.

Une abnégation récompensée par une investiture Modem aux législatives de 2017 dans la première circonscription du Loir-et-Cher. Coup de chance, en vertu d’un accord électoral passé avec LREM, le parti du président laisse le champ libre à Marc Fesneau. Virant largement en tête au premier tour, il affronte le candidat FN au second. Et s’impose facilement avec 69% des suffrages.

Ingénieur parlementaire

A son arrivée au Palais Bourbon, il est désigné président des 46 députés du groupe Modem. Un rôle traditionnellement dévolu à un profil expérimenté. Ce qui ne l’empêche pas de très vite s’imposer auprès des élus centristes et des autres présidents de groupe. « C’est un homme à l’écoute, dans le dialogue, la co-construction. Il n’a jamais fait preuve d’arrogance ou de manque de respect. D’ailleurs, il était apprécié de tous les partis. Nous nous en rendions compte lors des conversations à la buvette de l’Assemblée où les discussions sont souvent sans langue de bois », se souvient Richard Ramos qui loue le sens du consensus de l’élu et qui estime que ses années d’expérience d’assistant parlementaire lui ont permis de mener à bien sa mission.

C'est un homme à l'écoute qui privéligie le dialogue et la co-consctruction.

Très rapidement, il s’impose comme l’un de rares députés dont la popularité dépasse les rangs de son parti. Un détail est d’ailleurs assez révélateur : candidat à la dernière minute à la présidence de l’Assemblée nationale, il obtient 86 voix et rassemble au-delà de son groupe. Preuve de son poids politique, consacré lors du dernier remaniement ministériel.

Longtemps pressenti à l’Agriculture, il succède finalement à Christophe Castaner au poste de ministre des Relations avec le Parlement. Traditionnellement, ce maroquin revient à un membre du parti du Président de la République. C’est donc une belle marque de confiance qui montre que l’exécutif choie cet allié et cette personnalité. « Précisons également que Marc Fesneau est ministre en plein exercice et directement rattaché à Matignon. En général, les relations avec le Parlement prennent la forme d’un secrétariat d’Etat ou d’un ministère délégué », souligne Christophe Bellon spécialiste de l’histoire parlementaire, enseignant à Sciences Po et à l’Université catholique de Lille. Selon lui, « il y a une volonté de montrer que le gouvernement accorde une place particulière au Parlement et qu’il ne se place pas dans le cadre d’une présidence jupitérienne ».

Les esprits chagrins et les mauvaises langues peuvent dire qu’il ne doit sa nomination qu’au manque de vivier au sein de la majorité et du Modem. Un avis que ne partage pas Christophe Bellon : « La dernière élection à la présidence de l’Assemblée nationale a consacré son influence. Edouard Philippe et Emmanuel Macron ont pensé qu’il serait plus utile à l’intérieur du gouvernement que potentiel frondeur à l’extérieur » estime l’enseignant qui définit le poste comme politique et technique : « C’est un travail d’ingénieur parlementaire qui nécessite une compréhension parfaite des arcanes du Parlement et une connaissance des députés qui peuvent être les meilleurs pour porter des projets de loi. En bref il faut mettre de l’huile dans les rouages ». Un rôle vital dans une majorité plurielle qui mêle macronistes pur jus, constructifs, élus Modem et autres soutiens ponctuels venus d’autres sensibilités.

Viser plus haut ?

Sa nomination a donc tout d’un joli coup politique qui consacre l’influence du Modem au sein de l’exécutif. Pour Marc Fesneau, cette entrée au gouvernement pourrait être un point de départ pour des fonctions de plus en plus importantes.

« Gérer les relations entre l’exécutif et les députés, est un poste tremplin. Il s’agit clairement du meilleur endroit pour nouer des relations étroites avec les élus, se constituer un réseau de fidèles. Jean-François Copé avait profité de ce portefeuille entre 2002 et 2004 pour programmer méthodiquement et dans une relative discrétion son ascension », analyse Christophe Bellon.

Gérer les relations entre l'exécutif et les députés est le meilleur endroit pour se constituer un réseau de fidèles

Françoise Poisson se veut également optimiste pour la suite de la carrière de son poulain : « C’est un homme de consensus. Chose rare dans la vie politique, il a peu d’ennemis, c’est un fédérateur, un chef d’orchestre qui privilégie le collectif aux intérêts personnels. Selon moi, il possède toutes les qualités pour occuper un jour un poste de premier ministre », note la militante qui l’imagine également comme le successeur de François Bayrou lorsque celui-ci décidera de passer le relais.

Un point de vue partagé par Richard Ramos qui souligne toutefois que Marc Fesneau, bien qu’ambitieux, ne se mettra jamais en avant pour décrocher un poste : « Il ne recherche pas le pouvoir à tout prix et j’affirme qu’il a refusé d’entrer au gouvernement en 2017 alors qu’un poste lui était proposé C’est un homme de l’ombre, peu adepte de la petite phrase et des coups d’éclats. Il a d’ailleurs horreur de parler d’autre chose que du fond avec les médias », note le député qui estime que son collègue et ami est à l’affut et patient. Comme le chasseur à l’arc qu’il est depuis plusieurs années…

Lucas Jakubowicz (lucas_jaku)

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