M. Julienne (Ifri) : "Il y a eu un mois de flottement au sein du régime chinois"

La bureaucratie chinoise a tardé à prendre la mesure de l’épidémie de Coronavirus. Mais le pouvoir central a vite repris le contrôle, que ce soit pour lutter contre la propagation du virus ou contre d’éventuels troubles sociaux. Décryptage avec Marc Julienne, spécialiste de la Chine à l’Ifri.

La bureaucratie chinoise a tardé à prendre la mesure de l’épidémie de Coronavirus. Mais le pouvoir central a vite repris le contrôle, que ce soit pour lutter contre la propagation du virus ou contre d’éventuels troubles sociaux. Décryptage avec Marc Julienne, spécialiste de la Chine à l’Ifri.

Décideurs. Face à l’épidémie de Coronavirus, les autorités chinoises réagissent-elles de la bonne manière ?

Marc Julienne. Au début de la crise, cela n’a pas été le cas, pour des raisons essentiellement structurelles. La Chine est un pays autoritaire, très bureaucratique dans lequel cadres et fonctionnaires sont astreints à une discipline de fer et à un culte du résultat. Conséquence, les bonnes nouvelles remontent, les mauvaises sont cachées ou minimisées. Les médecins qui ont lancé l’alerte ont ainsi été arrêtés pour atteinte à la stabilité sociale ! Il y a donc eu un mois de flottement. Ce qui est grave dans le cas d’une crise sanitaire de cette ampleur où chaque jour compte.

Mais au bout d’un mois, le gouvernement central a pris conscience de la gravité de la situation…

Tout à fait. La réponse a été rapide, forte, spectaculaire et efficace. Des milliers de médecins et de personnels soignants ont été dépêchés dans la province du Hubei, l’épicentre de l’épidémie où des hôpitaux ont été construits en une dizaine de jours. Des villes de millions d’habitants ont été mises en quarantaine, ravitaillées. Des gestes de prévention ont également été diffusés à grande échelle.

"Le décès du docteur Li Wenliang, le principal lanceur d'alerte a suscité le trouble dans l'opinion publique"

La relative transparence à l’égard du monde extérieur est également à souligner. Les choses ne sont pas parfaites mais la différence avec l’épidémie du SRAS en 2003, où la Chine avait fait le minimum syndical, est notable. Avec la crise du Coronavirus, le régime est pris entre la volonté de collaborer et celle de préserver son image, ce qui explique pourquoi, il a fait pression sur l’OMS pour retarder la proclamation de l’urgence internationale.

Quel est l’état de l’opinion publique ?

Face aux mesures drastiques mises en place, elle réagit plutôt bien et fait preuve de discipline malgré un quotidien bouleversé. Aucune scène de panique n’est pour le moment à déplorer. En revanche, le décès du docteur Li Wenliang, le principal lanceur d’alerte, a suscité le trouble dans l’opinion publique, notamment sur les réseaux sociaux où les critiques contre le régime ont connu un pic sans précédent.

La crise sanitaire pourrait-elle se transformer en crise politique ?

Impossible de répondre précisément à la question à l’heure actuelle. Ce qui est certain, c’est que le président Xi Jinping met tous les moyens en œuvre pour que cela n’arrive pas. Il a très vite repris la main en limogeant le secrétaire du parti à Wuhan. Le patron du Hubei Jiang Chaoliang a été remplacé par Ying Yong, jusqu’alors maire de Shanghai, un très proche de Xi Jinping. Un autre fidèle de très haut rang, Chen Yixing, a pris le contrôle de tout l’appareil sécuritaire et sanitaire de la province.

Propos recueillis par Lucas Jakubowicz

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