Maisonneuve Avocats bâtit son avenir

En s’associant à son fils Antoine, le célèbre pénaliste Patrick Maisonneuve a confirmé le basculement de son activité en droit pénal général vers le monde des affaires. Son équipe de six avocats est plongée dans la gestion du risque répressif de plus en plus anxiogène pour le dirigeant d’entreprise.

© Pascale D'Amore

Charlotte Paredero, Antoine Maisonneuve, Léa Hufnagel, Laura Kerzerho, Patrick Maisonneuve et Lina Belkora devant une photographie de Francesca Piqueras.

En s’associant à son fils Antoine, le célèbre pénaliste Patrick Maisonneuve a confirmé le basculement de son activité en droit pénal général vers le monde des affaires. Son équipe de six avocats est plongée dans la gestion du risque répressif de plus en plus anxiogène pour le dirigeant d’entreprise.

La pénalisation de la société est l’élément central de l’évolution de l’activité de Maisonneuve Avocats. D’un exercice centré à ses débuts sur le droit pénal général, et qui a fait la réputation de Patrick Maisonneuve dans le prétoire et la presse, le ténor a logiquement basculé vers la gestion du risque de poursuites pénales pour les grandes entreprises et leurs dirigeants. « Dès la fin des années 1980, les enquêtes visant les patrons se sont multipliées. Je me souviens d’un des premiers dossiers emblématiques de ce mouvement de pénalisation, l’affaire Cogedim », commente l’homme âgé de 63 ans.

Après la condamnation du P-DG de la société Michel Mauer à deux ans de prison avec sursis assortis d’une amende d’un million de francs, s’enchaînent pour l’avocat les dossiers des écoutes de l’Élysée, du sang contaminé, du Médiator ou plus récemment les poursuites contre Alstom pour corruption internationale et le scandale Bygmalion. « Nous souhaitons absolument conserver des dossiers de droit pénal général mais nous travaillons principalement désormais en droit pénal des affaires, et de manière générale au droit pénal de l’entreprise », explique Antoine Maisonneuve, fier héritier de son père aux côtés des dirigeants, qui voient déjà en lui un gros bosseur, un homme droit et un très bon orateur. « Mon fils m’a bluffé lors de son premier dossier de taille au cabinet, celui de la Clinique du sport, se souvient le pénaliste, sans une once d’ironie. En l’écoutant plaider, je me suis dit qu’il fallait dorénavant que je fasse mieux que lui. »

Tout jeune diplômé, Antoine Maisonneuve ne tarde pas à faire ses preuves dans le cabinet paternel. En décidant d’y exercer, il entend bien développer ce pan du droit pénal que son père a embrassé il y a déjà deux décennies et qui se développe à vitesse grand V. Une démarche illustrée notamment par les poursuites contre le Front national lancées par le Parlement européen que représente le cabinet.

 

« Avec le zèle de l’Agence française anticorruption, nous sommes extrêmement sollicités ! »

 

Des procédures aux arcanes du pouvoir judiciaire

Le tournant vers le monde des affaires s’est fait naturellement. « Il est vrai que les cabinets d’avocats internationaux sont souvent dotés de pénalistes, analyse Patrick Maisonneuve. Mais ces structures ne nous concurrencent pas. J’ai beaucoup réfléchi à la raison pour laquelle les dirigeants continuaient à venir nous voir plutôt que de se fier à leurs conseils habituels. Je suis convaincu que face à une situation aussi anxiogène que la menace d’une poursuite pénale, ils ont besoin d’un confident, d’une personne de confiance qui rassure, présente à n’importe quel moment. Pas question pour un dirigeant d’entreprise de montrer ses éventuelles faiblesses à son équipe et à une armée de juniors », poursuit-il.

L’avocat, qui a toujours résisté aux sirènes des grands cabinets, a en effet très tôt eu l’oreille de Pierre Bérégovoy, qui fut l’objet de soupçons de corruption, puis de Christine Lagarde jugée pour négligence dans l’affaire Tapie ou encore d’Aurélie Filippetti lorsqu’elle était ministre de la Culture. Et face à la recrudescence de la réglementation répressive, notamment depuis l’adoption de la loi Sapin 2, l’avocat pénaliste a sans conteste de plus en plus de pouvoir puisqu’il est sollicité en amont des poursuites. Maîtrisant les rouages de la justice pénale, des procédures aux arcanes du pouvoir judiciaire, il est impliqué dans la stratégie de précaution et de défense avant même toute attaque. Les six avocats du cabinet interviennent dès la phase de prévention du risque pénal ; ils conseillent leurs clients et mettent en place de programmes de compliance. « Avec le zèle de l’Agence française anticorruption, nous sommes extrêmement sollicités ! Ceci est en partie liée à son directeur, un ancien juge d’instruction, qui avance dans certaines interviews l’hypothèse de signalements au procureur en cas de “mauvais contrôle” sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale ce qui conduit de nombreuses entreprises à faire  “valider” leur programme de compliance par des cabinets pénalistes comme le nôtre », explique Antoine Maisonneuve.

C’est lui dorénavant qui construit l’avenir du cabinet, gère sa croissance et organise son activité. Accueillir un nouvel associé ? « Pourquoi pas, si Antoine en décide ainsi », répond son père sans détour. Une confiance professionnelle acquise en peu de temps, favorable aussi bien à la nouvelle génération d’avocats du cabinet qu’au fondateur et à ses clients.

 

Pascale D'Amore

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