M. Lamy (Ageas France) : "L’épidémie pourrait perturber le marché de l’immobilier"

Confrontés à un environnement de taux d’intérêt très bas, les investisseurs institutionnels en quête de rendement se portent davantage vers les classes d’actifs alternatives. Matthieu Lamy, responsable de la gestion financière d’Ageas, regarde avec un grand intérêt le marché de l'immobilier et le segment de la dette privée et nous présente la stratégie d’investissement qu’il met en œuvre sur cette thématique.
Matthieu Lamy

Confrontés à un environnement de taux d’intérêt très bas, les investisseurs institutionnels en quête de rendement se portent davantage vers les classes d’actifs alternatives. Matthieu Lamy, responsable de la gestion financière d’Ageas, regarde avec un grand intérêt le marché de l'immobilier et le segment de la dette privée et nous présente la stratégie d’investissement qu’il met en œuvre sur cette thématique.

Décideurs. Les marchés actions jouent aux montagnes russes depuis le début de l’année. Les marchés de taux demeurent, quant à eux, sous l’influence des banques centrales. Comment faites-vous évoluer votre allocation d’actifs dans un environnement aussi complexe ?

Matthieu Lamy. Notre allocation stratégique est établie en fonction de budgets de risque par classe d’actifs, transmis par un comité ALM. Mon rôle est alors de mettre en œuvre ces stratégies, soit à travers des mandats, des fonds dédiés ou des fonds ouverts.

Concernant les placements en actions, nous sélectionnons les fonds et le timing d’investissement, selon une approche que l’on pourrait qualifier d’opportuniste. Au cours du dernier trimestre 2019, nous avons par exemple pris la décision de réduire un peu notre exposition aux actions car nous estimions que les valorisations étaient élevées. Ce n’est qu’après les premières fortes baisses du mois de mars dernier que nous avons rehaussé notre exposition sur cette classe d’actifs.

Les investissements en produits de taux sont, quant à eux, réalisés à travers un mandat de gestion discrétionnaire confié à un grand asset manager français. Il lui appartient de s’occuper de la partie tactique, sur les dettes d’États et d’entreprises.

Les investisseurs institutionnels portent un intérêt croissant pour les investissements alternatifs (private equity, immobilier, infrastructures). Quelle part représentent-ils dans vos portefeuilles ?

Notre exposition aux actions est historiquement assez faible. Nos investissements immobiliers sont, en revanche, significatifs et représentent près de 7 % de notre portefeuille, et cela sans prendre en compte l’effet de levier de l’endettement. Notre exposition brute est de l’ordre de 10 %. Jusqu’à aujourd’hui, ce choix s’est révélé payant. L’épidémie de Covid-19 pourrait cependant venir perturber un marché traditionnellement très stable. Nous pourrions d’ailleurs être amenés à réduire notre allocation en immobilier si nous avons la conviction que le marché est moins porteur. La crise sanitaire a dopé la pratique du télétravail. Cela pourrait avoir des conséquences importantes sur l’immobilier de bureaux. Des lieux prime comme Paris QCA (Quartier central des Affaires) devraient faire preuve de résilience. Je suis cependant plus réservé pour des zones dont la demande est moins soutenue où les bons emplacements ne suffiront pas, il faudra en plus adresser les besoins de flexibilité et de services.

"Les biens immobiliers situés dans des lieux prime comme Paris QCA devraient faire preuve de résilience" 

Quelles seront les conséquences de la crise économique sur le marché du private equity ? Le contexte sanitaire peut-il vous amener à redéfinir votre politique d’investissement sur cette classe d’actifs ?

Jusqu’à présent, nous avons préféré le segment de la dette privée à celui du private equity. En rythme de croisière, notre portefeuille est investi à un niveau proche de 7 % sur cette classe d’actifs. Les trois volets du private debt sont représentés :  dette immobilière (immobilier commercial et résidentiel aux Pays-Bas), dette corporate senior (direct lending et secured leveraged loans) et dette infrastructure. D’une manière générale, les taux de défaut ont commencé à augmenter mais nos fonds résistent bien de par la qualité des sélections effectuées par les gérants mais aussi de par leur positionnement senior. Les états soutiennent leurs entreprises à l’instar de la France avec les PGE et les prêts participatifs pour les TPE/PME et les ETI mais la crise n’est pas terminée. Il y aura donc malgré tout des opportunités à saisir. Avec les investissements en actions à long terme, le coût en capital sous Solvabilité 2 a été revu à la baisse et nous pourrions élargir notre spectre d’investissements non cotés au Private Equity.

Comment se concrétisent vos investissements ? Faut-il privilégier des investissements en secondaire (notamment de parts de fonds) pour bénéficier d’éventuelles décotes ?

Sur la dette non cotée, nous investissons par l’intermédiaire de fonds spécialisés. En 2019, nous nous sommes engagés pour environ 3 % de notre actif général pour compenser les fonds rentrés en phase de remboursement. Cette année, le montant sera plus faible. Nos capitaux se dirigent uniquement vers de nouveaux fonds, libre à eux d’intervenir sur le secondaire. Jusqu’ici, notre sélection se portait sur des fonds de dette senior. En raison d’une économie en haut de cycle, de multiples élevés et de rendements compressés, nous avions mis l’unitranche de côté et ainsi joué la carte de la prudence. Pour cette nouvelle période d’investissement, la donne a changé et nous regardons ces segments plus risqués de la dette : unitranche, dette mezzanine et pourquoi pas la dette dite distressed.

Propos recueillis par Aurélien Florin (@FlorinAurélien)

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